Semaine de la citoyenneté en Guinée : quand le désintérêt de l’Etat donne raison à Gassama !

novembre 1, 2018 11:12
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Instituée en 2016 par le gouvernement guinéen sur initiative du ministre de l’unité nationale et de la citoyenneté, la semaine nationale de la citoyenneté et de la paix (Senacip) n’a pas été lancée cette année à la date habituelle, c’est-à-dire le 1er novembre comme les années précédentes. Est-ce à cause de la renonciation du ministre Khalifa Gassama Diaby ? L’on se souvient l’année dernière, en marge de la clôture de la Senacip au palais du peuple, Gassama  Diaby avait déclaré « mon aventure avec  la SENACIP c’est terminée ».

Connu pour son franc parler, son engagement pour la paix et les droits de l’homme, le ministre Gassama comme il l’a dit en novembre 2017,  maintient contre vents et marées sa décision de ne plus s’impliquer personnellement dans l’organisation de la Senacip. Il l’a réitéré ce matin chez nos confrères de la Radio Espace.  Pour lui, « quand un homme public prend une décision et s’adresse à son pays, il doit respecter son engagement ». « Mais, a-t-il  précisé, la Senacip est une loi qui ne se résume pas au ministre Gassama. C’est pourquoi, j’ai décidé de me mettre en retrait pour permettre à la population guinéenne de bénéficier petit à petit des bienfaits de cette idée importante, tant en matière de civisme que de culture de la paix et de l’unité nationale ».

Pourtant, même s’il ne le dit pas, la Senacip est une idée qu’il a conçue, portée et défendue, et qui a connu l’adhésion de la quasi-totalité des Guinéens, de tout bord.  Mais pour avoir fait l’objet de toutes sortes d’obstacles, de manœuvres et de difficultés, le ministre a décidé  l’année dernière de se mettre à l’écart pour donner toutes les chances à cet événement important de se perpétuer avec ou sans lui.

Par ailleurs, malgré son retrait pour cette troisième édition, son département est prêt à organiser cet événement.  « Il y a un comité d’organisation mis en place par le ministre, et qui est présidé par le secrétaire générale du dit ministère », a-t-il confié dans les grandes gueules.

Et ce comité, nous apprend-t-on, bénéficie de l’expérience et des conseils du ministre. Ce,  malgré son retrait et son refus d’être impliqué dans la gestion financière et logistique de cet événement.

Mais on a l’impression que Gassama  était le seul à porter et à croire à cette idée innovante Car à ce jour, aucun budget n’a encore été débloqué pour permettre l’organisation de cette 3ème édition.  Pourtant, selon nos sources, pour cette année, il y avait une ligne budgétaire de trois milliards cinq cents qui était prévue pour l’organisation de la Senacip de cette année. Mais à la grande surprise, cette ligne a disparu dans la loi de finance rectificative 2018. Alors, comment organiser cet événement sans budget ?

Avec toutes ces manœuvres,  on peut donc dire sans risque de se tromper que la troisième édition de la Senacip n’a pas été organisée à cause de la décision du ministre Gassama de se mettre à l’écart de cette organisation,  mais tout simplement parce qu’il n’y a aucun budget pour le faire. Et cette absence de budget cette année encore, vient lui donner raison sur le désintérêt et la volonté manifeste du gouvernement à ne pas soutenir cet événement important pour les Guinéens et la Guinée, un pays où l’incivisme a atteint son paroxysme et où la paix sociale reste grandement menacée.

Etant donc une loi de la République, l’Etat aurait dû prendre toutes les dispositions utiles pour organiser cette 3ème édition avec ou sans la participation du ministre et ainsi respecter la loi.

Espérons que le report de la date de la tenue de la Senacip au mois de décembre sera une occasion pour le gouvernement de mettre la main dans la poche afin de permettre l’organisation de cette troisième édition.

La Senacip a été instituée en Guinée en 2016 par une loi votée à l’unanimité à l’Assemblée Nationale et promulguée par décret présidentiel « pour  promouvoir une citoyenneté responsable auprès des populations guinéennes, renforcer la culture du civisme, et sensibiliser les populations sur les valeurs cardinales, du savoir vivre ensemble ».