Que sont-ils devenus ? Thierno Aliou Barry, du football au métier de vulcanisateur

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« Sur le plan du football, je suis convaincu d’avoir servi loyalement mon pays. Mon seul regret est de ne pas pouvoir continuer et achever mes études à cause du football .»

Thierno Aliou Barry est un international guinéen. Aujourd’hui, il se trouve dans la déchéance. Il lui est encore difficile de subvenir aux besoins de sa famille. Thierno Aliou Barry exerce dans le métier de vente et de collage de pneus à Dixinn Gare.

Guineenews© a reçu Thierno Aliou Barry dans le quartier Kipé, pour parler de son parcours, de sa vie et de ses regrets.

Né le 28 octobre 1971 à Labé, Thierno Aliou Barry communément appelé ‘’Mungam’’ est fils de feu Sékou et de Nènè founè Baldé. Marié à deux femmes, il est père de 4 enfants dont 2 garçons et 2 filles.

Thierno Aliou Barry a fait ses études primaires à Hoggo Bouro et secondaires à Kindel, dans la préfecture de Labé. Détourné par le cuir rond, il s’arrêtera à ce niveau-là et manifeste aujourd‘hui haut et fort le grand regret de son abandon scolaire.

Guineenews: Comment êtes-vous venu au football ?

Thierno Aliou Barry : J’avoue que cela est bien le fait du destin. Très tôt à l’âge de 13 ou 14 ans, je me cachais des parents pour aller voir des matchs de football au stade de Labé. Progressivement à l’école, je m’appliquais et tapais régulièrement le ballon en compagnie de mes camarades d’enfance. Très athlétique et technique, dit-on, je parvenais à me distinguer lors de nombreuses rencontres. C’est ainsi qu’au secondaire, j’ai été repéré par feu Bah Ibou qui était sociétaire du Fello Star de Labé. En mercenariat comme on aimait qualifier cette pratique dans le football, on me sélectionnait pour renforcer plusieurs équipes, qui en fin de compte s’en sortait.

Guineenews : Ex- sociétaire du HAC et du Syli national de Guinée, pouviez-vous nous parler de votre parcours ? Et comment êtes-vous arrivé à ce haut niveau dans le football guinéen ?

Thierno Aliou Barry : Certes que j’ai gravi les échelons jusqu’arrivée au niveau national. J’ai commencé par le Fello star de Labé où j’ai été recruté par un entraineur militaire dont j’ignore le nom, club dans lequel j’ai signé un contrat d’un an.

 Après ce club, j’ai été récupéré par un cadre de l’administration de la préfecture de Tougué du nom de M. Mounir. Il me proposa un contrat au compte de l’AS de Tougué où j’ai aussi évolué et réaliser de belles prestations.

C’est lors d’un tournoi ou championnat organisé à Conakry en compagnie de l’AS Tougué, qui avait occupé la troisième place, que je fus retenu pour la sélection nationale junior. J’ai été mis à la disposition du ministre d’alors de la jeunesse et des Sports, Mme Koumba Diakité, qui me logea à commandanya. C’est d’ailleurs avec cette sélection junior que j’ai effectué mon premier voyage à l’extérieur du pays et c’était contre la sélection junior du Togo. J’ai été donc titulaire au poste d’avant-centre de cette sélection junior.

Après le décès du président Ahmed Sékou Touré (paix à son âme), il y a eu la création et la prolifération de nombreux clubs de football. Pour un premier temps, feu Kaba Hafia a voulu de moi dans son club. Finalement, c’est le Doyen Moussa Suler Camara qui prendra le dessus pour me loger chez lui à Touguiwondy et me faire signer un contrat au compte du HAC. C’est ainsi que j’ai évolué pendant près de dix (10) ans au sein du HAC.

C’est à partir de ce club que je fus finalement sélectionné au niveau du Syli national senior, où je compte plus de 22 sélections. 

Guineenews : Après ce brillant parcours, relatez-nous un de vos beaux ou mauvais souvenirs ?

Thierno Aliou Barry : Mon plus beau souvenir est le voyage que j’ai effectué au Koweit en compagnie du Syli national. C’était un tournoi qui avait regroupé plusieurs pays. Mes prestations pendant ce tournoi contre les équipes de haut niveau resteront gravées dans ma mémoire. Ce fut d’ailleurs ma dernière sélection au sein de l’équipe nationale.

Le plus mauvais souvenir est le match de championnat que le HAC avait perdu contre le club de Boké. C’était vraiment une piètre prestation dans l’ensemble. Heureusement que nous fûmes sauvés par l’équipe de Coyah qui est parvenue à battre Boké, sinon on était éliminé du championnat. Cela avait fait trembler mon cœur.

Guineenews : Quelles sont, actuellement, vos relations avec le ministère des Sports, de la Culture et du Patrimoine Historique et votre club le HAC ?

Thierno Aliou Barry : Sans vous mentir, aucune relation ne me lie présentement avec le ministère et mon ancien club. Par ailleurs, j’ai adhéré dans l’Association des anciens internationaux où, je m’acquittais d’ailleurs régulièrement de mes cotisations et participais aux réunions.

De ce côté-là aussi, je suis complètement découragé surtout du fait, que nous avions été ignorés lors du recrutement au sein de la fonction publique. Il y a eu de l’arbitraire dans ce processus de recrutement pendant que nous avions tous les dossiers au complet. C’est très dommage pour ce pays qui ne récompense pas ses hommes à leurs justes valeurs.

Guineenews : Aviez-vous donc des regrets ?

Thierno Aliou Barry : Sur le plan du football, je suis convaincu d’avoir servi loyalement mon pays. Mon seul regret est de n’avoir pas achevé mes études à cause du football. Aujourd’hui pour subvenir aux besoins de ma famille, je suis obligé de me reconvertir dans ce métier de vendeur et de collage de pneus.

Imaginez-vous, j’ai des camarades de promotion qui sont médecins, ingénieurs, cadres de l’administration qui viennent solliciter mes services au niveau de mon atelier pour coller ou pomper les pneus de leurs véhicules. Je suis contraint de le faire malgré moi, car la subsistance de ma famille en dépend.

Nous sommes abandonnés à nous-mêmes. D’aucuns sont malades sans soins, d’autres sont atteints de folie et marchent dans les rues de Conakry. Il faut penser aux anciens sinon c’est un péché qui va rattraper un jour.

Guineenews : Quels conseils pouviez-vous livrer à cette jeunesse talentueuse qui veut s’affirmer dans le domaine du football ?

Thierno Aliou Barry : J’ai un seul conseil que je pourrai livrer à cette jeunesse et aux parents qui veulent soutenir leurs enfants dans ce domaine. Dites-leurs chers parents, d’aller tout d’abord à l’école pour enfin joindre cette autre passion du football. Plusieurs ont réussi à l’extérieur et qui n’ont peut-être pas le niveau requis sur le plan des études. Les temps diffèrent et ne se ressemblent guère. A notre temps, les prestations voulues étaient de rendre service au pays malgré nos niveaux d’études. Allons tous vers l’école du savoir pour enfin, parallèlement joindre notre passion pour le football.

Entretien réalisé par Abdoul LY