Répression des manifestants :  la tactique du hérisson 

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Pendant que le pouvoir de Conakry continue d’être mis au ban de la communauté internationale, pour les tueries enregistrées lors des violences postélectorales, le président Alpha Condé est monté sur ses grands chevaux pour botter en touche.  Et pour dédouaner les forces de défense et de sécurité, dont l’usage disproportionné de la force est pointé par les ONG de défense des droits humains, le président fait recours à ce vieux reflexe, qui est de revêtir le manteau du patriotisme sourcilleux.

Le président, tout comme ses ministres détenteurs des portefeuilles régaliens de l’État ont battu en brèche les allégations de graves violations des droits humains, imputées au gouvernement guinéen par des ONG, dont Amnesty International. Cette organisation réputée pour son sérieux, a dans un communiqué rendu public le 25 octobre dernier, tiré la sonnette d’alarme sur la vague de répression qui s’est abattue récemment sur des manifestants.

L’ONG a surtout relevé dans son communiqué le fait que des éléments des forces de défense et de sécurité auraient eu recours à des armes de guerre contre des manifestants. Des accusations tout de même graves et lourdes de sens, dans un pays où opposants et activistes de la société civile vivent désormais avec la peur au ventre.

Ces violences, il faut le rappeler ont été condamnées par l’Union Européenne, la France et les Etats-Unis entre autres.

Paris ne s’est pas contenté simplement de condamner ces violences postélectorales, avec fermeté, le gouvernement français a aussi appelé  dans la foulée, à ce que des enquêtes indépendantes soient menées afin de rendre justice aux victimes.

L’exécutif prompt à grimper au rideau  à chaque fois que sa gestion des manifestations est remise en cause, a rejeté de but en blanc ce rapport d’Amnesty. Pour sa défense, le gouvernement se défausse sur les manifestants, dont certains seraient munis de fusils de chasse, selon lui.

C’est la même rengaine qui est servie à l’opinion, quand des manifestants sont tués. Ce que l’opposition considère comme une stratégie de défense basée sur le déni. Qui pourrait constituer un frein à la manifestation de la vérité sur ces tueries. Alors que la vérité est nécessaire en pareils cas, pour confondre ceux qui tuent, qu’ils soient civils ou militaires. Car laisser le doute s’installer ne fera qu’écorner l’image de nos vaillants hommes en uniforme.

Mais à l’allure où vont les choses, il vaut mieux se garder d’avoir une vision messianique de la justice.

Vu que le chef de l’État semble pour le moment adopter une posture patriotique sourcilleuse. C’est du moins ce qui ressort de son discours de ce samedi, lors d’une tournée dans certaines garnisons.

Alpha Condé s’est plus appesanti sur les mauvais traitements infligés à des agents du maintien d’ordre par des manifestants. Relevant pour l’occasion le caractère sauvage de ces convulsions politiques.

Avec des gens qui viendraient dans les manifestations munis de gourdins, de fusils de chasse et autres objets contondants, pour en découdre. Il promet que l’État sévira contre de tels comportements.

Quand aux partenaires de la Guinée qui ont émis  des réserves sur les résultats proclamés par la Ceni, Alpha Condé, a profité de sa sortie pour leur envoyer des vannes.

Rappelant au passage que son pays  tient ‘’à sa souveraineté, à son indépendance, et qu’il n’acceptera pas de recevoir des ordres des autres pays. Surtout que la Guinée n’aurait bénéficié d’aucun kopek de la part de ses partenaires, pour financer ses élections.’’

Ce discours du président, au caractère condescendant, qui est plus un plaidoyer en faveur des forces de défense et de sécurité, risque de jeter davantage un froid. De quoi émousser les ardeurs des fauteurs de paix.

Sans être des oiseaux de mauvais augures, il y a lieu tout de même de se demander si cette déconvenue électorale ne va pas précipiter notre pays dans l’abîme. Les deux camps adverses étant dorénavant dans des positions tranchées.