Primature : le bilan de Kassory Fofana passé au crible

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Le Premier ministre Kassory Fofana, nommé le 21 mai 2018, vient de passer deux ans aux affaires. Votre quotidien électronique s’est rapproché des citoyens pour recueillir leur impression sur le bilan du  3ème  Premier ministre et chef du  gouvernement d’Alpha Condé.

Dans ces regards croisés des citoyens sur le bilan du Premier ministre guinéen, les réactions sont surtout négatives. Presqu’unanimement les citoyens interrogés retiennent de lui, un homme friand de la manière forte. La formule « je préfère l’ordre à la loi », colle désormais à la peau de cette personnalité.

 Kankan juge Kassory en dessous de la moyenne

A Kankan, l’opinion publique n’est pas tendre avec ses gouvernants. En deux ans, rares sont les citoyens du Nabaya qui apprécient ou qui reconnaissent, l’ombre d’un seul progrès dans cette localité.

Ainsi à la question de savoir, si ce gouvernement répond à leurs attentes, seulement un (1) citoyen sur dix (10) donne une réponse positive.

Karamo Condé, jeune pensionnaire de l’université Julius Nyerere de Kankan, est l’un de ces rares citoyens qui soutiennent que : « Depuis que le gouvernement de Kassory est arrivé aux affaires, on a vu seulement un peu de progrès et de changement s’opérer». Et il en veut pour preuve, la prise en charge des factures d’eau et d’électricité des citoyens par le gouvernement  en cette période de crise sanitaire.

« L’électricité et l’eau par exemple ici à Kankan, c’est vrai qu’on ne les reçoit pas régulièrement et normalement, mais néanmoins, on peut remercier le gouvernement Kassory de nous avoir dispensés du paiement de nos factures, en cette période de pandémie », s’est-il réjoui.

Par contre, ils sont très nombreux dans la cité à se plaindre de l’inefficacité du Premier ministre Kassory et de son équipe pour qui, à l’image de Sékouba Kaba, gérant d’un café près du grand marché de la ville, sont prodigues en promesses, à l’image du président de la République Alpha Condé.

Mamadi Dioubaté, instituteur de profession lui, est plus dur dans la peinture: « des marionnettes qui font semblant d’être au service de la population, alors qu’au fond, ils ne servent que les aspirations politiques du président de la République », peste-t-il.

Droit dans ses bottes, Moustapha Camara, lui aussi étudiant de l’université Julius Nyerere de Kankan, affirme que  ce gouvernement n’a rien apporté de potable à Kankan.

« Le gouvernement de Kassory, n’a rien opéré comme changement ou de progrès ici à Kankan. Il faut avoir juste le courage de le dire. La jeunesse croupit dans le chômage, la desserte de l’eau et de l’électricité sont au plus bas niveau, la pauvreté malgré son programme d’ANIES, ne fait qu’empirer ».

Poursuivant sa tirade, il fait une comparaison avec le gouvernement précédent de Mamadi Youla. « Au moins Youla et son équipe ont permis à Kankan en janvier 2018 de bénéficier de plusieurs infrastructures en marge de la célébration de l’indépendance ici. Donc lui au moins, on peut l’apprécier un peu. Mais Kassory, n’a que des mots à la bouche, on ne voit rien de concret sur le  terrain en termes de résultat », a-t-il dénoncé.

En résumé à Kankan, ce qu’on pourrait surtout retenir des réactions qui fusent de l’opinion publique, c’est qu’à l’image de celui de Kassory, aucun gouvernement de l’ère Alpha Condé, n’a su apporter jusqu’ici satisfaction aux populations du Nabaya vis-à-vis de leurs problèmes capitaux comme le manque criard d’électricité, et d’eau.

Répression et corruption, telle est la perception du bilan du PM à N’Zérékoré

Deux ans après sa nomination à la Primature, les avis des populations de N’Zérékoré, sont partagés quant au bilan du Premier ministre  Ibrahima Kassory Fofana.

Pour Vincent Mamy, citoyen de la capitale forestière, Kassory s’est illustré par l’implantation des Postes armés (PA) dans la ville. «  La seule chose que je retiens de Kassory, est l’instauration de l’autorité de l’état à Conakry, à travers l’installation des PA. Ce qui a freiné les manifestations dans les quartiers chauds. Nous ici à N’Zérékoré, nous n’avons  bénéficié de rien de son gouvernement durant ces deux ans, sinon que des mensonges de nos frères ministres originaires de la région. Aujourd’hui, il y a combien de nos frères qui sont déportés injustement à Kankan. Ce que nous traversons en ce moment c’est du jamais vu. Et tout cela il est en partie responsable», accuse Vincent.

