Présidentielle: Quand Machiavel s’invite dans la campagne 

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Le face à face entre  Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo, les deux têtes d’affiche du scrutin du 18 octobre s’annonce tendu en ces débuts de campagne électorale  marqués par des passes d’armes à fleurets peu mouchetées. Ainsi à la violence du discours du candidat-président, dont les propos trahissent l’obsession du désir de vaincre coûte que coûte, son principal opposant  répond au coup pour coup.

A la faveur de cette  campagne présidentielle qui n’a pas encore atteint sa vitesse de croisière, s’il y a une chose qui semble faire l’unanimité au sein de l’opinion, c’est bien le contenu clivant du discours du candidat du Rpg-arc-en-ciel.

En dix ans de gouvernance, le discours du chef de l’Etat n’a nullement évolué. L’homme se voit toujours en chef de parti, maniant la rhétorique populiste.

Ce vieux routard de la politique politicienne, qui n’a cure du politiquement correct, sait qu’au   peuple, il faut parler le langage qu’il aime entendre. Quitte à remuer les cendres et à cristalliser des haines. Comme le fait d’agiter l’épouvantail du 5 juillet 1985. Allusion à la répression dont furent la cible  certains proches des présumés putschistes de la bande au colonel Diarra Traoré. Cet ancien Premier ministre de la junte d’alors, tombé en disgrâce, fut torturé et tué dans des conditions non encore élucidées. Les faits se sont produits, alors que la Guinée venait juste de sortir de ses années de plomb, marquées par la dictature de Sékou Touré.

Malgré le tollé suscité par ses déclarations, le président continue de remettre ça, au gré de ses sorties. Une manière de flatter l’instinct grégaire de ses fiefs électoraux. Ce genre de discours vaseux met de l’eau au moulin de l’opposition, qui s’en saisit pour flétrir le bilan du régime.

La réplique ne sait d’ailleurs pas faite attendre de la part de  Cellou Dalein Diallo, qui a profité d’une cérémonie d’adhésion de quelques mouvements de soutien à sa candidature ce samedi, pour se  livrer à son exercice favori. Qui est celui de donner le bonnet d’âne du mauvais gestionnaire au régime d’Alpha Condé.

Le candidat de l’Ufdg n’a pas fait dans la dentelle, en accusant le président d’avoir durant ses dix ans,  fait  ‘’reculer la démocratie, violé de manière récurrente, les droits humains, et divisé le peuple de Guinée.’’

Et de rappeler que ‘’c’est par la ruse et la violence qu’Alpha est parvenu au  pouvoir.’’

Ruse, violence et  fraude. Ce triptyque ressassé par Cellou Dalein Diallo est pourtant une recette vieille comme le monde, pour parvenir au pouvoir et s’y maintenir. Qui fut enseignée par Machiavel, théoricien de la politique du 16ème siècle.

En 2010, s’il avait intégré ce genre de pratiques, au lieu de dormir sur ses lauriers,  il n’en serait pas encore  à pleurer sur son sort.

« Dans un étang, il n’y a pas de place pour deux dragons ».  Ce proverbe peut bien s’appliquer aussi en politique, où il n’y a pas de fauteuil pour deux. Surtout s’il s’agit de la présidence de la République. Ça coule de source donc qu’un seul candidat parmi les 12 présents dans les starting-blocks, devra sortir gagnant du scrutin du 18 octobre.

Les perdants devront faire preuve de fair-play, et accepter le verdict des urnes.

Même si le principal opposant au régime présume de sa capacité à battre Alpha Condé à l’issue de ce vote. Et que cette fois, il ne se laissera pas pigeonner.

« Lorsque nous gagnerons, s’il essaie de voler, s’il veut la guerre, il l’aura ». Cette petite phrase résume à elle seule l’opiniâtreté de Dalein dans cette élection que certains observateurs qualifient de scrutin de tous les dangers.