Pris entre deux feux : le pouvoir à cran

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La recrudescence de la crise sanitaire de coronavirus dans le pays n’aura nullement dissuadé le Front national pour la défense de la constitution (Fndc), dans sa détermination à ferrailler avec un exécutif de plus en plus sous pression, dans sa tentation  de  3ème mandat. Sans oublier le vent de révolte contre les délestages de courant qui ne cesse de se répandre dans les principales villes de la Haute Guinée, pourtant fief traditionnel du parti au pouvoir. (photo d’archives)

Le Front national pour la défense de la constitution (Fndc) a convié donc ses partisans à battre le pavé ce lundi, pour protester contre les velléités de 3ème mandat du président Alpha Condé, dont le pouvoir dans les conditions normales est à son couchant. Ayant quasiment consommé les deux mandats qui lui étaient dévolus, conformément à la constitution de mai 2010.

La seule loi fondamentale que le Fndc dit d’ailleurs reconnaître à ce jour, ce malgré l’adoption au forceps d’une nouvelle constitution le 22 mars dernier.

Constitution qui, à son tour aurait été passée au caviar, selon le Barreau de Guinée.

Dans cet embrouillamini digne d’une pétaudière, l’on pourrait se demander in fine, à quelle constitution se vouer.

Certes le gouvernement, face à la levée de boucliers du Barreau, a invité les Guinéens à prendre en compte la constitution  promulguée dans le journal officiel. Soit.

Mais l’opposition elle, dit n’en avoir cure. Ainsi, dans sa plateforme revendicative, elle exige purement et simplement la dissolution de l’assemblée élue à l’occasion du double-scrutin controversé du 22 mars, qui s’était soldé par de nombreux morts à travers le pays.  L’autre point sur lequel le Fndc se veut inflexible, c’est bien le cas du retrait de la constitution qui a vu le jour dans les mêmes circonstances troubles que le parlement.

D’ailleurs pour surenchérir, l’opposition va dorénavant, jusqu’à demander le départ du président. Une démarche que les partisans de la majorité présidentielle trouvent politiquement incorrecte.

Construisant leur argumentaire sur le fait que le mandat du chef de l’État court toujours. Ce jusqu’en fin 2020.

Dans cette crise de nerf entre l’exécutif et l’opposition, le camp de la majorité présidentielle est à cran. C’est ce qui justifierait l’interdiction de la manifestation du Fndc. Décision rendue publique dans la soirée de ce dimanche par le ministre de l’Administration du territoire et de la décentralisation, le général Bouréma Condé. Qui invite dans la foulée les forces de sécurité à traquer tous ceux qui se hasarderont à braver cette mesure gouvernementale.

Une interdiction précédée d’une menace de poursuite devant les juridictions compétentes « pour atteinte à la sureté de l’État », proférée par la porte-parole du parti au pouvoir Domani Doré, contre toute manœuvre de sédition.

« Chat échaudé craint l’eau froide »

Sachant que « chat échaudé craint l’eau froide », comme le veut le proverbe, le Fndc a tenu cette fois-ci  à mettre des garde-fous, pour prévenir d’éventuels risques de dérapages. Comme lors de certaines de  ses précédentes manifestations qui avaient été violemment réprimées.

Ses avocats Mes William BOURDON et Vincent BRENGARTH ont donc été mis à contribution pour alerter « la CPI sur le risque de répression policière à l’occasion de cette nouvelle mobilisation et dans le prolongement de la dérive autoritaire à l’œuvre depuis plusieurs années. »

Les conseils du Fndc rappellent en effet que « les derniers rassemblements ont en effet donné lieu à des violences inacceptables dans un Etat se revendiquant comme démocratique. La répression des opposants a notamment été dénoncée par l’ONG Human Rights Watch, Amnesty International, la FIDH… L’ONU, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), les Etats-Unis, l’Union européenne et la France ont appelé au respect des libertés », selon les avocats français.

Dans la perspective de l’investiture de son candidat pour un troisième mandat, prévue lors d’une convention annoncée pour le 05 août, l’exécutif se trouve pris entre deux feux. C’est le moins qu’on puisse écrire, étant donné que du côté de la Haute Guinée, l’ardeur des indignés ne retombe pas.

Après une série de manifestations enregistrées récemment à Kankan, puis à Siguiri contre les délestages de courant, les jeunes du Nabaya, mordant dans leur critique, menacent de remettre ça, ce mardi 21 juillet.

Comme pour dire que l’équipe de déminage déployée en grande pompe dans la région n’aura pas réussie sa mission.

Pour se tirer d’affaire, il revient au pouvoir de choisir entre jouer finement ou user de la manière forte contre ces foyers de contestation.