Présidentielle du 18 octobre: les Guinéens en attente des résultats

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Les 5.410.089 millions d’électeurs ont été appelés à désigner leur dirigeant, ce dimanche, pour le premier tour de la présidentielle. Ils devraient choisir entre le chef de l’État sortant, Alpha Condé, l’ex-Premier ministre Cellou Dalein Diallo et dix autres candidats. Des élections dont la campagne a été marquée par des violences dans les villes de Dalaba, Labé, Faranah, Kankan et des accusations d’intimidation. Plus de 24 heures après la fermeture des bureaux de vote, les Guinéens ne disposent que de quelques chiffres issus des votes de la capitale et du taux de participation dans certaines villes de l’intérieur.

Dans les rues de Conakry, hier dimanche, dans la soirée  et même jusqu’ici,  nombreux sont les guinéens qui ont  le regard fixé sur leurs phones. Au soir donc de cette élection présidentielle, pas un titre sur les pages des réseaux sociaux  qui a fait l’impasse sur le scrutin. Tous les écrits ces dernières heures sont axés sur la façon dont l’élection s’est déroulée. C’est la troisième fois d’ailleurs pour la Guinée qui a connu des élections présidentielles à deux tours depuis 2010.

« Cellou malmené à Kankan ! « ,  « Le RPG Arc-en-ciel tombe à Labé« , pronostiquent ici et là les réseaux sociaux, comme pour mieux souligner l’aspect inédit de ce scrutin qui a mobilisé, le 18 octobre, plus de 70 % des électeurs inscrits. Du jamais vu, de mémoire des Guinéens… « La fraude à gogo ! « , s’est écrié un site. Plus partisan, un autre site barre sa une d’un laconique « Voici comment Alpha est tombé en Forêt« , tandis qu’un autre croit savoir que « Le peuple ne veut plus d’Alpha Condé« . En clair, « La tension monte, monte… », comme le signale un satirique.

À Kaloum, le temps ne s’est pas pour autant arrêté. Dans un kiosque à café, un groupe de jeunes  se retrouve, comme tous les jours, autour de la même table. La causerie va dans tous les sens. A l’ordre du jour, les transferts pour le mercato en cours, mais aussi l’élection présidentielle de la veille. « Nous nous sommes rendus dans les bureaux de vote à 8 heures « , nous apprend Abdoulaye Yansané, gérant de kiosque, âgé d’une trentaine d’années. Autour de lui, ses compagnons, chauffeurs, électriciens ou étudiants au chômage. Ce qu’ils attendent du prochain chef de l’État ? « Une politique en faveur de la jeunesse, de l’emploi, de l’autosuffisance alimentaire et de la paix… »

« On ne peut rien faire sans la paix« , confirme Salifou qui, comme ses camarades, se félicite du calme et de la sérénité qui règne dans le quartier où toutes les sensibilités politiques sont représentées. « On croise parfois des militants de l’autre camp », indique Youssouf. « On cause, on échange sans animosité. Ici, nous prônons le ‘’vivre-ensemble« . Même son de cloche chez  Lamine, lui aussi chauffeur : « Ici, normalement, il n’y a pas de problèmes », explique-t-il. « C’est l’élection qui provoque les tensions« . Un peu à l’image de cette campagne durant laquelle les douze candidats se sont livrés une véritable guerre des mots.

L’heure des calculs a sonné

Mais après un mois de grands discours et de petites phrases, les candidats de la présidentielle ont dû couper leur micro. La campagne électorale s’est officiellement achevée  le week-end, sans qu’aucun analyste ne soit en mesure de pronostiquer qui, d’Alpha Condé ou de Cellou Dalein, sera appelé à diriger le pays. D’ailleurs, la Haute Autorité de la Communication a, la veille, prévenu les hommes de médias de s’abstenir de toute diffusion de résultats provisoires ou d’un quelconque sondage. Pour le président de la HAC, cela éviterait la manipulation et la confusion.

Rappelons que quelques heures après avoir tenu le meeting à Conakry, qui concentre à elle seule plus d’un tiers de l’électorat, les candidats ont réuni les cadres de leur parti pour faire le bilan de leur campagne. Pour l’un comme pour l’autre, l’enjeu principal en a été la surveillance des bureaux de vote et les décomptes des voix. Surtout l’attitude à tenir après la proclamation des résultats provisoires.

De fait, l’équation est assez simple. Le vote étant communautaire, chaque camp est supposé connaître le nombre de voix obtenues dans les villes.  Le chef de l’État sortant, qui concourt sous la bannière de « La Continuité et de Prospérité Partagée » doit s’adjuger un grand pourcentage pour espérer sortir vainqueur du scrutin. Cellou, qui a réalisé de bons scores lors des précédentes échéances, doit quant à lui rassembler les deux tiers de l’électorat de Sidya Touré, absent pour espérer l’emporter. Mais attention !  Si ce dernier n’a pas donné de consigne de vote, rien n’indique cependant que ses militants ne voteront pas comme un seul homme pour le président sortant à cause des espèces sonnantes et trébuchantes ou pour des raisons communautaires.

Le respect du verdict des urnes

Malgré les violentes joutes verbales et physiques auxquelles ils se sont adonnés lors de la dernière semaine de campagne, les deux rivaux (Cellou et Alpha) jouent désormais l’apaisement à la faveur de la tenue du vote. À l’occasion de leurs derniers meetings mettant fin à la campagne présidentielle et à la sortie des bureaux de vote, le Président Alpha Condé  et Cellou Dalein Diallo ont répété qu’ils souhaitent la paix. Courtois et mesurés, l’un et l’autre ont fait valoir leurs derniers arguments en toute quiétude.

Nombre d’observateurs craignent toutefois que l’annonce des résultats ne donne lieu à des violences. Pendant la campagne en effet, des heurts ont eu lieu à Labé-Dalaba et à  Kouroussa-Kankan, entraînant des dégâts matériels importants.

Un « climat globalement démocratique »

En attendant les résultats donc, les camps des partis politiques engagés s’accusent mutuellement d’avoir empêché le bon déroulement du scrutin dans plusieurs zones du pays. Hier soir déjà, les partisans de Cellou Dalein, sur les réseaux sociaux,  parlaient du bourrage d’urnes dans les zones, où le Président Alpha Condé a enregistré ses meilleurs résultats. Des accusations qualifiées d’ »intoxications » par la mouvance présidentielle. Les responsables de l’UFDG dénoncent la logique de « confiscation du pouvoir » dont, selon eux, fait preuve le président sortant, tout en fustigeant les intimidations et les pressions exercées sur des électeurs dans les villes de la Guinée-Forestière.

De son côté, la mouvance accuse Cellou et ses militants de  violence. Selon eux, les délégués de leur parti seraient chassés des bureaux de vote dans plusieurs villes de la Moyenne-Guinée, fief du candidat de l’UFDG. Sans nier la réalité de certains incidents, plusieurs observateurs affirment que dans 96 % des bureaux de vote auxquels ils ont eu accès, le scrutin s’est déroulé dans des conditions acceptables. En présence des délégués des deux principaux partis politiques en lice.

Pour l’heure, tous les regards sont tournés vers la CENI qui, si tout va bien, doit diffuser ses résultats mercredi prochain. Résultats qui seront ensuite soumis à l’avis de la Cour Constitutionnelle.a