Réélection du président IBK au Mali: Une victoire moins à fêter qu’à assumer (Analyse)

août 16, 2018 4:46
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Prévisible pour  certains, controversée pour d’autres, la victoire du candidat, à sa propre succession, Ibrahim Boubacar Kéita, est  déjà en voie de se confirmer, comme pour mettre fin aux supputations. Selon les résultats provisoires, proclamés par le ministère de l’administration territoriale et de la décentralisation, le vainqueur s’en est tiré avec 67,17% et le vaincu 32,83%. Une longueur d’avance qui met en évidence la popularité du président sortant, même si son challenger continue de crier à la fraude. (Crédit-Photo: Abidjan.net)

Pour être clair, il était prévisible que, face à IBK, Soumaïla Cissé avait très peu de chance d’inverser la tendance du premier tour. En effet, le président de l’URD, malgré ses revendications intempestives, disposait de très peu d’atouts, en termes de popularité au Mali, pour être l’homme de la situation. Certes, la victoire du président sortant comporterait des points d’ombre, quand on sait que son bilan est loin de répondre aux attentes. D’ailleurs, c’est en cela qu’il ya lieu de comprendre que sa victoire risquerait d’être, plutôt, un nouvel encombrement, au regard de tous les défis, anciens et nouveaux, qui l’attendent.

 Il n’est plus question de s’attarder sur cette présidentielle, presque écoulée, mais de parler de ces encombrants défis qui constituent, aujourd’hui, l’héritage d’une certaine gouvernance décriée. L’accord d’Algérie, la situation sécuritaire dans le Nord et le Centre du pays, avec son effet troublant dans le Sud sont autant de défis casse-tête qui préoccupent. Il faut oser dire que cet accord,  signé par la partie gouvernementale et les rebelles, sous l’arbitrage de l’autorité algérienne, constitue un véritable cauchemar, non seulement parce que les citoyens maliens n’en savent pas grand-chose,  mais aussi,  parce qu’il  recommande à l’Etat malien,d’installer une décentralisation de type fédéral qui donnerait  des pouvoirs étendus  aux assemblées régionales, au point de les rendre autonomes, voire indépendantes de la gestion de l’Etat central, en termes de prises de décisions.

 Il ya aussi que cet accord prévoirait que sur le contingent de militaires affectés dans le Nord, 80% soient originaires de la région. Sans compter que les 30% du budget national devront, selon le même document, être affectés  aux régions du Nord, en guise d’assistance à leurs programmes de développement. A la faveur de la  présidentielle, plusieurs milliers de militaires ont été déployés dans le centre et le nord du pays, y compris dans les localités présumées être des zones sous occupation rebelle. Il resterait à savoir si ces militaires resteront définitivement dans ces zones ou s’ils regagneront leurs bases, en abandonnant l’Azawad à ceux qui en réclament le titre de propriété.

 L’implication du président IBK dans la sécurisation du Nord, pendant la présidentielle, ne serait, selon ses détracteurs, qu’une diversion, rien que pour donner l’impression d’en avoir fini avec les groupes armés.  Tout ce scénario constituerait un  précieux dérivatif, aux yeux de l’opposition politique radicale, pour faire oublier le démon qui assiège la Cité. Cependant, une autre lecture de l’événement, ferait comprendre que le retour de la paix, dans le nord du Mali, ne tiendrait qu’à une simple volonté politique. Le président IBK  l’avait  réussi, sans tirer un seul coup de feu, pour faciliter le déroulement du scrutin présidentiel. Mais pourrait-on dire que la nouvelle victoire du candidat du RPM aura fait d’une pierre deux coups ?Une belle victoire à assumer !