Refondation de l’Europe : Les risques de désaccord entre la France et l’Allemagne se multiplient

avril 20, 2018 11:26
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Le plan-Macron sur la refondation de l’Europe comportait déjà des points qui n’étaient pas tout à fait du goût de Angela Merkel avant les élections en Allemagne, quand elle était seule à la barre, maintenant qu’elle est obligée de couper d’eau sa bière en composant avec d’autres qui ne partagent pas toute sa politique, si le président français continue de foncer tête baissée, comme il le fait avec sa politique sociale en France, où le bras de fer avec les syndicats va impacter l’économie, il est à prévoir que d’autres points de désaccord s’ajoutent à ceux déjà bien en place.

Sur les dix points concoctés par Macron, beaucoup peuvent être acceptables par transactions, par ergotages et finalement parvenir à un « modus vivendi consensuel », d’autres sont plus difficiles.

Parmi les accords difficiles les plus évidents, à notre avis, il y a ce traité d’intégration totale des deux marchés avec les mêmes règles appliquées à leurs entreprises. Une des raisons est qu’en Allemagne, il n’y a pas autant de grèves qu’en France, qui en a à revendre, à chaque six mois. Comment, dans ces conditions, peut-on appliquer les mêmes règles aux entreprises de part et d’autre du Rhin ?

Ensuite, Macron propose un budget pour la zone euro renforcée piloté par un ministre des finances (les critères de ce ministres vont diviser), et ce budget sera contrôlé par un parlement (un nouveau parlement ou celui existant ?). Les sources de financement de ce budget proviendraient des  taxes sur le numérique et sur l’environnement, (notamment sur la taxe-carbone, c’est là que le bât va blesser, puis que la France n’utilise pas autant que l’Allemagne du charbon comme combustible. Dans ce cas la taxe de 25 euros par tonne de dioxyde de carbone émise risque de faire plus râler à Berlin qu’ailleurs, quand il s’agira de contribuer au financement de ce budget à la même hauteur que d’autres pays. Cette mutualisation bancale, Angela Merkel  ne l’a pas voulu depuis le temps du Grexit, quand  ce même Macron était ministre des finances de François Hollande, et la voilà revient sur la table sous une autre forme. Ensuite, il souhaite plus de convergence sociale et fiscale par une taxe d’un jour d’impôt harmonisé sur les sociétés (petites ou grandes) pour conditionner l’accès au fonds européen de cohésion, il veut une harmonisation des salaires minimum en Europe, mais les pays à faible économie, qui pratiquent le dumping social avec les travailleurs détachés comme la Pologne, ne seront pas d’accord. En un ou deux mots, si on a compris, il veut tout harmoniser et tout niveler alors que les économies n’ont pas la même taille. C’est à se demander si le président  français ne veut pas « compresser l’Europe » et pousser certains pays vers la sortie, comme la Grande Bretagne. Cette refondation de l’Europe sera compliquée.

Enfin, pour l’Europe de la défense commune, Emmanuel Macron a une trouvaille, celle de de faire venir au sein de l’armée française les soldats de toute l’Europe et de faire participer les soldats français à toutes les autres armées. Rêve ou réalité, la question se pose sur le secret défense des armées nationales, sur les renseignements généraux, sur la lutte contre le terrorisme, qui ne frappe pas tous les pays de l’Europe avec la même fréquence que la France, et là, le « pourquoi » a toute sa raison d’être posée. Cela n’est encore qu’un détail, mais ce qui ne peut pas être détaillé, c’est l’utilité et surtout l’utilisation consensuelle de cette armée européenne. Faut-il rappeler que l’intervention française en Syrie dernièrement n’a pas été du goût de tous les Français et de tous les pays européens, notamment de l’Allemagne, si on ne se trompe pas ? Et dans ce cas, les autres auront bien raison de craindre que la France de Emmanuel Macron ne prenne la décision unilatérale de tout prendre sur elle d’engager l’Europe tout entière dans un futur conflit qui ne la concerne ni de près ni de loin.

N’y a-t-il pas un peu trop de présomptions dans cette refondation de l’Europe, telle que vue par Emmanuel Macron ?