Présumés viols sur des femmes à Coyah: après près de 10 ans de prison, un détenu acquitté

mai 28, 2018 11:38
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Peut-être qu’il n’est pas le vrai « Salakounyi » (insaisissable en langue Soussou). En tout cas, Mohamed Camara alias  »Salakounyi et son présumé complice Alia Camara alias «15 ans » ont été renvoyés des fins de la poursuite pour crime non établi.

Depuis octobre 2009, ils étaient en prison pour plusieurs viols sur des femmes à Coyah, dans la périphérie de Conakry. Ce lundi 28 mai, ils comparaissaient pour la première fois devant le tribunal criminel de Dixinn. En face d’eux, seul le procureur. Aucune victime, ni témoin, ne s’est présentée contre les deux hommes. Mieux, aucun rapport médico-légal n’a été versé aux dossiers de leur procès. Des éléments qui ont suffi aux avocats de la défense pour démonter le réquisitoire du représentant du ministère public. Celui-ci, tâchant les accusés de mauvaise foi, a requis 20 ans de réclusion criminelle contre eux.

Le substitut du Procureur s’est beaucoup appuyé sur « les déclarations » des accusés devant la police et devant le magistrat instructeurs. Dans le rapport d’enquête préliminaire tout comme dans le procès-verbal du juge d’instruction, Salakounyi et « 15 ans » reconnaissent les faits. Dans ces documents, Salakounyi reconnaît qu’il était fort d’un gris-gris qui lui permettait de pénétrer des femmes sans être vu. Il a donc ainsi violé  plusieurs femmes à Coyah dont certaines étaient couchées à côté de leurs maris. Et ce gris-gris, « 15 ans » le louait parfois à Salakounyi contre 15 000 francs guinéens.

« Ma femme, c’est mon travail »

« Au nom de Dieu, je n’ai jamais violé une femme », a dit Salakounyi qui est parti en prison à l’âge de 22 ans. Plus loin, il dira même qu’il n’a jamais eu de rapport sexuel. « Je ne suis pas marié, et je n’ai jamais fait l’amour… Ma femme, c’est mon travail », a-t-il déclaré en répondant à une des questions du juge Mangadouba Sow.

Son co-accusé dira, lui aussi, qu’il n’a jamais fait l’amour en dépit de ses 30 ans bien sonnés. « Je suis arrivé en prison très petit (il avait pourtant 21 ans en 2009 ) », a-t-il justifié le fait d’être puceau.

Dans le rapport d’enquête préliminaire, les accusés disent avoir tenu ces propos sous le feu de la torture. En plus, Salakounyi n’a pas reconnu la signature de l’accusé dans le procès-verbal du juge d’instruction.

L’originaire de Bouramaya dit avoir été arrêté courant octobre 2009 alors qu’il cherchait à manger.  Ce jour, vers 1 heures du matin, il avait faim. Il cherchait alors à manger. Il ne gagne pas à manger, et va se reposer dans une baraque. Aussitôt qu’il s’endormit, il sera brusquement réveillé par des hommes qui l’avaient encerclé. «  Ils disaient  c’est lui Salakounyi… », a raconté l’accusé. Ce nom Salakounyi, il a finalement accepté de le porter même s’il dit ne pas savoir pourquoi on le lui a attribué. « Je ne sais pas pourquoi on m’a appelé ainsi… En tout cas, moi je ne suis pas insaisissable. Si c’était le cas, je ne serais pas là », a-t-il dit.

Arrêté et transmis à des militaires du  CNDD (Conseil National pour la Démocratie et le Développement), il a passé trois mois au Camp Alpha Yaya (quartier général de la junte d’alors ). C’est là qu’il aurait dénoncé Alia Camara. En tout cas, c’est ce que croit son co-accusé. Mais à la barre Salakounyi a rejeté cette autre accusation… Quoi qu’il en soit, le plus important pour eux a été leur libération après près de 10 ans de prison.