Prévention VIH/SIDA : à Kankan, des  travailleuses de sexe se lâchent

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A Kankan, parler du VIH/SIDA, n’est pas une chose aisée. C’est un sujet si tabou, que le simple fait d’en parler déclenche de la psychose dans l’esprit de la plupart des interlocuteurs.

Par contre, dans les établissements de sexe, où l’on retrouve, les personnes les plus exposées à la maladie, certaines langues se délient.

Aux environs de 2 heures dans la soirée, au cours d’une visite d’investigation, ce jeudi 3 décembre, sur l’esplanade du Motel Makona, situé dans les profondeurs du quartier Bordo, nous avons fait la rencontre de M K.

Drapée dans sa jupe mini et son haut décolleté, cette demoiselle dit être originaire de Conakry et diplômée en sociologie, fruit de l’université de Kindia.

N’ayant jamais trouvé d’emploi, c’est pour cette raison, qu’elle serait venue à Kankan, loin de ses proches, pour se lancer dans une carrière de travailleuse de sexe.

« Je viens de Conakry j’ai fini mes études, j’ai fait la sociologie à Kindia. Je suis venue à Kankan il y a de cela  6 mois maintenant. Nous sommes nombreuses ici, on se débrouille dans cette activité du sexe. Si nous faisons ça parce qu’il n’y a pas de travail. Tout le monde sait que les guinéens souffrent beaucoup. Nous n’avons pas un bon président ni un bon gouvernement. Après les études, les parents sont pauvres, ils ne peuvent continuer à nous prendre en charge, c’est ça qui nous pousse à venir travailler ici. On n’a pas trop le choix. Sinon aucun parent ne serait heureux de savoir que sa fille, après les études, vend son corps. Si je gagne d’autres opportunités de travail, je vais abandonner celle- là », a-t-elle promis.

Même si la pandémie du VIH  passe inaperçue ces derniers temps  à cause de l’autre virus, celui de la Covid19, M-K nous assure que jamais, elle ne baisse la garde comme le font certaines de ces consœurs.  « Nous achetons tous des paquets de préservatifs. Parce que nous travaillons dans des chambres de motels privés. Dans tous les motels de Kankan, c’est comme ça. Mais certaines filles, à cause de l’argent, acceptent de faire l’amour avec des hommes sans préservatif. Mais quant à moi, je ne me couche jamais avec quelqu’un s’il ne porte pas un préservatif. Parce que, je tiens à ma santé avant tout », nous a-t-elle assuré.

Sans avoir fait son test de dépistage, M K, croît dur comme fer, qu’elle n’est pas porteuse du virus du Sida « Moi je n’ai pas le VIH, je suis sûre de moi que je ne l’ai pas. Mais il y en a d’autres qui l’ont ici mais elles refusent de se faire soigner. Certaines ONG viennent faire des tests ici. Plusieurs sont testées positives, mais elles refusent d’aller se faire soigner. Même quand on leur explique discrètement et qu’on leur donne les contacts des médecins, elles refusent de partir suivre les traitements. Mais on se connaît ici très bien entre nous », nous a-t-elle confié.

Cependant à défaut de nous donner des statistiques, Dr Sampou Mamy, point focal VIH à l’Hôpital régional de Kankan tire la sonnette d’alarme et prévient : «  Cette maladie, n’est écrite sur le front de personne. C’est uniquement à travers le test, qu’on peut savoir son statut sérologique. Nous n’avons pas encore mis au point les statistiques à livrer sur l’évolution de la pandémie à Kankan. Mais puisque nous constatons que la plupart des gens restent à la maison et ne viennent pas vers les structures sanitaires, ça devient un problème et vous allez constater aujourd’hui que la courbe d’infection et de contamination du VIH, n’a pas tendance à baisser chez nous » a-t-elle expliqué, avant d’exposer quelques symptômes du virus en ces termes: « Néanmoins, les signes avant-coureurs, peuvent être la fièvre persistante, l’apparition des boutons sur le corps, la diarrhée persistante. Ce sont des symptômes à ne pas banaliser, il y a beaucoup de signes mais on s’en tient à ceux-là », a-t-elle conclu.