Que sont-ils devenus ? Sur les pas de Maciré Camara, ex-icône du JT de la RTG dans sa nouvelle aventure

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 ‘’Mon cri du cœur est faveur de la jeunesse. J’ai l’impression que la jeunesse est à l’abandon, les parents ont démissionné et l’Etat même a tendance à démissionner’’

Mme Bah, née Hadja Maciré Camara est journaliste de profession et ex- présentatrice à la RTG. Elle est mariée et mère de 3 enfants.

Elle a commencé ses études primaires à l’Ecole Mamadou Konaté de N’Zérékoré, fille de fonctionnaire affecté à Conakry, elle terminera le primaire au C.E.R de Madina-Ecole, dans la commune de Matam. Elle poursuivra les études secondaires, le lycée et la 13ème année au complexe scolaire et universitaire du 2 août de Donka. Admise au concours d’accès à l’université, elle sera d’abord orientée à la faculté de médecine où elle n’atterrira pas par suite de changement de faculté au profit de celle des sciences sociales, option Histoire-Sociologie où elle se sentait mieux à l’aise.

Après l’université, Hadja Maciré Camara, très passionnée de l’enseignement, va se charger de dispenser des cours pendant 3 ans au Lycée de Donka. Découragée par le niveau des élèves, submergés par le système de langues nationales instauré au niveau de l’éducation nationale, elle abandonnera la craie pour être mutée au ministère de la Fonction publique et du Travail, précisément à la Direction de la Médecine du travail. Plus tard, Hadja Maciré Camara sera nommée Inspectrice du travail au niveau dudit ministère.

Speakerine, journaliste présentatrice du journal télévisé, Directrice de l’Agence de spectacles ‘’Mass Production’’, fondatrice et Directrice générale d’un complexe groupe scolaire de la place, Hadja Maciré Camara a reçu Guinéenews à son siège de ladite école, situé dans le quartier Petit Simbaya, dans la commune de Ratoma pour une interview. Lisez cet entretien-découverte de cette icône de la lucarne.

Guineenews© : comment êtes-vous venue dans le métier de journaliste et parlez-nous de votre parcours ?

Hadja Maciré Camara : je vous dirai que je suis venue dans ce métier de journaliste comme un peu par hasard. Je n’avais jamais misé sur ce métier, il ne m’avait jamais non plus préoccupé. Mon ambition était d’enseigner. Histoire de me remettre en cause perpétuellement à travers les recherches. J’avais la passion d’appartenir à l’univers du donné et du recevoir. Au départ, j’ai aimé parler en public et j’ai appartenu sur le plan culturel à toutes les troupes théâtrales de mes écoles à travers les récitals, les chœurs et même la présentation des discours de bienvenue à l’endroit des officiels qui se rendaient dans nos écoles. Mon père m’encourageait le plus souvent d’embarrasser le journalisme. Certainement qu’il avait détecté ces atouts ou prédispositions à ce métier que je réfutais au profit de l’enseignement. On en parlait le plus souvent sans trop de sérieux. C’est en service à l’Inspection générale du travail que j’ai suivi un communiqué m’invitant avec plusieurs autres candidates à participer à un concours de recrutement de journalistes ou speakerines au compte de la RTG. J’avoue que je tombais des nues. Car, je n’avais jamais présenté une candidature à ce niveau. La seule idée qui m’avait traversé, c’est bien celle d’un coup-bas que certainement mon père était en train de me jouer. Parce que c’est lui qui tenait à ce que je sois journaliste. Ce qui m’a le plus réconfortée dans mes soupçons portés contre mon père, c’est qu’il avait un ami du nom de feu Tonton Fodé Cissé qui était du métier. Je ne me suis décidée à participer au concours qu’à l’annonce du second communiqué. Finalement, après plusieurs séries de tests pour plus de 100 candidates au départ, nous avions été retenues à deux pour le journal. La seconde n’a pas continué pour des raisons certes personnelles et les autres admises de ce concours, ont été affectées au niveau du service des langues nationales notamment, Hadja Fatoumata Doubaya Camara, Hadja Fatoumata Hawa Camara, Hadja Mariama Dubréka et autres. C’est ainsi que je me suis retrouvée au sein de la RTG après plusieurs formations théoriques et pratiques.

