Riposte contre le COVID-19 en Guinée : l’enfer est pavé de bonnes intentions

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Le chef de l’Etat se fait un sang d’encre face à l’explosion du nombre de cas de covid19 dans notre pays. C’est en tout cas l’impression qu’il donne, en passant la soufflante à l’agence nationale de sécurité sanitaire (Anss), pilotée par Dr Sakoba Kéita, qu’il accuse de marquer le pas dans  la conduite de la  riposte contre la pandémie.

La Guinée est sans doute en train de payer le retard à l’allumage dont ses autorités ont fait preuve dans le cadre de la riposte contre le covid19. On en est à ce jour à plus de 400 cas dont deux décès.

Pour un président pour qui tout est politique, c’est bien évidemment la tenue du double-scrutin législatif et référendaire qui devait être en tête des priorités du professeur Condé. Comme on a pu le constater avec la tenue des élections controversées du 22 mars.

Les questions de santé des Guinéens elles, pouvaient attendre aux calendes grecques. Et c’est maintenant au peuple de trinquer pour ces erreurs qu’il faut imputer au gouvernement.

Il ne faut donc pas se voiler la face, l’heure est grave, très grave, quand le président de la République en personne verse dans des déclarations alarmistes devant un parterre  de  professionnels de la santé, réunis autour de lui, pour un état des lieux de la crise sanitaire.

Cette sortie du président qui a été diffusée  par la télévision d’état dans le journal de 20h 30, fait froid dans le dos.  Surtout quand il reconnait lui-même que son pays court à la catastrophe. Et qu’on nous cache la vérité. Comme  le décès de ce  militaire révélé dans la foulée par le chef de l’Etat.

Quelque chose cloche donc dans la gestion solitaire de la pandémie par l’Agence nationale de sécurité sanitaire, qui a bénéficié auparavant d’un chèque en blanc du président. Ce qui n’avait pas manqué de provoquer des querelles d’égo entre Dr Kéita et le ministre de la Santé, Rémy Lamah. Pour prouver qu’il était  au-dessus de cette mêlée, Alpha a organisé une sorte de séance d’exorcisme, au cours de laquelle, les deux hommes ont juré  sur les livres saints, de ne pas succomber à leurs « vieux démons » dans la gestion de la crise sanitaire.

Dr Sakoba Kéita avait aussi en marge de cette rencontre avec le président, promis de rectifier le tir dans la gestion du centre de Donka, face aux nombreuses plaintes des malades internés dans ces lieux. A ce jour, il faut se demander si réellement les choses se sont améliorées en termes de traitement pour ces patients.

La réunion de crise de ce jeudi avait pour but d’inviter l’Anss à s’ouvrir aux autres compétences dans le cadre de la lutte contre le covid19. Avant que la Guinée ne devienne un « clustre » de cette pandémie. Car à l’allure où vont les choses, notre pays fait figure de mauvais élève, comparé au Sénégal où on en est à deux morts et 60,5% de patients guéris. Avec 121 cas d’hospitalisation à ce jour.

Dr Sakoba, bouc-émissaire idéal ?

En cette période de crise sanitaire, certains présidents cherchent à se défausser sur des boucs émissaires, pour camoufler leurs échecs dans la gestion de la pandémie.  C’est le cas du locataire du bureau ovale Donald Trump, qui pointe la responsabilité de la Chine et de l’OMS dans l’explosion de la maladie au reste du monde. Une ligne de défense contestée toutefois, en partie par ses détracteurs.

En Guinée, le chef de l’Etat a-t-il trouvé en Dr Sakoba Kéita le bouc émissaire idéal ? La question mérite tout son pesant. Ce toubib qui avait bonne presse, auprès de l’opinion, malgré les zones d’ombre qui ont entouré sa gestion de l’épidémie d’Ébola, est désormais l’objet de caricatures malveillantes dans la cité.  C’est comme si on lui faisait porter le chapeau de la multiplication des cas de contagion.

L’autre question qu’il ne faudrait pas occulter est celle de savoir si l’Anss avait bien les moyens de sa politique. Quand on sait que le président en véritable control freak, ne laisse jamais la main libre aux institutions, qu’il alimente en fric, à dose homéopathique. La Ceni n’en dira pas le contraire.

Il faut que les dirigeants de ces structures se plient à chaque fois en quatre pour pouvoir bénéficier de leur budget ou autre subvention.

Cette grande dépendance des autres institutions vis-à-vis de l’exécutif, créée de toute pièce, justifierait en partie l’incurie qui sévit au sein de notre administration.

Dorénavant, Dr Sakoba  devra  à  sa décharge, prouver sa bonne foi à l’opinion, et dénoncer si besoin en était les goulots d’étranglement.

Quant à la contribution des professionnels de la santé, la lettre ouverte adressée récemment par les Ordres Professionnels de la Santé au chef de l’Etat dans laquelle ils dénoncent leur « non implication dans la lutte contre la pandémie au coronavirus » entre autre, prouve la disponibilité de nos médecins et pharmaciens à combattre le covid19. Pourvu qu’on leur en donne les moyens.

Tout est question de leadership.