Série de viols sur mineurs en Guinée : causes et conséquences

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Les crimes de viol sur mineurs deviennent de plus en plus fréquents en GuinéeTous les quartiers de la capitale et même les campagnes sont victimes de ce fléau. Face à ces séries de violences sexuelles, beaucoup de Guinéens s’interrogent. Pourquoi tant de viols dans un pays aussi religieux comme la Guinée ? A-t-on imaginé les conséquences de ces violences sexuelles sur les victimes ? Comprendre donc les causes et les conséquences de ce crime permet de rappeler l’urgence de la lutte. Nos filles, nos sœurs, nos femmes sont aujourd’hui devenues la proie des violeurs. Beaucoup gardent à vie des séquelles psychologiques.

Tenez ! Nous sommes en 2016, à Saoro, dans la Préfecture de N’Zérékoré, un district situé à plus de mille kilomètres  de la capitale. Une fillette âgée de 13 ans appelée Jocelyne Mamy, a été découverte violée dans la broussaille par un inconnu la nuit. Elle était morte le jour suivant, des suites de ses blessures dans une clinique privée à N’Zérékoré. La violence des faits était à peine croyable.

La petite Jocelyne n’a plus retrouvé ses amis de l’école. Et pour cause, elle était morte à la clinique où elle était internée à la suite du viol. Selon une source, Jocelyne a été violée pendant toute la nuit par son ravisseur.

Un villageois interrogé raconte : « la fillette de treize ans a été kidnappée sur le chemin de l’école par un individu puis violée avant d’être jetée dans une broussaille. Les parents s’inquiétant de l’absence de leur fille, la cherche en vain. Ne la voyant pas, ils avaient fait une battue pour la retrouver ». Selon ses explications, « elle avait été finalement retrouvée par les parents dans la broussaille à moitié inanimée baignant dans son sang avec les parties intimes déchirées. Elle avait été violée par un individu et laissée pour morte. Les gens de bonne volonté avaient essayé de la sauver en l’évacuant sur N’Zérékoré. Là-bas, elle avait subi des soins. Mais hélas ! Elle n’a pas survécu à ses blessures ».

Le cas malheureux de cette fillette n’est pas le seul. Il ne se passe un jour sans qu’un cas de viols ne soit signalé à travers le pays. Que ce soit à Conakry ou  dans les villes de l’intérieur le viol est devenu monnaie courante.  Et la situation prend de l’ampleur.

Selon le Larousse, « le viol est un acte à caractère sexuel non consenti, basé sur la violence et la menace, où la victime est contrainte et incapable de se défendre. »

En Guinée, les femmes victimes de viol sont le plus souvent confrontées au poids de la tradition. Elles ne signalent pas les attaques dont elles sont victimes, par peur de ne pas être la risée, par crainte de la stigmatisation sociale et par peur de subir la honte. Malgré l’image de terre d’égalité des genres dont bénéficie la Guinée, la réalité pour les femmes est très différente. Le poids de la tradition aidant, elles sont exposées aux violences sexuelles.

Le viol résulte-t-il du comportement irresponsable de la victime ?

Le viol n’est en aucun cas provoqué par la tenue d’une femme ou par son attitude. Le viol ne résulte pas d’un quelconque comportement dit « irresponsable » de la part de la victime (sortir tard le soir, rentrer seule chez soi, accepter un verre, etc.). Le viol n’est jamais causé par la victime. Il est causé par le violeur. Quelles que soient les circonstances. Le viol est un choix conscient d’imposer sa domination à l’autre et de le contraindre. Ce n’est pas une pulsion sexuelle soudaine, mais la décision réfléchie d’agresser gravement une autre personne. Ce n’est pas non plus parce qu’« il avait bu » que cela est excusable. Au contraire, la consommation d’alcool est une circonstance aggravante pour l’agresseur devant la loi.

Selon les psychologues, le viol résulte avant tout du système inégalitaire dans lequel nous vivons. Le modèle patriarcal qui caractérise notre société place généralement les femmes et les enfants sous la domination des hommes, sous leur autorité. Les femmes et les enfants sont ainsi les premières victimes des violences sexuelles. Si de nombreuses avancées ont eu lieu ces dernières années, certaines idées caractéristiques de la culture du viol persistent néanmoins : le corps de la femme,  « objectifié et hypersexualisé », est toujours considéré comme accessible aux hommes, voire leur étant dû dans le cadre du couple. Par ailleurs, les femmes cumulant plusieurs facteurs de discrimination (les femmes « racisées », les femmes porteuses de handicap, les femmes lesbiennes, les femmes transsexuelles, les femmes de catégories socioprofessionnelles moins favorisées) sont rendues d’autant plus vulnérables aux violences sexuelles.

