Présidentielles en Guinée : L’incertitude…

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S’il faut résumer la situation sociopolitique de ce pays à l’approche de l’élection présidentielle prévue en octobre prochain selon le planning de la Céni, un mot revient constamment : l’incertitude.

Personne ne sait de quoi sera fait l’avant et l’après octobre 2020, tant les positions se raidissent côté pouvoir et côté opposition. Autant le pouvoir est sourd aux revendications de l’opposition et du Front national pour la défense de la Constitution (Fndc), car il a déjà mis en place à la fois une nouvelle Constitution et une nouvelle Assemblée nationale sans leur participation, autant l’opposition aussi persiste dans sa posture de non coopération avec le régime en place qu’elle compte déclarer illégitime après le même fatidique mois d’octobre prochain.

La tension est donc à son comble entre les deux parties. Heureusement (ou malheureusement), que la crainte de propagation de la COVID-19 a empêché cette tension d’exploser depuis le début de l’année. Mais pour combien de temps encore, si l’on sait que le Fndc prévoit le 20 juillet prochain, l’occupation des rues par ses partisans.

D’une manière ou d’une autre, tout indique que la Guinée est dans une impasse politique totale dont les victimes seront les mêmes, à savoir les pauvres populations civiles. Opposées les unes aux autres, elles subissent et subiront avec la même rigueur les conséquence de l’irresponsabilité de la classe politique. Tant que la Guinée peine à s’organiser politiquement et tant que ses institutions de régulation de la vie sociopolitique n’auront pas la confiance du public, ce pays vivra constamment dans une crise de représentativité, comme c’est le cas depuis très longtemps.

Maintenant qu’il est quasiment acquis que la classe politique est incapable de s’entendre sur la marche paisible de la société, faut-il se tourner désormais vers la médiation extérieure ? C’est le chemin qui semble se dessiner, le recours à la Cédéao et à l’Union africaine. Or, ces deux institutions aussi respectables soient-elles à travers les textes qui les instituent, n’inspirent pas confiance tant elles sont versatiles dans leurs prises de position. Tantôt elles condamnent les passages en force par les gouvernements en place, tantôt elles acceptent les faits accomplis en demandant aux parties de se concerter par la suite dans une dynamique inclusive. Au final, leurs positions semblent varier selon les rapports de force en place. En général, elles font tout pour ne pas s’ingérer, outre mesure, dans les affaires de leurs États membres.

Face à cette autre impasse, l’Organisation des nations unies (ONU) sera-t-elle d’un secours ultime ? Rien n’est sûr, les puissances du monde (France, USA, Russie, Chine) sont plus que divisées sur le processus politique guinéen. Si les deux premières sont en faveur du retrait du président en exercice après ses deux mandats constitutionnels, les deux dernières sont contre ce retrait. Dans ces conditions, comment l’Onu pourrait-elle parler d’une seule voix quand il s’agit de la Guinée si ces quatre puissances, toutes membres du Conseil de sécurité détenant un droit de veto ont des avis différents sur la Guinée ?

C’est à l’interne qu’une issue à la crise politique sera trouvée. Cette issue, avec toutes ses conséquences, sera la reproduction des rapports de force et non des rapports de droit entre les parties sur le terrain. Issue évidemment malheureuse quand on sait que les équilibres durables dans toute société sont ceux qui sont fondés sur la règle de droit, la légitimité et le consensus.