Présidentielle : la Guinée s’enfonce de plus en plus dans les violences post-électorales

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De 1993 à 2020, c’est devenu un rituel immuable. A chaque élection présidentielle en Guinée, les populations sont confrontées à des séries de violences postélectorales. Quelques fois même avant, avec une hypermédiatisation de toutes les presses du monde, donnant à chaque fois une image désastreuse du pays. Pourquoi ce phénomène persiste-il en Guinée ? Est-ce une fatalité ? Ou la conséquence d’un mécanisme psychosociologique lié à nos cultures traditionnelles africaines, qui nous emprisonnent dans des aveuglements claniques, ethniques, idéologiques ou religieux ?

Et comme il n’y a jamais deux sans trois, après les deux crises postélectorales de 2010 et de 2015, on assiste encore à une autre crise.

Mais cette fois-ci provoquée par la déclaration du candidat de l’UFDG qui s’est autoproclamé vainqueur. Depuis lundi soir donc ses militants ont pris la rue pour manifester leur joie et mettre pression sur le pouvoir pour, disent-ils, confirmer les résultats que détiennent leur leader. Comme les élections précédentes, la crise qui se déroule actuellement sous nos yeux, a déjà enregistré neuf morts et des dégâts matériels importants. A l’allure où vont les choses, la situation risque de s’enliser.     

Population ignorante, population manipulable

Pour répondre à la question soulevée plus haut, ces séries de crises postélectorales sont le résultat d’un déficit de socle éducatif, permettant à nos populations d’acquérir des aptitudes intellectuelles et psychologiques suffisamment fortes pour éviter les manipulations politiques de nos dirigeants, qui très souvent se servent d’elles pour réaliser leurs ambitions politiques.

En Guinée aujourd’hui, comme ailleurs sur le continent, les crises postélectorales naissent des manipulations politiques et médiatiques des populations, très souvent ignorantes, non instruites et intoxiquées idéologiquement. On constate malheureusement des jeunes qui sont sacrifiés pour mener des combats politiques personnels. Toujours au prix de nombreuses vies humaines. Et comme on le sait, dans une guerre, les balles ne font pas de distinction dans la population.

Avec la violence des tirs et ses lots de victimes, des proches qui meurent sur-le-champ ou à la maison dans l’impuissance totale de l’entourage, ou encore, dans les hôpitaux par manque de soin, de crise cardiaque ou d’une violente montée de tension, cette réalité se transforme soudainement en cauchemar. Tous ces drames, disons-le, ne choisissent pas leurs victimes en fonction de leur bord politique, de l’ethnie ou de la religion.

 Beaucoup de ces jeunes combattants ne savent même pas pourquoi ils se font tuer.

Population scolarisée, population avertie…Population au travail, population occupée…

Toutes ces chairs à canon qui tombent sous les balles sur l’axe Hamdalaye-Bambeto-Wanindara sont issues des rangs des chômeurs et autres désœuvrés qui squattent dans les gares routières et dans les carrefours. Ces rabatteurs trouvent dans les manifestations l’occasion de se faire occuper et se faire un peu de sous. Les soulèvements, les grèves et autres manifestations sont donc généralement conduits par les vagabonds  et autres chômeurs.

 Par contre dans les pays développés où nos dirigeants ont pratiquement tous fait leurs études, il devient difficile pour n’importe quel leader politique de manipuler les populations de manière à s’entretuer entre elles pour satisfaire leurs ambitions politiques. Même en utilisant la fibre religieuse à des fins politiques, il n’y a que des personnes isolées et en marginalité, ou malades mentales qui trouvent un écho favorable à ces manipulations politiques. La raison est toute simple.

Ces populations ont atteint un niveau important d’éducation, d’instruction, d’occupation d’emploi, mais surtout, une grande autonomie vis-à-vis des dirigeants politiques et des idéologies de leur parti.

On se méfie tout autant de la religion que de la politique. En plus de cela, ces populations se définissent d’abord comme des citoyens d’une nation, «une et indivisible», avant tout sentiment d’appartenance régionaliste et même religieux.

Dans ces conditions, il est vraiment difficile pour des personnes qui ont un emploi, une qualité de vie décente et qui vivent dans une société organisée, de s’entretuer pour qu’une personne conserve ou accède au pouvoir.

L’éducation comme remède

Alors, les crises et guerres civiles générées par les avidités politiques de nos dirigeants, sont-elles des fatalités liées à notre naïveté, ou au poids de nos traditions qui nous rendent prisonniers de notre groupe ethnique ou religieux? Ou encore d’un manque d’éducation et d’instruction?

Peut-être un peu de tous ces paramètres, auxquels il faudrait rajouter le fort taux de chômage dans nos populations, notamment chez les jeunes qu’on manipule en leur promettant un emploi et de l’argent souvent mal acquis.

Aujourd’hui, la meilleure manière de réconcilier les ennemis d’hier, c’est de construire des écoles, des universités, des centres de formations professionnels, consolider le lien social partout sur le territoire et surtout créer des emplois pour ces populations livrées à elles-mêmes.

Un peuple instruit et éduqué, occupé à travailler, à préparer l’avenir des générations futures, dans une société organisée et sécurisée avec des règles et de la discipline ne peut pas sacrifier tous ces acquis en allant combattre ses propres concitoyens au risque d’y laisser la vie.

Un chef d’Etat avait dit jour, «qu’il y ait, mille morts à droite et mille morts à gauche, j’avance.» Cela devrait nous faire réfléchir sur nos engagements idéologiques à des fins qui nous échappent.

Même si rien ne peut justifier le fait que des citoyens soient tués pour leur conviction. D’où l’indignation qui devient de plus en plus grande sur ces dérives autoritaires sur le continent.