Dans le cadre des conflits armés,  selon un ex. capitaine de l’armée, le viol est aussi utilisé comme arme de guerre pour soumettre et terroriser la population. Encore une fois, il s’agit là d’une stratégie de domination réfléchie visant à détruire le collectif via l’instrumentalisation du corps des femmes. Ces viols s’accompagnent souvent de violences aggravantes (viol avec objets, viol collectif, viol et mutilation des parties génitales etc.).

Il y a aussi le phénomène des nouvelles technologies qui déversent des images indécentes au visage des utilisateurs téléphones. Les scènes pornographiques y sont diffusées. Ainsi, on se retrouve dans un monde de dépravation et de perversion ou le morale a « foutu le camp ».

Conséquences :

Les violences sexuelles sont de graves atteintes aux droits fondamentaux de tout être humain et en résulte une myriade de possibles conséquences pour la victime. Ces violences ont un coût (psychique, social et financier) très important pour les victimes.

Interrogé, Dr Issa Sylla, gynécologue dans une clinique de la place  soutient que les conséquences physiques résultant directement du viol sont entre autres les douleurs aiguës, les plaies du vestibule, la perforation hyménale, ainsi que la possible transmission d’une infection sexuellement transmissible.

En ce qui concerne les conséquences physiques, le gynécologue dit que les victimes peuvent ressentir les douleurs chroniques, la fatigue intense, les maux de tête, les troubles digestifs et gynécologiques, les palpitations et les affections neurologiques. Les violences sexuelles peuvent en effet avoir, selon lui, des conséquences de long terme affectant durablement la santé physique des individus, notamment en lien avec le stress intense qu’elles génèrent. À titre d’exemple, il soutient que les femmes victimes de violences sexuelles ont démontré un taux trois fois plus élevé de fibromyalgie,  une maladie chronique caractérisée par des douleurs diffuses, des troubles du sommeil et une importante fatigue.

Psychologiquement, selon toujours le spécialiste, les conséquences se déclinent elles aussi sur le court, moyen et long terme. Il précise que si la victime n’est pas accompagnée par des professionnels, celles-ci peuvent s’aggraver. Ici encore Dr Sylla va donner une liste d’exemples non exhaustive. Il citera entre autres, la Confusion, la baisse de l’estime de soi, le sentiment de honte, l’anxiété, le stress post-traumatique, l’hyper vigilance, la dépression, les troubles obsessionnels du comportement (TOC), comportements alimentaires perturbés et l’amnésie traumatique totale ou partielle concernant l’agression ; difficulté de se remémorer les faits avec exactitude, car ces derniers sont stockés dans la mémoire traumatique et non dans la mémoire autobiographique consciente et contrôlée

Tous les phénomènes décrits ci-dessus sont, aux dires du gynécologue, des réactions normales de la psyché humaine face à des situations anormales.

Un phénomène est notamment détaillé par la Dr Issa Sylla : l’état de dissociation. Car pour lui, lors d’une agression sexuelle, la victime est paralysée par l’horreur de la situation et sidérée. Cette situation génère une détresse psychologique immense, et le niveau de stress ressenti augmente gravement. Or, le cerveau ne peut gérer cette réponse émotionnelle trop importante et « disjoncte » : « le cortex, qui aide à assimiler les évènements et à prendre des décisions, est alors déconnecté de l’amygdale, qui reçoit les émotions. L’amygdale continue donc de recevoir la détresse, la terreur et la douleur, mais elle est isolée du reste du cerveau. Ainsi, la victime se retrouve dans un état dissociatif : elle souffre immensément, mais ne peut produire de réponse émotionnelle ou physique puisque son cortex ne fonctionne plus correctement. Elle est comme anesthésiée émotionnellement  et dans l’incapacité de réagir. Or cet état de dissociation, s’il n’est pas pris en charge, peut conduire la victime à adopter plus tard des conduites dites « dissociantes » (alcool, prise de drogue, prises de risques, relations violentes, etc.) qui lui permettent de retrouver cet état d’anesthésie émotionnelle pour ne pas faire face au souvenir de l’agression », démontrera le médecin avant de conclure que la victime peut se voir confronter à différentes difficultés sociales et relationnelles résultant de son agression : isolement social, rupture avec la famille, manque de confiance et établissement d’une relation à l’autre compliquée, difficultés professionnelles.