Que sont-ils devenus? Moussa Moise Konaté, ingénieur et ancienne icône de la RTG  sombre dans l’oubli

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Moussa Moise Konaté est un ingénieur de sons. Il est né à Kankan en 1944. Fils de feu Mory et de feue Massou Kouroumah, il est marié à 1 femme et père de 4 enfants dont 1 garçon et 3 filles.

Moussa Moise Konaté a effectué ses études primaires dans son village natal de Sana à 30 km de Kankan. Il effectuera par la suite ses études au collège technique du centre-ville de Kankan et poursuivra au Lycée technique de Conakry. Admis au bac pour intégrer l’Institut Polytechnique de Conakry (Gamal Abdel Nasser), où il suivra les cours que pendant 2 ans, il bénéficiera ensuite d’une bourse d’études supérieures en Allemagne pour une durée de 4 ans dans l’option Ingénierie de sons.

Reconnu pour ses brillantes œuvres réalisées en matière de prises de sons au niveau de la voix de la Révolution d’antan, Moussa Moise Konaté a reçu Guineenews à son domicile situé au quartier Dabompa.

Dans cette interview, l’invité nous parle de son éminent parcours, son beau et triste souvenir, ses relations actuelles avec la RTG. Moussa Moise Konaté, en mission officielle, dit-il, fut emprisonné à son retour suite aux évènements du 4 juillet appelés ‘’coup Diarra’’. Une simple récompense pour lui n’a été que sa mise à la retraite en 1985.

Pour tout ce service rendu à la nation, il ne savoure que du bonheur et de la fierté après 22 ans de service. Aucun cri de cœur ne l’anime à son entendement.  Moussa Moise Konaté affirme et confirme que les œuvres resteront éternelles.

Lisez l’interview

Guineenews©: Comment êtes-vous venu à ce métier de technicien ou d’Ingénieur de sons ?

Moussa Moise Konaté : C’est Maurice Saadi Ingénieur de sons qui a orienté mon destin vers ce métier. Directeur technique de la voix de la Révolution, il avait initié un test de recrutement à l’Institut Polytechnique pour le recrutement de techniciens au compte de la radio. Comme il le disait, à la recherche de personnes aux oreilles justes, je fus retenu avec Biro Diallo pour cette formation de 4 ans à la DEUTCH WELLE.

Guineenews©: Après 4 ans de formation en Allemagne, pouviez-vous pour la suite nous retracer votre  parcours?

Moussa Moise Konaté : Au retour de notre formation, nous sommes restés Ingénieurs preneurs de sons et en ce moment, le studio de Boulbinet était en construction. Toutes les prises de sons étaient effectuées à l’aide de Nagra et en live. Précisément, je fus chargé en compagnie de Kouroumah de parcourir toute la Guinée afin de recueillir les sons authentiques du riche et varié folklore guinéen. Tout ce travail est archivé et malheureusement aujourd’hui, on n’en fait pas solidement usage. Après la construction de Boulbinet, m’ayant toujours à l’œil, M. Saadi va m’affecter au studio ‘’A’’ d’enregistrement de la voix de la Révolution. Il est indéniable que nous figurons aujourd’hui parmi les techniciens qui ont contribué à l’élaboration des sons d’enregistrement de la toute première télévision guinéenne en 1977, don de la Libye.

Guineenews©: Plusieurs animateurs culturels avertis et aussi reconnaissants vous citent dans leurs programmations musicales. Qu’aviez-vous réellement apporté en tant que technicien radio ?

Moussa Moise Konaté : Je ne peux pas me flatter du fait d’être le plus souvent cité par ses animateurs culturels. Il faut reconnaitre que j’ai contribué à cette gigantesque œuvre qui résonne sous tous les toits et en Guinée, en Afrique et dans le monde entier à travers Syliphone. Je rends hommage ici aux défunts Albert Koultimi, Boubacar Kanté, M’Baye Diagne ‘’Black’’ et tant d’autres qui ont formé en ma compagnie une équipe solide pour laisser ces empreintes indélébiles au niveau des enregistrements de nos orchestres nationaux, fédéraux, de nos ballets nationaux et tant d’autres. Vous pouvez encore vérifier au niveau des archives de la RTG, vous retrouverez ma signature sur les bandes magnétiques. Jusqu’à présent, je crois qu’on n’a pas pu trouver mieux bien que le digital et d’autres supports existent encore et sont moins conservables. Un CD c’est pour 3 ou 4 ans et il s’efface ou s’égratigne tout seul en fonction de sa conservation. Je suis donc fier de souvent être cité à travers mes œuvres.