Guineenews© : parcours d’une très grande présentatrice télé, aviez-vous des beaux et mauvais souvenirs à nous relater ?

Hadja Maciré Camara : comme beaux souvenirs, il y en a tellement… Mais, ils sont deux qui resteront à jamais gravés dans mes mémoires. Le premier souvenir, c’est le jour où j’ai présenté la première fois le journal télévisé à la RTG. C’est vrai que pour s’outiller et fraichement débarquer dans le métier, je suis passée par la régie et autres services de la radio. Ce jour franchement, je n’ai eu aucune pression ni d’émotions au cours de la présentation et tout avait marché comme sur des rails. C’est au sortir du studio quand j’ai entendu les applaudissements des collègues à la régie que j’ai réalisé l’immensité de la tâche dont je venais de m’acquitter, toute heureuse. 

Le deuxième souvenir que je retiens dans ce métier, c’est mon départ et quand j’ai décidé, moi-même, de quitter la présentation. C’était le jour de mon dernier journal télévisé. Une cérémonie solennelle a été organisée par mes collègues et en tête, feu Mamadou Dia dit ‘’Kôtô Dia’’. C’est l’occasion pour moi de remercier tous les collègues qui s’étaient investis ce jour. De la descente de ma voiture, la préparation du journal jusqu’à la présentation en passant par mon départ du service, tout a été filmé et télévisé. C’est une grande joie et de reconnaissance que je n’oublierai jamais. Quand j’en parle, ça me donne la chair de poule et ce sont des larmes qui me reviennent.

Quant au plus mauvais souvenir, c’est au moment où je présentais le journal de 23 heures. Imaginez, une femme mariée qui quitte son domicile la nuit pour venir assurer ce service et qu’on vous dise à la dernière minute, qu’il n y a pas de réalisateurs. Difficile à supporter par ta famille quand on ne te voit pas à l’antenne. Et à plusieurs reprises, cela se passait. Cela m’a laissé un souvenir amer et difficile à oublier. Sans compter qu’il y’en a plein de mauvais souvenirs dans le parcours.

Guineenews© : volontairement vous aviez rendu le tablier au niveau de la RTG. Peut-on savoir les raisons principales qui vous ont motivée pour prendre une telle décision ?

Hadja Maciré Camara : de nature, je n’aime pas m’accrocher à une seule chose. Je me dis qu’il faut diversifier sa productivité. Parce que l’on peut servir son pays partout. Je ne suis pas obligée de rester seulement à la RTG pour servir à quelque chose d’utile pour ma patrie. C’est une décision personnelle et après plus de 29 ans de services, il était primordial de préparer la relève. Ce genre d’esprit, m’a toujours hanté et la vie est un perpétuel changement et rien n’est éternel. Il faut donner la chance à la nouvelle génération. Tu es là aujourd’hui en train de jouer ta partition, il faut avoir l’idée de laisser les autres d’en faire autant. Je le disais le plus souvent à mes collègues pendant les réunions, de préparer la relève pendant que nous sommes présents et au cas où nous ne serions plus là, un problème de vide ne se posera pas et aucun fossé ne se creusera. S’éterniser le plus souvent créer un désagrément même chez l’auditeur ou bien chez le téléspectateur. Vaut mieux donc quitter à temps et laisser la place aux autres. Aujourd’hui, à la RTG et sur la lucarne nous voyons de belles figures et qui s’en sortent et si nous étions-là, certainement nous aurions bloqué leur progression. J’ai décidé de partir sans aucun regret et surtout ce qui me réconforte, c’est  cette relève qui est franchement valable.

Guineenews© : parallèlement à vos activités de journaliste, vous aviez dirigé une agence de spectacles en l’occurrence ‘’MASS PRODUCTION’’. Comment est venue l’idée de création de cette structure ?

