Rétrospective : En 2020, le secteur culturel aura été doublement éprouvé

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Le monde traverse une grave crise sanitaire causée par la pandémie  du COVID-19. Parti de Wuhan, dans la province de Hubei, en Chine en décembre 2019, le virus a assez vite progressé pour se répandre de manière rapide et inquiétante sur tous les continents. Et la Guinée n’a pas été épargnée par la maladie.

Toute chose qui aura porté un coup dur à la quasi-totalité des secteurs d’activités du pays. Notamment le monde culturel. Puisqu’à l’instar de nombreux autres pays, les autorités du pays déclareront l’Etat d’urgence et édicteront des mesures fortes pour contenir non seulement la propagation de la pandémie, mais aussi pour protéger la santé publique.

Et sur instruction du président de la République, le Premier ministre chef du gouvernement  a élaboré un plan de riposte économique à cette crise sanitaire, en vue de soutenir l’économie et d’aider le secteur privé à absorber les chocs induits par le ralentissement prévisible de l’activité économique.

Un plan de riposte s’articule autour de trois axes (sanitaire, social et économique et financier), pour un coût estimé d’environ 3


500 milliards de francs guinéens, soit 360 millions de dollars US. Et, les modalités de son financement également identifiées.

Part du secteur de la Culture

A la suite de ce plan, le ministère des Sports, de la Culture et du Patrimoine historique a introduit un document de plaidoyer à la Primature : histoire de pouvoir apporter une aide au secteur de la Culture durement éprouvé par la pandémie et d’accompagner certaines structures du département, notamment l’Agence guinéenne des spectacles.

La démarche ne tardera pas à faire un écho favorable auprès des hautes autorités du pays. Le mardi 23 juin 2020, le Premier ministre, chef du gouvernement, Ibrahima Kassory Fofana a indiqué que les pertes financières subies par les entreprises du secteur du spectacle ont été partiellement prises en charge par l’Etat. Cette assistance s’élevait à 2 milliards GNF.

De belles prévisions ratées

L’année 2020 avait pourtant bien démarré, avec de belles perspectives en termes de sorties d’albums et d’autres événements, notamment de Aminata Kamissoko qui sortait son double album, mais aussi King Alasko qui s’apprêtait à sortir son album avec la structure Meurs libre prod, et également Oudy 1er qui préparait sa « Nuit de la Guinée ». Ces belles prévisions étaient faites sans penser à la survenue de la pandémie. Malheureusement, à la fin du mois de février, toutes ces prévisions se sont arrêtées pour laisser place à cette crise sanitaire qui a fortement bousculé le secteur de la Culture.

Autant comprendre qu’en 2020, il n’y aura pas eu assez d’activités culturelles. Et cela se justifie par les mesures de restriction prises par les autorités sanitaires qui ne favorisaient pas les attroupements. Toutefois, convient-il de le rappeler, entre janvier et février 2020, une dizaine de spectacles ont pu se tenir à Conakry.

Autre chose qu’il faille rappeler, c’est que courant 2020, on devrait officiellement lancer les « Rencontres internationales du livre d’Afrique de Conakry ». A l’initiative de l’Harmattan Guinée, la capitale guinéenne devrait s’installer, à partir de 2020, comme étant une plaque tournante du livre en Afrique, en accueillant le premier salon international du livre de l’Afrique. Hélas, l’événement n’aura pas lieu. Et puisque c’est une biennale, les organisateurs ont décidé de la reporter pour 2022.

Créativité

Avec la survenue de la maladie, et la créativité aidant, certains organisateurs d’évènements se sont rabattus sur les réseaux sociaux. C’est le cas de Petit Tonton qui a eu l’ingéniosité de tenir son public en haleine sur les réseaux sociaux. Des espaces de spectacles improbables, certes, mais qui constituent tout de même d’intéressantes pistes.

A Petit Tonton, s’ajoutent d’autres artistes qui ont aussi créé à travers des compositions musicales, en sensibilisant la population sur le respect des mesures d’hygiène et de distanciation physique, et pour la plupart des fois à leurs frais. Cet investissement créatif et financier mérite bien d’être noté. Car, ces artistes ont su prouver qu’ils sont là et qu’ils ont en eux un brin de social, malgré les difficultés.

