Présidentielle du 18 octobre : dernier virage de campagne entre Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo

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Pour le camp présidentiel, les choses semblent ne pas se passer comme prévu dans ce dernier virage de la campagne électorale pour le compte de la présidentielle du 18 octobre prochain. Quelques signes de craquement apparaissent dans la stratégie présidentielle d’endiguement de son principal opposant, Cellou Dalein Diallo.

Premier signe, une grande panique s’est emparée du camp présidentiel. On ne sait plus sur quels points attaquer Dalein. Sa mauvaise gestion ? Le président Condé en parle depuis 10 ans, mais jamais, il n’a diligenté le moindre audit pour disséquer la gestion des affaires de cet ancien premier ministre, chef du gouvernement du Général Lansana Conté pendant un an et quatre mois environ. Encore réchauffé, ce plat n’attire plus grand monde.

Deuxième signe de craquement de la stratégie présidentielle d’endiguement de Dalein, est l’échec du pouvoir de lui coller dans l’opinion nationale et internationale, l’image d’un ethnocentrique aux abois, pressé de prendre sa revanche, une fois au pouvoir. N’étant pas encore aux affaires, les chances qu’une telle image s’impose apparaissent aujourd’hui nulles, même si par ailleurs, l’UFDG compte parmi les partis politiques ayant essuyé le plus grand nombre de victimes de la répression policière, et que ce parti est lui-même constitué dans son écrasante majorité, des gens de même ethnie. Mais problème : Alpha Condé est-il le bon donneur de leçons sur ce sujet, alors que son parti n’échappe pas à la même réalité ?

Le dernier signe de craquement est l’échec de la stratégie présidentielle à ériger ses fiefs en « zones réservées », inaccessibles à Dalein, par peur de voir ce dernier embarquer de nouveaux électeurs dans son bateau. Si Dalein a rencontré des difficultés d’accès dans la ville emblématique de Kankan à cause des obstacles physiques dressés sur son chemin par les inconditionnels du parti au pouvoir, à titre de représailles dit-on des jets de pierres à destination du cortège du premier ministre Kassory Fofana à Labé, fief de Dalein, cela n’a cependant pas empêché ce dernier, d’aller promettre en Guinée forestière, sous une grande ferveur, le retour à la maison de leur fils, la Capitaine Moussa Dadis Camara, en exil forcé au Burkina depuis plus de 10 ans.

Une chose qu’Alpha Condé a catégoriquement refusé de réaliser en 10 ans d’exercice du pouvoir. Toutefois, la question se pose de savoir, au-delà de la promesse de campagne faite par Dalein sur ce point, si le retour de Dadis, accusé d’être impliqué dans le massacre du 28 septembre 2009, doit être envisagé comme le signe d’un abandon des charges à son encontre ou de son prochain jugement en territoire guinéen ? Ceci, d’autant plus que Dalein ne cesse de dénoncer à chaque occasion le refus d’Alpha Condé d’organiser le procès sur cette tragédie.

Les raisons profondes du craquement de la stratégie présidentielle contre Dalein 

D’une manière ou d’une autre, le parti présidentiel après cette fièvre électorale aura, avec la reconduction ou non de son candidat, l’occasion de tirer sereinement les leçons du craquement de sa stratégie. Mais d’ores et déjà, deux principales raisons peuvent être avancées :

La première, est l’effet « surprise » de la candidature de M. Dalein qui a pris de court le camp présidentiel. Après avoir boudé le référendum et les élections législatives, le président Alpha n’imaginait pas que M. Dalein allait se présenter candidat à la présidentielle prochaine, même au prix de son désaccord avec ses alliés de circonstance, en l’occurrence, le Fndc, une plateforme qui regroupe en son sein quelques partis politiques influents sur l’échiquier national, comme celui de Sidya Touré.

La deuxième raison tient au fait que le président Condé semble avoir minimisé son adversaire en le présentant sommairement comme un ancien premier ministre en perte de vitesse, incapable de déranger sa tragique posture d’opposant historique et de président prétentieux voulant terminer ses prétendus « chantiers inachevés » à cause, dit-il souvent, de l’épidémie d’Ebola, de la pandémie du Coronavirus et des manifestations de rue organisées par l’opposition.

En pensant ainsi, Alpha Condé a nettement sous-évalué le malaise ressenti par les guinéens sur sa volonté de s’éterniser au pouvoir à travers l’adoption d’une Constitution taillée sur mesure, leur profond désir du changement, sans compter leur agacement face aux multiples promesses non tenues et aux agissements des « mutés » du régime de Lansana Conté, dont certains sont honorés par le président Condé lui-même comme des modèles « vertueux », selon les mots de Dalein.

Bref, le dernier virage de cette campagne permet de toutes les façons aux concurrents de prendre sur le terrain la mesure de leurs poids respectifs. Reste à savoir la mesure qui en sera donnée par la Ceni dans les prochains jours.