Guineenews©: Vous avez certainement un beau ou mauvais souvenir à nous relater durant votre élogieux parcours ?

Moussa Moise Konaté : Mon plus beau souvenir est le montage du concert ‘’Regard sur le passé’’ du Bembeya Jazz national. Cette version qu’on écoute aujourd’hui est le fruit de trois passages d’enregistrement de l’orchestre. C’est un montage effectué et dont l’orchestre est revenu reprendre. Dans les trois enregistrements, tout n’était pas parfait. Ils s’y sont remis après l’écoute et le résultat final est ce produit admiré sur le plan international.

Le plus mauvais souvenir qui me reste est l’évènement du 4 juillet 1985. Imaginez, je n’étais pas présent au moment de ce douloureux évènement. J’étais parti en mission en Allemagne pour la commande des pièces de rechanges. C’est au retour de cette mission officielle que je fus arrêté à l’aéroport et sans tortures aucune, pour finalement être conduit et emprisonné pendant 3 mois au camp Alpha Yaya. Quand je pense à ce moment, ce sont des larmes qui coulent.

Dieu étant la grandeur, j’ai été sauvé un matin par feu Général Amara Bangoura, Chef d’Etat-major d’alors de la marine nationale. Il était venu s’enquérir de la situation d’une de ses connaissances emprisonnée au camp. En partance pour l’Allemagne, cet officier supérieur m’avait remis un colis à déposer à sa fille. Du coup quand il m’a vu au camp et bien, c’est ce qui m’a permis de sortir de ces geôles du camp Alpha Yaya.

Guineenews© : Trois mois en prison. Quelle fut la réaction des dirigeants de la RTG d’alors ?

Moussa Moise Konaté : Trois mois au camp, je n’ai reçu aucune visite de la part des dirigeants de la RTG. Savaient-ils que j’étais en prison ? Je ne peux rien vous dire à propos. Tenez-vous bien, la seule récompense que j’ai eu de leur part après ma sortie de prison est simplement ma mise à la retraite après 22 ans de services bien remplis.

Guineenews© : A la retraite depuis 1985, quelles sont vos sources de revenus ?

Moussa Moise Konaté : Je vis décemment de ma pension bien qu’elle soit aussi maigre. Mes enfants  viennent aussi en aide, toutes les 3 filles mariées, je remercie Dieu. Après ma retraite, je me suis lancé dans l’entreprenariat en créant un atelier à Boulbinet qui est présentement géré par mes apprentis.

Guineenews© : Quelles sont vos relations actuelles avec votre maison mère la RTG ?

Moussa Moise Konaté : Aucune relation professionnelle ne me lie avec la RTG. Les relations personnelles et humaines subsistent néanmoins entre moi et plusieurs journalistes de mon époque et ceux qui me reconnaissent à travers les actes dont j’ai pu poser dans mon domaine.

Guineenews© : Ingénieur de sons, estce que vous continuez à exercer dans ce domaine?

Moussa Moise Konaté : En plein exercice, je dirais non. Je suis quelque fois consulté par les artistes pour les arrangements de leurs produits. Feu Papa Kouyaté venait souvent me voir pour les arrangements de sa troupe ‘’ les sorciers de Papa Kouyaté’’. Le Bembeya jazz national m’avait consulté un moment quand ils ont refait surface pour leur enregistrement. Pour le moment, je m’occupe de ma petite famille et je suis entre la maison et la mosquée.

Guineenews© : Qu’est-ce que ce métier vous a-t-il apporté durant 22 ans d’exercices ?

Moussa Moise Konaté : Que du bonheur et de la fierté. A l’écoute aujourd’hui du patrimoine culturel guinéen dans toutes les radios de la place, j’avoue que je suis réconforté par ce gigantesque boulot que nous avions abattu à l’époque. Certes il ny a pas eu un retour à l’envoyeur au niveau de la reconnaissance.

Guineenews© : Ce qui dit que vous aviez-un cri de cœur à lancer ?

Moussa Moise Konaté : Ce n’est pas un cri de cœur que je lance. Nous vivons dans un pays ou la médiocrité a pris une large part. On se contente et n’apprécions que la maison qui est belle de par sa peinture, sans pour autant songer à son soubassement qui est pourtant le socle sur lequel elle est bâtie. Il faut remercier Dieu et lui rendre grâce pour sa grandeur et sa miséricorde.

Je suis encore vivant et en bonne santé malgré le poids de l’âge. L’homme va mourir et ses œuvres vont demeurer.

 Entretien réalisé par LY Abdoul pour Guinéenews