Sidya: « j’aurais électrifié toute la Guinée avec la moitié des 3 milliards qu’Alpha Condé a dépensés pour le courant »

avril 18, 2019 6:10

Le leader de l’Union des Forces Républicaines (UFR) est intervenu ce matin sur les antennes de la Radio Espace pour se prononcer sur l’actualité du pays. De la gouvernance Alpha Condé au Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC), Sidya Touré a « craché » ses vérités crues au gouvernement et aux promoteurs du référendum pour une nouvelle constitution.

Nos confrères d’Espace Fm ont démarré la série de questions sur la condamnation de l’ancien directeur de l’Office Guinéenne de Publicité. A cette question, le président de l’UFR soutient qu’il est contre les détournements des deniers publics, mais les autorités devraient plutôt s’intéresser aux gros bonnets, grilleurs d’arachides que de s’attaquer aux menus fretins. «Je suis contre toute forme de détournement de derniers publics. Mais j’aurais souhaité qu’on s’attaque aux voleurs de bœufs que de s’en prendre aux voleurs d’œuf. Tout ce tapage qu’on fait autour de ce dossier, c’est pour dire qu’on fait quelque chose. Et pourtant, il y a mieux à faire que ça. Il faut s’attaquer aux vrais problèmes ? Où sont passées les recettes minières ? Les 400 millions de dollars, qu’en ont-ils faits ? Vous parlez des structures mises en place pour lutter contre la corruption. Le problème, c’est la gouvernance ! Avec le Président Alpha Condé, je ne crois pas que ces structures fonctionnent.»  

Après le dossier Paul Moussa Diawara, les journalistes se sont penchés sur la santé du parti de l’UFR, ses alliances et ses « va-et-vient » qui ont fait de lui « l’un des leaders inconstants ». A ce sujet, Sidya Touré a expliqué aux confrères et aux auditeurs les raisons de ses choix : « L’Union des Forces Républicaines se porte bien… C’est le renouveau et cela est perceptible… Concernant le poste que j’occupais auprès du Président de la République, moi, j’ai une référence. C’est Abdoulaye Wade. Il a été ministre du président Abdou Diouf, bien qu’il fût opposé à ce dernier. Et puis nous nous sommes dit qu’il faut s’approcher pour apporter notre contribution. Le pays en avait besoin ! On ne peut pas s’asseoir et regarder sans rien faire. D’ailleurs en temps de guerre en Côte d’Ivoire, les rebelles étaient dans le gouvernement de Gbagbo qu’ils combattaientMaintenant, s’agissant de l’UFR. Le parti a été catalogué. Nous sommes victimes de la fraude sur le terrain à chaque élection. Les gens veulent faire de notre parti ce qu’ils veulent. Les élections ne sont claires. Mais moi j’avance, je regarde devant. »

L’UFR n’a-t-elle pas sa main derrière les derniers évènements de Boffa ?

Face à cette accusation, le leader de l’UFR pense que c’est son élue qui a été plutôt attaquée à son domicile par les éléments de la mouvance. Et que ce sont les populations de Boffa s’étaient levées pour s’opposer aux mouvements de soutien à la nouvelle constitution. «Comment voulez-vous que les populations restent indifférentes et silencieuses face aux provocations des gens qui vont de ville en ville avec de l’argent pour soutenir un projet qui ne les arrangent pas ? Si les refusent, ce n’est pas une raison de s’en prendre à eux ! Pourquoi attaquer une députée qui était assise tranquillement chez elle ?

Les rapports du président de l’UFR avec son ancien député, Baïdy Aribot.

A cette question, Sidya Touré qui pense que le débat ne doit pas porter sur une personne, a d’abord refusé de répondre avant d’y revenir sur insistance des confrères : « Wade m’a dit un jour qu’en 1995 il avait 18 députés à l’Assemblée Nationale. Mais pour finir, il n’avait que 9. Mais cela, ne l’a pas empêché de remporter les élections face à Diouf… Baïdy Aribot est arrivé à l’UFR en 2011 suite aux problèmes qu’il a eus avec Alpha Condé. Les militants de l’UFR de Kaloum lui ont prêté main forte. Et cela lui a épargné la prison. Il est venu au parti et il a été élu comme député. Après, il a quitté le parti… C’est tout !

