Sidya Touré « …Si les maires ne sont pas installés….les Guinéens n’auront plus confiance aux élections… »

juin 30, 2018 10:46
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« …Nous avons attendu huit ans pour organiser les communales et jusqu’ici nous n’avons pas les maires. Les communes sont aujourd’hui gérées par les secrétaires généraux nommés par le ministre de l’Administration du Territoire. Conséquence. Les mairies ne fonctionnent plus. C’est un vrai retour en arrière. Et si les maires ne sont pas installés d’ici là, les Guinéens n’auront plus confiance aux élections…D’ailleurs qu’allons-nous leur dire prochainement pour qu’ils aillent voter ? Les électeurs ont voté depuis cinq mois, ils n’ont toujours pas les maires… Si on veut tuer la démocratie dans un pays, c’est le meilleur moyen». Ce sont là les quelques mots chocs prononcés hier matin par le leader de l’UFR sur les antennes de la Radio Espace.

Invité spécial de l’émission « Grande Gueule », Sidya Touré a fait le tour d’horizon de la situation politique, économique et sociale de la Guinée. Sans faux-fuyant ni tabou, le Haut Représentant du Chef de l’Etat a répondu aux questions de nos confrères.

Sur la question d’actualité concernant l’assainissement, l’ancien Premier ministre de feu Général Lansana Conté, pense que ce problème avait été réglé depuis 1997 quand il était aux affaires. Cinq millions de dollars avaient été mis à disposition par les bailleurs de fonds. Et qu’ils avaient créé la SPTD pour le ramassage des ordures avec l’identification d’un site à Kagbelen. Ensuite le dossier avait été remis au gouvernorat. Il est alors surpris que vingt ans après on n’arrive pas à solutionner ce problème. Pour lui, il serait mieux de mettre en place une société chargée de ramassage d’ordures. Une société dotée de moyens logistiques tels que des camions. Ensuite vendront les citoyens.
Quant aux litiges électoraux qui ont bloqué l’installation des maires, le leader de l’UFR soutient qu’il n’y a pas de baguette magique pour résoudre cette crise. Et que cela dépend du gouvernement et du Chef de l’Etat.

Pour l’éducation, Sidya Touré n’a pas été trop expansive. Il demande de la prendre au sérieux parce que selon lui, le développement d’un pays dépend de l’éducation. Il souhaite par conséquent, que l’Etat fasse tout ce qui est possible pour la rendre performante et compétitive à l’instar de celle de la sous-région. Sinon, il trouve anormal que l’éducation soit laissée pour compte en Guinée. Voilà pourquoi il demande un dialogue franc et sincère entre les responsables syndicaux des enseignants et les autorités.

Le réajustement du prix du carburant ? Le président de l’Union des Forces Républicaines a été clair sur ce sujet. Pour lui, il serait encore mieux que les autorités freinent la corruption, la gabegie et autres gâchis. La bonne gestion, rien que la bonne gestion que de demander aux populations de serrer la ceinture. Alors selon lui, les Guinéens doivent maitriser la gestion et sécuriser le trésor public. Il soutient que la solution est globale. Et la population et le gouvernement, tous sont concernés.

La question sur la dernière intervention du général Sekouba Konaté qui l’a accusé de corruption lors de la présidentielle 2010, Sidya Touré est resté le même. Pour lui, le problème n’est pas à ce niveau. Il pense que les autorités de la transition ont empêché la CENI de donner les vrais résultats sortis des urnes. La preuve, un des commissaires avait démissionné avant la proclamation des résultats « manipulés ». Et si l’ancien président de la transition est sûr de ce dit, qu’il revienne à Conakry expliquer aux Guinéens comment il a pu changer les résultats du premier tour présidentiel en 2010.

Que pense-t-il du passage du Premier ministre à l’Assemblée Nationale ? Le Haut Représentant du Chef de l’Etat, apprend aux auditeurs qu’il na pas suivi le passage de Kassory devant les députés. Comme quoi, il était en réunion de restructuration de son parti. Mais il demande aux uns et autres d’attendre les 100 jours.

Concernant les dernières élections communales, le leader de l’UFR demande vite qu’une solution soit trouvée pour installer les maires. Il n’est pas d’accord que les élections soient tenues en février et jusqu’en juin, les maires ne soient pas installés dans les communes. Il ne supporte pas non plus que les secrétaires généraux nommés par le ministre de l’Administration du Territoire continuent à jouer le rôle des maires. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui ont fait qu’il a refusé de faire entrer son parti au gouvernement. Il profitera en outre de cette question pour annoncer aux auditeurs que l’UFR est en discussion avec le RPG pour trouver une fois pour toute la solution à ce blocage. Car selon lui, il est temps de quitter l’impasse.

Pour le fichier électoral, Sidya Touré dit qu’il mérite un examen, mais avec la participation de tous les partis. Il pense que le fichier a connu cinq opérateurs. Donc, il mérite une révision. Cela ne causera-t-il pas un retard pour les prochaines élections ? Le président de l’UFR ne trouve aucun inconvénient. Il a cité l’exemple du Mali, de la Côte d’Ivoire. Ces pays, avec tout ce qu’ils traversent comme turbulences, réussissent à organiser des élections. Donc la Guinée, selon ses dires, peut organiser les élections à temps.

Que pense –t-il d’un troisième mandat pour le Président Alpha Condé ?

Sidya Touré a renvoyé les journalistes à Alpha Condé. D’ailleurs il pense que ce ne sont que des supputations. Il faut attendre le moment venu. Ses rapports avec Baidy Aribot ? Il répond que le parti est en restructuration et qu’une décision sera prise au moment opportun. C’est « le parti qui tranchera ». Si le deuxième vice-gouverneur est UFR ou nom. Il a aussi rejeté du revers de la main les rumeurs faisant croire que Baidy Aribot aurait permis le rapprochement entre le Alpha et lui(Sidya Touré) « …Je suis le seul leader politique en Guinée qui connait mieux Alpha Condé…Je n’ai pas besoin d’intermédiaire… ! », tranchera-t-il.

Concernant le volet agriculture, le Haut Représentant Chef de l’Etat regrette le désintérêt que les Guinéens ont pour ce secteur porteur. Pour lui le problème de l’agriculture reste entier. Et pourtant, soutiendra-t-il, c’est un secteur pourvoyeur d’emploi où évoluent les 70% de la population. Il souhaiterait qu’une attention particulière soit portée sur l’agriculture. Voilà pourquoi il a proposé la relance de la filière coton ainsi qu’un plan de relance pour l’anacarde. Mais hélas ! Aucune réaction du côté des autorités. « En Guinée, on ne prend pas l’agriculture au sérieux… Il faut créer par exemple un conseil de Coton, un conseil d’anacarde pour cerner et garantir les prix aux paysans. L’Etat doit assister les paysans… »

Enfin pour l’électricité, Sidya Touré reconnait la capacité des barrages en construction. Mais seulement il y a un hic selon lui : le transport du courant de la Basse-Guinée en Haute-Guinée et en Guinée-Forestière. Pour dire que le transport du courant coûte plus cher que la construction d’un barrage. Il demande alors la gestion correcte au niveau de l’EDG