Hadja Maciré Camara : comme je vous l’avait signifié plus haut, j’ai eu cette fibre artistique depuis en bas âge. De la structure de base au sommet au temps de Révolution, c’est-à-dire du PRL à la section, du niveau fédéral à celui national, j’ai prêté mes services sur le plan culturel. Donc, c’est au temps de l’Agence ‘’Conakry Magakhoui’’ composés de feu Aly Badara Diakité, Isto Kéira et Alya que l’appétit s’aiguisera. La présence de cette agence au sein de la RTG pour des spots publicitaires ou autres prestations dans ledit domaine, m’a poussée d’échanger et d’avoir pleins d’idée sur ce sujet. Finalement, Isto Kéira qui a certainement détecté mes aptitudes dans ce domaine, m’a encouragée d’effectuer ce nouveau plongeon. Dans cette immersion, j’avais l’inquiétude pour donner un nom à mon agence. C’est ainsi, il a tout de suite trouvé le nom à travers mon petit pseudonyme ‘’Mass’’ et compléter le reste. ‘’ Mass Production’’ est ainsi née et s’est positionnée à partir de deux spectacles bien réussis pour, après, occuper une place de choix pendant plus de vingt ans dans la promotion de la musique guinéenne et africaine. Il faut reconnaitre que Isto Kéira est bien cette personne qui m’a initiée et soutenue pour que cette structure soit ce qu’elle a été. Je remercie tous ceux qui ont contribué pour faire que ‘’Mass Production’’ soit une agence de spectacles de renom.

Guineenews© : ‘’Mass Production’’ est une agence de spectacles qui a contribué à la promotion de la musique guinéenne. Presque disparue aujourd’hui. Qu’est-ce qu’elle est devenue entretemps ?

Hadja Maciré Camara : c’est vrai qu’on n’en parle plus et nous avions décidé simplement de raccrocher pour avoir au moins servi près de 20 ans dans ce domaine. C’est un travail de terrain qui est fatiguant, énorme et qui demande beaucoup de don de soi. Nous n’étions tous frais à l’époque et il fallait prendre le recul pour s’intéresser à d’autres choses. J’avais déjà en vue la création de ce complexe scolaire et mon partenaire de terrain avait aussi un autre pressentiment. Dans tous les cas, nous sommes toujours dans des domaines qui se recoupent et qui ne nous éloignent point de la culture. Je suis dans le domaine de l’éducation qui s’apparente à la communication.

Guineenews© : vous êtes Fondatrice et Directrice Générale de ce groupe scolaire, qu’est-ce qui a été le déclic pour cette aventure ?

Hadja Maciré Camara : j’ai ouvert ce complexe, il y a 3 ans. Depuis que j’étais à la RTG voire bien avant et pendant qu’il y avait ‘’Mass Production’’, je nourrissais l’idée de ce projet par rapport aux enfants. Je me disais que quand je serai à la retraite, je me rapprocherai beaucoup plus des enfants et je reviendrais à la case départ. Je me plais bien dans l’enseignement et je crois avoir apporté quelque chose à un enfant. C’est magnifique et c’est merveilleux ! Mon souhait serait que tous les enfants qui passeront dans cette école, soient l’avenir de demain et c’est mon objectif.

Guineenews© : récemment au sein de la RTG et à travers plusieurs ondes, le problème de la relève au niveau des présentateurs de la télévision s’est posé. Peut-on connaitre votre point de vue là-dessus ?

Hadja Maciré Camara : j’ai été aussi informée à travers les ondes. Certes, beaucoup ont blâmé l’actuel Directeur Général par rapport à son initiative de procéder à la relève. Personnellement, je ne suis pas contre. Puisque c’est une conception pour laquelle j’ai toujours opté. Certainement que la méthode de procéder à cette mutation n’a pas plu aux uns et aux autres. Pratiquement, j’ai vu ces jeunes à l’antenne et j’avoue que je n’ai rien contre et ils rendent bien à mon humble avis.

Guineenews© : peut-on confirmer aujourd’hui que c’est la fin d’une histoire entre vous et les médias ?

