Rupture de baux: Elhadj Ousmane Baldé « Sans Loi » fulmine contre le gouvernement

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C’est une actualité qui défraie la chronique depuis maintenant plusieurs semaines. L’Etat guinéen a décidé de rompre les baux non exécutés à temps avec les opérateurs économiques. Et l’une des victimes de cette opération de récupération des domaines publics, n’est personne d’autre qu’Elhadj Ousmane Baldé dit Sans-Loi et actuel président de la Coordination Fulbhè et Haali Pular. Après avoir donné la parole au ministre Ibrahima Kourouma, et dans un souci d’équilibre, notre rédaction a pu  interviewer la personne concernée. Dans cette interview, Sans-Loi dit ne pas comprendre l’acharnement de l’Etat contre ses biens. Interview.

L’Etat guinéen vous reproche de n’avoir pas honoré vos engagements sur le respect de l’exécution des baux situés respectivement à Kindia, à Matam et Coronthie que vous avez signés avec lui. Quelle est votre part de vérité?

Elhadj Ousmane Sans-Loi Baldé: (Prière). Au temps du président Lansana Conté, j’ai obtenu un bail à Kindia avec le ministre Ouo Ouo Blaise Foromou. C’était un bail de 60 ans. Cela a eu lieu, il y a 13 ans et demi.  J’ai eu un bail de 60 ans.

Vous êtes en conflit avec le pouvoir seulement à Kindia ?

Ils ont saisi partout où j’ai des domaines à Kindia, à Matam et à Coronthie. Certains domaines sont des baux, d’autres j’ai acheté avec le gouvernement par décret présidentiel.

Êtes-vous seul dans cette campagne de récupération des domaines de l’Etat ?

Ce que je connais, c’est pour moi. Vous avez vu ce qui s’est passé à Kindia. Ils ont dit que je n’ai pas achevé le contrat en ce qui concerne la construction. C’est vrai on ne peut le faire en un temps record.

Je devais achever les travaux en 2020. Mais en fin 2019, le ministre des Villes et de l’Aménagement du territoire m’a adressé des lettres pour dire que l’Etat a saisi les centres. Or le contrat n’a pas mentionné cela. Le contrat dit qu’en cas de désaccord, les deux parties doivent se réunir pour voir comment résoudre le conflit à l’amiable. Et si on ne s’entend pas, on va saisir la justice pour nous départager.

Avez-vous respecté vos engagements?

Le problème, même si je n’ai pas achevé les travaux, l’Etat n’a pas le droit de venir gazer les gens qui étaient au centre, laisser des bandits allumer le feu sur le toit du centre pour chasser deux millions et quelques travailleurs dans ces lieux. On dirait la guerre. C’est avec le Guinée seulement que j’ai vu cela. C’est seul le gouvernement guinéen qui est capable d’agresser un investisseur qui l’aide à créer des emplois.

Puisque je sais que je n’ai pas fait un crime quelconque, je n’ai tué personne, pour que cela puisse me coûter ce genre d’actions. Dans un pays dit démocratique, chacun doit dire ce qui doit être possible, ou sa manière de comprendre, ou par sa volonté. Cela pourrait nous éviter ce qui vient de se passer.

Que comptez-vous faire maintenant?

Aujourd’hui, les dégâts sont causés. Moi, je vais prendre les conséquences et le pot cassé puisque, c’est ce qu’ils voulaient. Ce que je ne prends pas, ce sont les violences sur les occupants du centre à Kindia. On va se partager tout, chacun prendra sa responsabilité du côté de Kindia.

Actuellement, ils ont cassé tous les cadenas pour mettre les leurs. Or, c’est avec moi l’Etat a baillé, c’est à moi, ils doivent demander. Puisque dans pays civilisé et démocratique, le gouvernement ne doit pas prôner la violence. De toutes les façons, je me confie au Bon Dieu.

Qu’en est-il de Matam et de Coronthie?

S’agissant de Matam, j’ai formulé une demande d’achat du domaine. J’ai suivi toutes les procédures notamment la levée topographique, le recensement des habitations, l’aménagement du lieu, la valorisation et la fixation du prix.

Ils (Etat, ndlr) m’ont donné le prix que j’ai payé en deux tranches au niveau du trésor public. A l’époque, c’était le temps du ministre Ouo Ouo Blaise Foromou qui a pris les reçus du paiement pour aller voir le président (Lansana) pour lui dire que j’ai fini le paiement.

Ensuite, le président a signé un décret pour confirmer la vente de ce domaine. Même ce n’est pas sa valeur, c’est un président de la république qui a signé l’acte. Je pense qu’il ne s’agit pas de dire qu’on a saisi un domaine vendu par décret présidentiel. On s’en remet à Dieu.

En ce qui concerne Coronthie, le domaine appartient à Sans Loi et à Texas Guinée, une société américaine. C’est nous qui avons construit ces dépôts. C’est nous qui avons fait l’étude du sous-sol puisqu’on disait qu’il y avait du bio gaz.

