Scrutin du 18 octobre : l’opposition ira-telle au casse-pipe ?

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Participer à la présidentielle du 18 octobre, aux côtés du président sortant, dans un contexte où les dés semblent pipés d’avance, serait tout simplement aller au casse-pipe, les yeux ouverts. C’est du moins l’avis de maints observateurs du landerneau politique guinéen.

La participation ou non des principaux partis de l’opposition, à savoir l’Union des forces démocratiques de Guinée (Ufdg) de Cellou Dalein Diallo, l’Union des forces républicaines (Ufr) de Sydia Touré, le Parti de l’espoir pour le développement national (Pedn) de Lansana Kouyaté et le Bloc libéral (Bl) du Dr Faya Millimono, aux joutes électorales du 18 octobre alimente la chronique dans la cité.

Et la question constitue dorénavant une  pomme de discorde au sein du Front national pour la défense de la constitution (Fndc), une plateforme hétéroclite dont ces formations politiques sont membres à part entière. Car, au sein du mouvement, la plupart des acteurs trouvent inconcevables que des opposants au troisième mandat qui ont ferraillé dur contre le double-scrutin du 22 mars dernier, s’échinent à être sur les rangs à la faveur de la présidentielle du 18 octobre. Ce serait à leurs yeux, apporter une onction à la candidature du président Alpha Condé, dont la tentation du troisième mandat est décriée même au-delà de la Guinée.

Pour ne pas être en contradiction avec soi-même, les tenants de cette approche déconseillent donc vivement toute participation à cette présidentielle qui ne sera qu’une formalité pour légitimer une présidence à vie. Quand on sait que le Fndc ne reconnait toujours pas la nouvelle constitution issue du référendum du 22 mars.

Dans un tel environnement politique où la démocratie est guillotinée en quelque sorte, et où le fair-play n’existe pas, à cause de l’électoralisme forcené de l’exécutif, la victoire d’un opposant à la présidentielle du 18 octobre, ne peut relever que d’une gageure.

Même si on entend parfois certains observateurs verser dans un optimisme béat, en comparant la défaite de Me Abdoulaye Wade le 25 mars 2012, face à son challenger d’alors, Macky Sall, dans une présidentielle dont les jeux avaient été parfaits. Une manière de pousser l’opposition à prendre place dans les starting-blocks.

En Guinée, Alpha Condé n’a pas la tête d’un bon perdant, et pour rien au monde il ne céderait le fauteuil à un des anciens Premiers ministres, qu’il ne cesse de vouer aux gémonies au gré de ses discours.

Cela rappelle l’acharnement de De Gaulle contre son irréductible  opposant d’alors, François Mitterrand.

Ainsi en prélude de la présidentielle de 1965, De Gaulle pour justifier sa candidature, répétait à l’envie à son entourage les propos suivants: «je ne peux pas laisser la France à Mitterrand. Si un autre que moi se présente, Mitterrand a des chances de passer. Par conséquent, je dois me présenter », fin de citation.

Il est vrai que pétri de toutes ces péripéties,  Mitterrand dira plus tard que « la victoire vous ne la rencontrerez que si vous la forcer ». Mais face au général, il avait perdu.

Pour revenir au cas guinéen, il conviendrait de noter que  les questions préjudicielles relatives à la fiabilité du fichier électoral,  où  2 millions d’électeurs fictifs ont été répertoriés,  ne sont pas encore évacuées. Sans oublier des cas de doublons qui seraient légion dans ce même fichier.

Pendant ce temps,  la  Commission électorale nationale indépendante (Ceni) continue d’avoir le pied au plancher pour précipiter les Guinéens vers le précipice  électoral. Une institution accusée d’être phagocytée par l’exécutif, qui l’entretiendrait à dose homéopathique avec les fonds du contribuable. Une manière de tenir Kabinet Cissé et ses collègues commissaires en laisse.

L’autre levier que le pouvoir pourrait actionner en pareille circonstance, c’est bien celui de l’administration, dont la partialité est un secret de polichinelle. Aussi bien les administrateurs territoriaux que les grands commis de l’État, tous ne seraient que des satrapes au service du Prince.

Il va falloir donc réfléchir par deux fois avant d’aller à une élection présidentielle, dans un tel embrouillamini. Sinon ce serait simplement donner le bâton à l’ennemi pour se faire battre.

Pour le moment, des consultations sont ouvertes par les partis, en vue de recueillir les avis de leurs bases, sur l’éventualité d’une participation ou pas à ce vote.

Si au sein de l’Ufdg, la tendance qui se dégage semble favorable à une prise de risque en faveur de l’entrée de leur candidat dans la fosse aux lions, le Pedn et l’Ufr, eux, ne seraient pas très chauds pour cette aventure.

En tout état de cause,  du côté du Fndc, l’on écarte pas de loger dans la même case que le président Condé, ceux de ses membres qui accompagneront ce que le mouvement  qualifie de « forfaiture ».