Hadja Maciré Camara : non pas du tout ! Quand on a été journaliste, on le reste durant toute sa vie. C’est la communication et même au sein de cette école que je dirige, c’est le même rapport qui lie les parents d’élèves, les enseignants et la Direction. Donc partout, c’est la communication qui prime. Ce n’est jamais la fin d’une histoire et je suis toujours active.

Guineenews© : est-ce que vous épaulez cette nouvelle génération de journalistes dans l’exercice de leurs fonctions ?

Hadja Maciré Camara : non ! Disons, peut-être pas directement. Sinon, chaque fois que les jeunes ont besoin de moi, j’ai une disponibilité toute entière à répondre à leurs sollicitations. Quelques fois, c’est moi-même qui les appelle pour apporter des remarques ou suggestions par rapport à leurs différentes prestations. Donc de loin, j’apporte ma petite contribution et dans tous les cas, c’est mon métier.

Guineenews© : peut-on savoir quelles sont vos perspectives à court, moyen ou long termes ?

Hadja Maciré Camara : mon objectif principal, c’est de voir cette école que je dirige, progresser. C’est de voir cette école évoluer et répondre aux besoins du pays. Il faut reconnaitre qu’il y a suffisamment de problèmes au sein du système éducatif et je compte relever ce défi et de pouvoir corriger ces insuffisances au sein de mon école. En donnant le meilleur de la formation, de l’éducation à tous ces enfants qui passeront dans notre école et partout d’ailleurs dans ce domaine. Je me fixe l’objectif d’apporter ma modeste contribution à l’enseignement en République de Guinée afin qu’il reprenne sa place de haut niveau d’antan. Je compte apporter de la fierté aux produits guinéens dans le domaine de l’éducation.

Guineenews© : qu’est-ce que ce métier mère de journaliste exercé pendant 29 ans vous a-t-il apporté ?

Hadja Maciré Camara : je dirai que ce métier m’a tout apporté. Il m’a permis de m’épanouir, d’avoir des relations, de voir le monde entier à travers plusieurs missions et stages de formation. Et aujourd’hui, quand bien même je ne suis plus à la RTG, partout où je passe, je ressens l’affection et tant d’égards que m’a procuré ce métier et quelque part, je suis réconfortée et je me dis que j’ai posé des actes pour mon pays.

Guineenews© : actuellement, quel regard portez sur les médias guinéens ?

Hadja Maciré Camara : il faut que les gens se ressaisissent et qu’on ne se focalise pas que sur de l’argent. Ce qui se passe aujourd’hui. On voit plus le côté mercantile que celui de la profession. C’est un état de fait palpable présentement dans ce métier. C’est vrai qu’il y a beaucoup de souffrances, de peines, de difficultés dans l’exercice. Encore plus de subtilité pour cacher ce côté cupidité qui gagne du terrain, serait salutaire.

Guineenews© :  aviez-vous des conseils à prodiguer à la nouvelle génération ?

Hadja Maciré Camara : il faut que cette génération accepte de se former. Il faut courir après l’information, procéder à des recoupements pour éviter de donner la mauvaise information. Mon conseil, c’est la formation, la formation et la formation tout court.

Guineenews© : aviez-vous un cri du cœur à exprimer ?

Hadja Maciré Camara : mon cri du cœur, c’est la jeunesse. J’ai l’impression que la jeunesse est à l’abandon. Les parents ont démissionné et l’Etat même a tendance à démissionner. La jeunesse, c’est l’avenir du pays, du continent, du monde, elle constitue la relève. Et si cette couche de succession est abandonnée et n’a pas ce qu’il faut pour l’avenir, alors c’est le monde qui s’écroule. Il faut que les parents et l’Etat prennent en main l’éducation et la formation. Que les jeunes soient conscients pour prendre au sérieux leurs formations et leurs éducations. Donc tout cela doit être une conjugaison d’efforts. En premier lieu, c’est l’Etat qui doit ouvrir les voies, créer les conditions, les moyens pour faire appel aux autres et c’est cela mon cri du cœur.

Entretien réalisé par LY Abdoul