Saison pluvieuse à Conakry : la ville inondée et insalubre…

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À peine annoncée par la tombée des premières pluies diluviennes ce 25 avril, la saison pluvieuse de retour fait des ravages dans la capitale guinéenne. On compte déjà plusieurs familles victimes des dégâts causés par la puissance de l’eau, dans des quartiers en manque criant d’infrastructures d’assainissement. Image d’archives.

Chaque année les populations de Conakry subissent la violence des pluies torrentielles qui finissent par créer des inondations et des éboulements de terrain dans certains quartiers, augmentant ainsi la vulnérabilité des habitants vis-à-vis des maladies. Ce phénomène est encore amplifié par une désorganisation de ces quartiers mal structurés et très densément peuplés. Au mois d’août 2017, la plus grande décharge de Conakry située dans le quartier de Hamdallaye, dans la commune de Ratoma, s’était effondrée au-dessus de trois maisons se trouvant à proximité, causant la mort de plusieurs personnes dont des enfants.

C’est pourquoi, dès à présent, les autorités de la capitale doivent commencer à prendre les bonnes mesures pour pallier les effets néfastes de ces inondations plutôt que d’attendre les pires moments pour se mettre à distribuer des vivres aux victimes. Il faut être préparé à la menace que représentent ces inondations récurrentes dans la capitale. Un travail de prévention est donc nécessaire à faire par la Ville de Conakry. Pour cela, il faudrait d’abord chercher à comprendre les causes réelles de ces inondations (canalisations bouchées, habitats bâtis en zone inondable, ou tout simplement un manque chronique de dispositifs d’évacuation des eaux).

Ensuite, selon le cas, il faudrait soit apporter une solution technique, soit mettre en place un système d’alerte précoce, soit procéder à une évacuation des ménages vulnérables. Cela passe par l’élaboration d’une cartographie des zones inondables de la ville et d’un plan de prévention efficace contre les inondations. Cette démarche permettra d’analyser et de comprendre les phénomènes d’inondation et de disposer de données topographiques permettant d’asseoir les travaux de réhabilitation des zones inondées et de relogement des populations sinistrées.

En 2018, le directeur général de l’agence nationale de l’assainissement et de la salubrité publique, M. SoryCamara avait pourtant déclaré que la décharge de Hamdallaye serait déplacée vers Coyah sur un site de 150 hectares et qu’une fois celle-ci relocalisée, les déchets seraient transformés en énergie dans le cadre d’une coopération avec l’Union européenne. Mais il en est encore rien aujourd’hui. Or, certains pays africains ont fait des avancées sur ce terrain. Par exemple, depuis 2002 l’Afrique du Sud a adopté une loi sur la gestion des catastrophes qui oblige les autorités nationales, provinciales et municipales à élaborer des plans, aussi bien pour la prévention que pour la mitigation. Pareil en Côte d’Ivoire, les autorités ont entrepris en 2012 des mesures de prévention contre les inondations en déplaçant 6000 familles des zones inondables d’Abidjan, et en leur donnant 300 dollars chacune pour se reloger. De telles mesures pourraient être imitées par les autorités de Conakry afin de sauver des vies cette année dans un pays les autorités semblent déjà désorientées par la gestion de la pandémie due au Covid-19. C’est maintenant qu’il faut agir !