«Il a été le maître d’œuvre, du recul démocratique. Car cette nouvelle constitution est à son actif. Mais aussi la privation de la liberté des citoyens guinéens à travers ces  fameux PA, à Conakry et l’interdiction de manifester. Ce qui est la manifestation la plus évidente de l’instauration de la dictature et de l’état policier dans notre pays. Car il a dit, qu’il préfère l’injustice dans l’ordre à la place de la justice dans le désordre», charge Ismaël Konaté, enseignant.

Alseny Bangoura, s’inscrit dans la même dynamique en disant : « s’il y a un bilan que je dois dresser des 2 ans de Kassory au palais de la Colombe, c’est des morts, des libertés brimées mais aussi une misère qui ne dit pas son nom.»

Et d’ajouter, amer : « mais de quel bilan voulez-vous qu’on parle.  Lorsqu’on vous dit, que c’est la mort du Chinois qui a  fait que Kankan n’a pas de courant. Pour moi si je dois parler des 2 ans de Kassory, cela se résume à l’impunité, la corruption, l’oppression, à la souffrance des Guinéens mais aussi à un véritable recul démocratique avec cette fameuse soi-disant constitution.»

Poursuivant, notre interlocuteur affirme « qu’au début, lorsqu’il a enlevé « Paul Moussa Diawara » pour fait de corruption on pensait qu’il allait continuer, mais on a compris par la suite que c’était un règlement de compte. Car jamais la corruption n’a autant gangrené notre pays que maintenant. C’est pour toutes ces raisons que je dis plus haut qu’ailleurs que le bilan de Kassory Fofana est négatif. Mais cela n’est qu’une logique pour tous ceux qui l’on connu  au temps du feu général Lansana Conté»,  dira Monsieur Bangoura.

Labé trouve que la montagne a accouché d’une souris

A Labé, la grande majorité des personnes interpellées sur le bilan des deux ans de gestion du Premier ministre reste convaincue que la montagne a accouché d’une souris car selon eux, malgré le passé obscur très souvent attribué à Ibrahima Kassory Fofana, il pouvait mieux faire dans un pays qu’il a eu la chance de connaître, avant d’occuper cette haute fonction qu’est celle de chef de gouvernement.

« Je reste convaincu que Kassory Fofana s’est beaucoup débattu pour laisser un bilan honorable. Mais le problème ce n’est pas lui, c’est le système, et Kassory savait pertinemment qu’il ne pouvait pas y changer quelque chose. Donc, il s’est cassé les dents en tentant l’impossible avec un régime qui veut tout sauf le changement. Ainsi, le Premier ministre est l’unique responsable de son échec qui saute aux yeux », estime Mamadou Dramé, un jeune rencontré aux abords du quartier Kouroula.

Amadou Sadio Barry, un citoyen interrogé dans le même panel, parle lui  d’un bilan catastrophique : « c’était prévisible ; Kassory fait partie des cadres qui ont détruit ce pays. Ils ne savent que ça. Regardez où nous en sommes. L’économie, la santé, l’éducation, la jeunesse, les travaux publics, la sécurité, l’environnement, … tout est secoué et paralysé. Et ce, bien avant la pandémie. Donc, les deux ans de gestion du PM sont justes catastrophiques », soutient-il.

La réaction est mitigée au niveau des représentations politiques des deux principaux partis de la classe politique guinéenne. Quand l’UFDG (Union des forces démocratiques de Guinée) parle d’un bilan médiocre qui s’est juste distingué par la répression des populations avec plusieurs dizaines de morts ; le RPG (Rassemblement du peuple de Guinée) lui, soutient carrément le contraire. Pour preuve, le RPG parle du bitumage en cours de la voirie urbaine de Labé, qui selon eux est une preuve éloquente de la bonne gestion du pays.

A Kindia, c’est la déception qui l’emporte dans les réactions sur le bilan du PM

La nomination de Kassory Fofana au poste de Premier ministre et chef du gouvernement du président Alpha Condé avait suscité un regain d’espoir chez les citoyens et acteurs de la société civile, qui avait pensé que cela mènerait  à des créations d’emplois, à un décollage économique et l’amorce rapide du développement durable de notre pays.