C’est ainsi en 1985, le ministre Bana Sidibé, m’a demandé de faire l’étude sur la viabilité du sol. Les équipements et la direction des mines étaient à la Minière. C’est là que nous sommes venus les chercher pour aller faire le sondage de Coronthie jusqu’en bas là-bas.

On m’avait promis trois hectares avec Texas Guinée pour construire un centre frigorifique afin d’éviter la pourriture des fruits du le pays. On pouvait conserver ces fruits pendant une année, sans qu’ils ne pourrissent. C’est ce qui était prévu avec 60 millions de dollars us.

Malheureusement, après la fin du sondage, je n’ai reçu qu’un hectare. Les Américains ont dit que c’est insuffisant. C’est ainsi, on a décidé de mettre des dépôts là-bas et de chercher dans la sous-région où on peut trouver des fruits comme la Guinée, ils n’ont pas eu le terrain que l’on désirait.

Quand on a commencé la construction des dépôts, il fallait creuser une profondeur de 5 mètres puisqu’il y avait des chalutiers à l’intérieur. On a creusé ça avant d’envoyer la terre en dehors de la ville. Cela nous a coûté assez d’argent.

Après, nous avons donné le marché de la construction à un Espagnol. Mais arrivé au niveau de la charpente, un vent est venu emporter tout. L’Espagnol a fui. Ensuite, nous sommes allés en Chine pour acheter d’autres charpentes. C’est ainsi que des techniciens guinéo-ivoiriens ont monté les charpentes. Jusqu’à présent, on n’a pas fini, on y travaille. C’est ce chantier de Coronthie qui nous a retardé les travaux sur le centre de Kindia. Il restait un peu de terre que l’on ne pouvait pas accéder sans l’autorisation du gouvernement.

C’est ainsi, on nous a promis un accès provisoire. Or, un accès provisoire avec notre projet, cela ne peut pas aller de pair. On a travaillé là-bas pendant 11 mois, c’est en ce moment que nous avons appris qu’ils ont annulé la partie pour moi. Or, on paie la taxe.

Mais, ils reviennent pour dire qu’ils (Etat) ont annulé le bail de Coronthie, ensuite de Kindia avant de saisir la propriété à Matam.

Ils sont dans cette logique. Ils nous ont demandé de sortir sans délai mais ce sera difficile. Puisque l’investissement et la présence de deux millions de personnes, ce sera difficile.

Avez-vous rencontré le ministre Ibrahima Kourouma?

J’ai négocié une rencontre avec lui mais en vain. J’ai vu le Secrétaire général qui a fait de son mieux pour qu’on se rencontre mais le ministre Kourouma a refusé de me rencontrer. C’est comme si ce n’est pas un investisseur qui veut le voir. Ce qui se passe actuellement, c’est ce que le ministre voulait. Ils ont fermé Matam, Coronthie où ils nous ont appelés le vendredi  14 novembre dernier. Ils ont ouvert le centre avant de nous demander de faire sortir nos matériels dans 72 heures. Or, même en un mois, on ne peut pas finir de sortir ce qui est là-bas. Maintenant, quand ils auront fini de faire ce qu’ils veulent, et que nous connaîtrons les dégâts, on fera face à eux. C’est ce qui est actuel.

Allez-vous saisir la justice?

Je ne fais rien d’abord, en attendant de savoir, l’ampleur des dégâts causés. Quand j’arriverai à le savoir, ensuite moi, aussi, je commencerai à vérifier les dégâts.

Pourquoi, selon vous, l’Etat a-t-il fait la rupture de vos contrats de baux?

C’est à cause du manque de respect de la loi. C’est tout. Puisqu’il n’y a pas d’application de la loi dans le pays. Sinon, même si j’ai tué quelqu’un, ce n’est pas sur ce contrat de bail que je l’ai tué ni sur les propriétés. C’est moi qu’on doit juger et non mes propriétés.

Vous  étiez opposé au 3ème mandat. Est-ce que ce n’est pas là l’origine de vos soucis?

Jusqu’à demain, je ne suis pas d’accord pour un 3ème mandat!

Vous êtes le président de la coordination Fulbhè et Haali pular. Vous ne pensez pas que c’est à cause de cela aussi?

Je pense seulement que vous avez fini de parler. L’actuel gouvernement, la manière dont je le vois, est basé sur le communautarisme. L’ethnie peule est leur cauchemar  dans le pays. Ça, c’est une réalité. Nous avons actuellement 400 personnes arrêtées, 200 blessés et alités dans les hôpitaux, 50 personnes tuées en 72 heures. Parmi eux, il n’y a que des peuls. Qu’est-ce qui a fait cela? La situation parle d’elle-même. On n’a pas besoin de demander. La réponse est là.

Quel message avez-vous pour le président de la république, Alpha Condé?

Le président est le président de tout le monde. C’est à lui que Dieu a confié le pays. Je vais attendre qu’ils finissent les dégâts pour pouvoir aller vers lui,  pour voir s’il se comportera envers moi  comme Ibrahima Kourouma l’a fait. (Prière!)

Entretien réalisé par Amadou Kendessa Diallo & Alhassane Bah