La Culture doublement éprouvée en 2020

Durant l’année écoulée, l’Agence guinéenne de spectacles a enregistré un déficit de près de 70% d’activités culturelles sur les 100% d’activités alors planifiées ou en prévision, alors qu’ il y a eu une exécution d’à peine 30% en tenant compte d’environ trois spectacles qui ont pu se tenir pendant les périodes de fêtes de fin d’année. C’est du moins l’information que nous a fournie Sayon Bamba, directrice générale de l’AGS. Aux dires de notre interlocutrice, environ vingt-cinq spectacles seulement ont pu se tenir durant l’année 2020, dont quinze en décembre.

Aussi, l’année qui s’en va, aura été dure pour la grande famille culturelle de Guinée en termes de pertes en vies humaines dans les rangs des artistes et musiciens. Puisqu’au cours de 2020, l’on a assisté au décès de nombreux artistes qui étaient intemporels. Notamment Mory Kanté, Hadja Kadé Diawara, Ansoumane Camara (Petit Condé), Kanny Dembakaté, Papa Kouyaté et le styliste Alpha’O.

La moisson plutôt bonne dans le domaine littéraire

Au sortir de 2020, le directeur général de l’Harmattan Guinée déclare avoir bouclé une année positive quoiqu’exceptionnelle. Et cela, Sansy Kaba Diakité le met à l’actif de son écurie qui a su prendre des mesures exceptionnelles pour ne pas faire une année blanche.

« Il est démontré qu’en période de difficultés, la créativité s’élève.  On a constaté cela en République de Guinée, parce qu’on a reçu beaucoup de manuscrits. C’était intéressant tout ça. Et nous avons pu choisir une centaine dont plus 80 ont été édités et publiés officiellement. Des collections ont été créées. Donc, 2020 a été une année difficile, mais une année avec beaucoup de moissons », évalue le patron de la maison d’édition l’Harmattan Guinée.

Cependant, les traditionnelles 72 heures du livre de Conakry n’ont pas pu se tenir en 2020. Or, c’est de cette manifestation culturelle provient la moitié du chiffre d’affaires de l’Harmattan Guinée. En ce sens que c’est en ce moment qu’il y a beaucoup plus d’achats. Pour cette maison d’édition et de diffusion.

L’autre motif de satisfaction de Sansy Kaba Diakité pour le monde littéraire, c’est cet appel à écriture qui a débouché sur l’édition d’un livre collectif et qui se trouve diffusé aujourd’hui à travers le monde entier, mais aussi la réédition du livre du chef de l’Etat.

Evénements tenus

Pour cause du Coronavirus, les Guinéens ont été sevrés de nombreux événements culturels alors répertoriés dans leur agenda et auxquels ils s’étaient annuellement familiarisés, comme Les 72 heures, L’univers des mots, mais également  le Festival national des arts et de la culture.

Toutefois, il y a l’artiste Mousto qui a fait son concert dédicace au Palais du peuple. Aussi, il y a le Fristival qui a pu se tenir de justesse. Egalement, on a pu assister aussi au Match du rire, le Bal des grands, le Festival Lassiry Graffiti et l’événement Miss littérature.

Perspectives

Dans un avenir relativement proche, les autorités en charge de la Culture envisagent d’initier de nombreux projets, dont celui portant sur la création de la Maison de l’artiste guinéen. Un espace qui fera office de lieu de culte ou de mémoire pour toutes ces icônes qui nous ont quitté. Une cartographie des têtes d’affiche par région.

Au regard de tout ce qui précède, on ne dira pas que 2020 aura été une année blanche, mais les activités en vue n’ont pu se faire qu’à environ 30%. Et l’on en a profité pour porter plus la réflexion sur le développement du secteur culturel, à travers des rencontres professionnelles où les acteurs ont pu s’asseoir pour échanger autour de l’avenir de l’industrie culturelle en Guinée, sous l’initiative du Fonds d’aide au développement de la Culture.