Dans la cité des agrumes, deux ans après, c’est la déception qui se lit sur les visages de ceux qui acceptent de commenter le bilan du Premier ministre.

La gestion d’Ibrahima Kassory Fofana au poste de Premier ministre fait des frustrés, comme pour dire que sa venue à la tête du gouvernement fut une déception chez nombreux citoyens.

C’est le cas de Moussa 1 Camara, enseignant chercheur qui réagit ainsi: « les deux années de gestion de Kassory ont été calamiteuses. Ça n’a été qu’une gestion conjoncturelle et non une gestion structurelle.  Les projets ANAFIC et INIES ont été des projets fomentés par-lui-même et en réalité ces projets n’ont pas atteint leurs objectifs. Il devrait s’atteler à créer de l’emploi et instaurer un climat de dialogue entre les citoyens mais depuis qu’il est là, l’insécurité a battu le record en Guinée. Je ne peux pas dire que tout est négatif mais en ce qui concerne le développement à la base, on n’a pas senti grand-chose durant  ces deux ans de gestion. Donc, nous ne  sommes pas satisfaits », a-t-il souligné.

« Le Premier ministre Kassory a presque géré sous tous les régimes. A commencer par celui de Lansana Conté où il était au cœur de tous les évènements. On connaît sa gestion du passé et c’est la même personne qui est en train de gérer les affaires au sommet de l’Etat. C’est vraiment catastrophique, à mon avis. Et pourtant son arrivée avait suscité de l’espoir, malgré son passé pas du tout reluisant.  Mais hélas, la montagne a accouché d’une souris. Depuis que ce monsieur est là, on ne fait qu’enregistrer des grèves et des manifestations interminables dans le pays. Sur le plan économique le baril du pétrole a baissé mais chez nous le carburant coûte cher à la pompe. En plus, il ne fait que faire la politique du pouvoir en place, pour juste la promotion du 3ème  mandat d’Alpha condé, alors que le Premier ministre est le garant du dialogue politique. Mais il ne fait rien dans ce sens, ce qui fait qu’au jour d’aujourd’hui les violences sont récurrentes, l’insécurité bat son plein et il n’y a pas de vraie justice. Donc, il a un  bilan globalement  négatif », juge Ibrahima Djouma Bah.
Hormis les citoyens, les activistes des droits de l’homme de la contrée trouvent aussi leurs mots à dire sur cette gestion.

« Depuis que Kassory est à la tête du gouvernement, notre pays est toujours cité en mauvais exemple en matière des droits de l’homme par des organisations internationales. Des multiples arrestations et emprisonnements des opposants continuent malheureusement. La liberté d’expression est toujours bafouée et les assassinats ciblés sont d’actualité. Alors qu’on pensait qu’il allait remédier à tout ça dès son arrivée à la Primature, il  y a de cela deux ans», regrette Mohamed Kassi Camara, acteur de la société civile.

Un peu plus loin, un autre acteur de la société guinéenne jauge autrement cette gestion de Kassory Fofana.
« Certes les réformes engagées par Kassory sur le plan économique ne sont pas visibles mais il faut reconnaître que n’est pas aussi négatif qu’on le croie. Aujourd’hui en Guinée, n’eût été cette pandémie de COVID 19, notre pays était devenu la plaque tournante des investisseurs dans le secteur minier et dans d’autres secteurs, et cela grâce à son leadership managérial. La corruption a beaucoup diminué. Il a maîtrisé l’inflation, seulement cela n’est pas ressenti sur le quotidien des citoyens mais il faut reconnaître qu’il a fait des efforts ces derniers temps», explique Amadou Sadio Bah, agronome de profession.

Au-delà de cette perception, ces citoyens attendent beaucoup encore de choses de l’actuel Premier ministre.

« On attend encore de lui un changement radical du quotidien des citoyens, c’est-à-dire la baisse des prix des denrées de grande consommation, la création d’emplois pour les jeunes, l’augmentation des salaires des fonctionnaires, la maîtrise de l’inflation, la lutte contre l’insécurité et l’instauration d’un climat de dialogue entre les acteurs politiques », souhaite Sékou Camara, ingénieur de son état.

Quant à d’autres citoyens de la ville interrogés par notre reporter, ils demandent au Premier ministre de se battre pour le renforcement du tissu social qui est plus que jamais en lambeau en Guinée.

