Projet ROSCED : la Délégation de l’UE en mission de visite de terrain à Mamou

0
734

Comme la plupart des jeunes guinéens, ceux des préfectures de Mamou, Dalaba, Pita et Labé sont confrontés au problème de chômage. Cette situation conduit bon nombre d’entre eux à l’exode rural et à l’immigration irrégulière. Ce phénomène touche généralement les personnes âgées de 15 à 35 ans sans métiers, déscolarisés ou diplômés sans emploi.

Dans l’optique d’apporter une réponse à la pauvreté et à l’immigration irrégulière des jeunes, l’Union européenne et Plan International Guinée à travers le projet ROSCED (Renforcement des Organisations de la Société Civile pour la Création d’Emplois Durables), renforcent les organisations de la société civile pour leur permettre de créer des emplois durables pour la jeunesse guinéenne. Ce projet couvre 12 communes des préfectures de Labé, Pita, Dalaba et Mamou.

Dix-sept mois après le lancement de ROSCED dans les régions de Mamou et Labé, une mission conjointe de l’Union européenne et du Plan International Guinée était sur le terrain du 12 au 15 novembre pour s’enquérir du niveau d’avancement du projet. Après Labé, l’étape de Mamou ce jeudi 15 novembre 2018 a permis à la mission de toucher du doigt les réalisations du projet sur le terrain. La sous-préfecture de Ourékaba située à 65 km de la ville de Mamou fut la localité ciblée pour l’étape de Mamou.

Les bénéficiaires, à tour de rôle, ont magnifié les acquis du projet sur leur environnement et l’économie dans les foyers. Ainsi, Ciré Mansaré a, au nom des groupements, magnifié le projet en parlant du changement qu’il a apporté dans leur vie quotidienne.

« Grâce au projet ROSCED, nous échappons aux actions des usuriers qui nous prêtaient de l’argent contre un taux d’intérêt élevé. Le projet a été un facteur de renforcement des liens sociaux pour nous. Nous sortons ensemble, nous rentrons ensemble. Tous nos enfants déscolarisés par manque de moyens ont repris le chemin de l’école. Actuellement, dans notre groupement, nous avons en épargne 13 millions de francs guinéens et 8 millions encours de crédit. Nous sommes très contents du projet », se réjouit-elle.

Pour sa part, Binty Sano, membre du groupe HIMO, se réjouit de la solidarité. « Par le passé, on entreprenait des activités de façon disparate. Chacun évoluait de son côté. A travers Plan Guinée, l’élan de solidarité est renforcé. Je ne connaissais pas ce qu’on appelle caisse à plus forte raison parler de part. Le groupement est solidaire. J’ai été renforcée à travers le groupe. Avant, je cultivais 10 mesures d’arachides, maintenant je cultive trente mesures d’arachides », explique-t-elle, l’air joyeuse.

De son côté, Mamadou Noumez Camara, le sous-préfet de Ourekaba, a mis un accent particulier sur les acquis en terme de protection de l’environnement. « Depuis deux ans, nous vivons des retombées positives des actions parrainées par Plan International Guinée. Notre marigot Boudensarma qui est né avec le village depuis le 17ème siècle avait tendance à disparaitre. Grâce à Plan Guinée, l’eau coule abondamment et les animaux aquatiques sont de retour. Nous avons besoin de Plan Guinée pour combattre la pauvreté et l’injustice car l’homme pauvre n’est pas libre », justifie-t-il.

Poursuivant, Fodé Lamine Mansaré, le doyen du village de Ourekaba en face de la délégation a exprimé ses sentiments : « la communauté de Ourekaba vous reste reconnaissante. Nous savons de quoi souffrait notre population avant votre intervention. Votre apport a élevé le niveau de vie de nos populations. Nous sommes très satisfaits ».

Alpha Boubacar Diallo, un migrant retourné de la Libye est revenu sur le calvaire qu’il a traversé sur le chemin de la migration avant de rappeler quelques acquis qu’il a bénéficiés du projet ROSCED.  « Il y a de l’avenir dans ce projet qui m’a permis de m’intégrer. Avec les actions développées, on pourra édifier notre avenir petit à petit. J’invite tous les jeunes d’accepter de se maintenir sur place. Par le courage, on peut réussir chez soi », promet-il.

