Procès du Putsch manqué au Burkina: comment le chef de la sécurité de Dadis a rejoint le commando qui a arrêté Michel Kafando?

juillet 14, 2018 5:13
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Adama Diallo est Sergent-chef de l’armée burkinabé et chef de la sécurité de l’ex-président de la junte guinéenne, Moussa Dadis Camara. Il est aujourd’hui comme plusieurs de ses compagnons d’arme poursuivis par la justice militaire du Burkina pour ‘’atteinte à la sûreté d’Etat et complicité de meurtre’’ lors du putsch manqué du 16 septembre 2015 à Ouagadougou.

Au cours de sa comparution le vendredi 13 juillet devant le tribunal, il a soutenu que durant ce putsch, il a été appelé par ses supérieurs notamment le Major Jean François Nior de rejoindre l’unité qui a procédé à l’arrestation du président Michel Kafando. Sous le commandement de ce détachement, il lui a été ordonné, à  partir du 29 septembre, d’abandonner la protection du capitaine Dadis.

L’ex-patron du CNDD, qui vit à Ouagadougou depuis la tentative d’assassinat perpétrée contre lui par son aide camp, le lieutenant Aboubacar Toumba Diakité, s’est retrouvé sans protection et livré à lui même durant cette période d’insécurité qui a fait 13 morts et plusieurs blessés dans la capitale du pays des hommes intègres.

Par ailleurs, faut-il rappeler que Dadis Camara est accusé en Guinée de ‘’crime contre l’humanité’’,  de  ‘’viol de masse…’’ perpétré  lors d’une manifestation des forces vives le 28 septembre 2009 dans le grand stade de même nom à  Conakry. Depuis 2010, il est ‘’retenu’’ au Burkina Faso nonobstant sa volonté de retourner en Guinée. Est-il prisonnier du président Alpha Condé au Burkina Faso? En tout cas pour nombre d’observateurs de la scène politique guinéenne, Alpha Condé n’est pas disposé pour le moment à s’encombrer d’une présence du bouillant capitaine Dadis en Guinée tant qu’il est aux affaires.

C’est du moins l’avis d’un diplomate africain et fin connaisseur de la Guinée rencontré à Ouaga et qui affirme que l’ancien président de la junte guinéenne reste toujours un homme imprévisible et en qui  sommeille encore l’envie de revenir un jour, d’une manière ou d’une autre, au pouvoir. De ce point de vue, estime ce diplomate, l’homme représente sérieusement une menace potentielle pour la sécurité nationale.

La semaine des révélations

Depuis la reprise du procès du putsch manqué du 16 septembre 2015, la semaine du 9 au 14 juillet a été marquée par de nombreuses révélations. Elle est qualifiée par la presse de ‘’semaine des exécutants’’. Ceux qui ont reçu l’ordre et qui ont procédé à l’arrestation dans le palais présidentiel du président Kafando et des membres de son gouvernement.

Ce commando était composé de l’adjudant-major Éloi Badiel,  de Jean-François Nior, Moussa Nièbe, alias ‘’Rambo’’, l’émissaire du général Gilbert Diendéré, Roger Koussoube dit ‘’Touareg’’, l’homme qui a transmis l’ordre d’arrestation du président de la Transition Michel Kafando. Tous ces soldats ont, les uns après les autres, catégoriquement rejeté à la barre le terme de ‘’coup de d’Etat’’ pour qualifier leur action.

Pour eux, il s’agissait  simplement d’’’arrestations’’ afin de discuter des problèmes du Régiment de la Sécurité Présidentielle. Mais les révélations les plus marquantes sont venues de l’émissaire du général de brigade Gilbert Diendéré, Roger Koussoubé, alias ‘’Touareg’’.  A travers celui-ci, le tribunal ainsi que toute l’assistance a largement appréhendé le fonctionnement du Régiment de la Sécurité Présidentielle (RSP).

Il faut souligner que ce régiment était placé sous le contrôle de trois fractions:

Un premier groupe recevait ses ordres du Premier ministre et ancien membre du RSP, Yacouba Isaac Zida ; le deuxième groupe prenait ses ordres auprès du général parachutiste, Gilbert Diendere et la dernière fraction, quant à elle, était sous le contrôle de l’ancien ministre des Affaires Etrangères de Blaise Compaoré, le général  Djibril Bassolé.

A en croire Roger Koussoubé, alias ‘’Touareg’’, il y a eu des puces téléphoniques avec des numéros ivoiriens qui ont été distribuées à quelques éléments du Régiment durant ce coup d’Etat. Des puces sur lesquelles il a été envoyé, à chacun des détenteurs, la somme de 1 949 000 FCFA, soit 31 millions de francs guinéens.

Dans les semaines à venir, 77 autres co-accusés seront entendus par le tribunal militaire afin de lever tous les mystères de coup d’État du 16 septembre 2015 qualifié par l’opinion comme étant le plus stupide du monde. La reprise des audiences est prévue pour le lundi 16 juillet à Ouagadougou.

Nous y reviendrons.

Bangaly Touré depuis Ouagadougou ( Burkina Faso ) pour Guinéenews