 « Les deux années de Kassory ont été catastrophiques pour le peuple de Guinée », Dr Faya Millimono

« Pour être objectif pour parler du bilan de Kassory Fofana, il faut partir de ce qui lui est assigné comme mission. En tant que Premier ministre, dans notre système, on a la responsabilité de promouvoir le dialogue social dans le pays, on a la responsabilité de veiller au respect des accords et on a la responsabilité d’appliquer les lois et les décisions de justice. En partant donc de cette mission qui est assignée par notre Constitution, je peux globalement dire que les deux années ont été catastrophiques pour le peuple de Guinée.

Dès qu’il est arrivé, Kassory a déclaré qu’il préfère l’ordre à la loi. Quand quelqu’un qui est destiné aux fonctions si élevées que celles de Premier ministre d’une République ignore que c’est le respect de la loi par tout le monde y compris par lui-même, qui peut conduire à l’ordre, c’était très inquiétant.

Conformément à cette déclaration qui est un état d’esprit, nous avons assisté à des dérives les plus graves. En violation de nos textes, on a vu des postes d’appui (PA) installés partout, on a vu des refus catégoriques de dialoguer, alors qu’il avait une responsabilité première de promouvoir le dialogue social. On n’a pas connu  autant de grèves, surtout dans le domaine de l’éducation, que pendant les deux dernières années. Tous les accords qu’il a trouvés en place au niveau politique, aucun n’a été appliqué. Par exemple, on peut citer l’accord électoral sur l’installation des conseillers communaux. Ça nous a conduits plutôt à des cas de violences. C’est le cas à Kindia, à Guéasso, à Bignamou, etc., ça nous a conduits plutôt à des drames où des Guinéens ont perdu la vie, où des Guinéens ont vu leur sang couler simplement par le refus d’appliquer un accord politique. Cela fait partie de son bilan. Un cortège funèbre a été attaqué. On a vu des gaz lacrymogènes jetés dans des maisons de spirituels, dans les cimetières, tout cela en violation de la loi. Parce que pour lui, c’est l’ordre qu’il cherche, ce n’est pas la loi. Donc agir complètement en dehors des lois et la Constitution. C’est la première chose qu’on retient de M. Kassory. On se rappelle aussi qu’en matière de décision de justice, on n’a pas connu le refus d’appliquer les décisions de façon aussi flagrante que durant  les années de Kassory. Les dernières décisions concernent les militants et responsables du FNDC qui viennent d’être libérés par décision de justice. Mais on refuse de les libérer. C’est le cas de Saikou Yaya Diallo. Il y a le cas de l’installation des conseils de quartiers et districts, qui  est  une disposition légale, une loi organique, qu’on refuse d’appliquer.  Sur ce plan-là ç’a  été une catastrophe.

Peut-être qu’il avait des intentions. Mais en Guinée, les Guinéens ne veulent plus de mots, ils veulent des actes. Il a fait un constat qui était juste. On parle de croissance économique, mais la pauvreté augmente. Le nombre de pauvres augmente malgré la croissance économique.  Il a dit qu’il va faire en sorte qu’il y ait une amélioration du revenu national. Je n’ai pas vu d’actes concrets en ce sens. Aujourd’hui si on fait une évaluation réelle et objective du niveau de progression de pauvreté dans la population guinéenne, au-delà de toutes conséquences de la pandémie que nous vivons, c’est encore catastrophique.

Il avait encore une intention que beaucoup ont trouvée noble, parce que dans notre pays nous n’avançons pas à cause de la corruption, la mal gouvernance, le détournement de l’argent public, des deniers publics. Il a dit qu’il allait déclarer la guerre à ceux-là. Encore une fois, ça s’est limité à une déclaration verbale. Aucune action n’a été prise. Le seul que j’ai entendu avoir fait face à la justice et à une condamnation, et qui a fait brièvement quelques jours en prison, c’est le directeur de l’Office guinéen de publicité (OGP). C’est le seul cas. Il n’y a eu aucun acte, de sorte que pendant les deux dernières années, l’achat de conscience, la corruption  est devenue  l’exercice principal du gouvernement. On est aujourd’hui dans un état d’immoralité tellement extrême, que personnellement c’est quelqu’un que j’aimais, mais honnêtement son passage avec son introduction qui rassurait les gens, il a dit que le Chinois est mort, donc la Haute Guinée n’allait pas avoir le courant à cause de ça. Donc résumons en disant que c’était réellement catastrophique. Son bilan est catastrophique. Et ça, c’est objectif. »