Aboubacar Keita, le président de l’ONG ADEG est revenu sur les actions menées à Ourékaba. « Dans le cadre des travaux HIMO, nous avons recruté  60 jeunes pour 80 jours de travaux qui ont consisté au curage de 2 449 mètres linéaires du lit du marigot Boudensarma. Chaque journée de travail, chaque jeune avait un salaire de 30 000 GNF, soit 150 000 GNF par semaine et 9 millions GNF par semaine pour les 60 jeunes.  Ce salaire hebdomadaire permettait à chaque jeune d’épargner 5 000 à 10 000 GNF par semaine au sein de son Groupement d’Epargne et de Crédit (GEC). Ensuite, on a abouti à la mise en place de 15 GEC qui ont commencé à faire l’épargne. Certains groupements ont aujourd’hui 13 millions dans leur compte à titre d’épargne au bout de 5 mois. Notre but, c’est de les sensibiliser pour qu’ils comprennent qu’on peut devenir riche en étant sur place », précise-t-il.

Après avoir procédé au curage du lit du marigot Boudensarma qui traverse Ourekaba, les 60 jeunes ayant exécuté l’activité HIMO se retrouvent dans des groupements d’épargne et de crédit. Ces groupements évoluent principalement dans l’agriculture comme Activité Génératrice de Revenu (AGR).

Parmi ces AGR, la mission a visité un champ d’aubergines et de piments. Des cultures vivrières qui permettent aux membres de continuer à travailler même après le projet.

A l’issue de la visite, Maka Barry, le Directeur Pays adjoint au programme de Plan International Guinée, dégage les constats faits sur le terrain. « Partout où nous sommes passés, dira-t-il, on a pu remarquer une forte mobilisation communautaire des autorités locales, de la jeunesse et des femmes. Le dialogue entre les différentes couches de la communauté, les autorités locales et les OSC est important afin de  parler de développement local. Les jeunes et les femmes partout où nous sommes passés sont davantage impliqués dans la problématique du développement de leur communauté et le développement des communautés ne peut pas se passer sans ces deux couches qui sont les plus nombreuses ».

Cécile Benhamou, la chargée de programme à la Délégation de l’Union européenne après un tour dans le champ de production agricole a livré ses sentiments : « mon sentiment est très positif. En injectant des moyens assez limités, l’impact est extrêmement tangible pour sortir du cercle de la pauvreté avec une combinaison : travaille HIMO, création de groupement d’épargne et de crédit. Les communautés font tout. Plan Guinée avec notre appui financier est là pour agir en levier pour leur donner des outils d’organisation sur l’éducation financière ».

Etienne Bongono, le chef de projet ROSCED pour Plan International Guinée résume les résultats du projet. « Le premier résultat est relatif à l’appui Institutionnel à 12 OSC (Organisations de la Société Civile). Cet appui concerne deux choses : appuyer les OSC en renforçant leurs compétences techniques pour leur permettre de faire une meilleure gestion financière et comptable, avoir une meilleure gouvernance et de pouvoir lutter contre la fraude. Grace à ces formations, sur les 12 OSC, près de la moitié sont en cours d’obtenir des financements avec d’autres bailleurs. Les 12 OSC ont été aussi dotées d’équipements informatiques et internet et des mobiliers de bureaux.

Le deuxième résultat du projet ROSCED concerne la création d’emplois durables pour les jeunes filles mais aussi les jeunes garçons. Avec l’expertise qu’on a donnée aux OSC, elles ont pu recruter 720 jeunes et 24 superviseurs pour les travaux HIMO. Ces travaux concernaient l’assainissement des communes urbaines, l’entretien des routes et le curage du lit d’un marigot.

Le troisième résultat est relatif au développement des groupements d’épargne et de crédit (GEC). Le projet est en train d’encadrer 180 GEC dans toutes les 12 communes soit 15 GEC par commune. En termes de membres, nous avons  4 114 membres qui ont épargné près de 512 millions de francs guinéens en espace de 5 à 6 mois ».

Le projet ROSCED est mis en œuvre par Plan International Guinée. Il est cofinancé à hauteur de 1 111 111 Euros (soit plus de onze milliards de francs guinéens), dont 90% la part de l’Union européenne et 10% celle du Plan International Allemagne pour une période de 24 mois (allant du 1er juin 2017 au 31 mai 2019).

Les principaux axes d’intervention de ce projet sont entre autres le renforcement des capacités techniques, matérielles et institutionnelles des organisations de la société civile ; le soutien aux organisations de la société civile pour générer des emplois pour les jeunes (filles et garçons) et les personnes vulnérables ; la mise en place de Groupements d’épargne et de crédit, destinés à favoriser la création d’activités génératrices de revenus et éventuellement de micro-entreprises et l’amélioration et la structuration du dialogue entre les organisations de la société civile et les autorités locales.