Que pense Sidya Touré du bras de fer qui oppose Damaro aux magistrats ?      

Pour l’ancien Haut Représentant du Chef de l’Etat, il est mieux de laisser chacun jouer son rôle. La justice doit jouer son rôle pour faire triompher la vérité.

Comment juge-t-il le retour des députés à l’Hémicycle ?

En ce qui concerne le « glissement » du programme et le prolongement du mandat des députés à l’Assemblée Nationale, Sidya Touré soutient que sa proposition n’avait pas été retenue. Comme quoi, les députés de l’opposition ne voulaient pas laisser le Président seul décider. « Je ne comprends pas comment les autres pays font. Même ceux qui sont en guerre organisent leurs élections à date. Nous, il a fallu trois ans dans la rue pour avoir une Assemblée Nationale, sept ans pour avoir des maires. Et pourtant on a des textes clairs… De toutes les façons, quand la date de prestation arrive, il n’y a plus de Président de la République. Le mandat sera terminé. Il n’y aura aucun glissement de programme.»  

De quels moyens dispose le FNDC pour barrer la route au troisième mandat ?

« Nous avons les moyens comme toutes les oppositions des autres pays. Rappelez-vous ! En 2001, nous avons fait le tour de la Guinée pour s’opposer à la modification de la constitution. 2006-2007, on a eu à faire la concertation sous feu général Lansana Conté. Quand les militaires sont arrivés au pouvoir, on s’est levé contre les idées qui germaient dans leur esprit… C’est Les mêmes forces vives de 2006-2007et de 2009 qui viennent d’être créées. Nous sommes en train de peaufiner notre stratégie. Autour du Président Alpha Condé, les gens s’organisent pour préparer les esprits. Ce qui anème les populations à se lever et s’opposer. Nous disons à nos militants, à la société civile aux artivistes, aux syndicats de barrer la route à tous ceux qui manifestent pour une nouvelle constitution… Nous venons de commencer. D’autres Guinéens viendront après grossir nos rangs. »

Mais la nouvelle constitution ne signifie pas forcément troisième mandat ?

« Evidemment ! Pourquoi attendre 9 ans après ? Macky Sall a réduit le mandat présidentiel juste quelques mois après son arrivée au pouvoir. Le Président Alpha devrait faire autant. Aujourd’hui, les gens distribuent de l’argent dans les quartiers pour le maintien d’un seul homme au pouvoir. C’est vrai. Toutes ces agitations de ces derniers temps n’ont autre sens que le maintien d’Alpha Condé au pouvoir. »

L’avis de Sidya Touré sur le bilan de Kassory

Le leader de l’UFR s’est abstenu sur cette question. Pour lui, tout dépend du Pr Alpha Condé. Il pense que c’est le Président qui tient tout. C’est lui le problème. « Moi, c’est la gouvernance Alpha. Kassory n’a aucune chance. Les différents gouvernements d’Alpha Condé se comportent de la même manière. On se lève, on s’assoit… Où sont les résultats ? Où sont routes ? Deux milliards pour quelles routes ? Vous quittez Conakry pour Kankan ou N’Zérékoré, il y a quelles routes ? »   

L’épineux problème d’électricité

« De tout le système d’Alpha Condé, l’électricité reste un désastre. Kaléta, cinq mois après s’est éteint. Souapiti ne sera pas fonctionnel. Quelle est la seule ville en Guinée qui est électrifiée 24/24 ? Les trois milliards de dollars dépensés pour le courant, si c’était moi, avec la moitié, j’allais électrifier toute la Guinée.  Avec bien sûr des centrales thermiques, les petits barrages et les panneaux solaires. »

En ce concerne l’agriculture, le leader de l’UFR est pessimiste. Il pense qu’il n’y a aucun chiffre à part les discours.