Sortie de Kaloum pour la banlieue: un itinéraire à risque pour les usagers très matinaux

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Il est indéniable que Kaloum, le cœur même de la vie politique, administrative et économique du pays, est la commune la plus sécurisée d’entre toutes. C’est un fait évident qui apaise et rassure. C’est ainsi que, sans crainte et sans appréhension aucune, des milliers d’usagers fréquentent au quotidien et à toute heure, cette belle presqu’île, prototype réel de mégapole moderne. Kaloum est tracée en damier, avec des avenues et boulevards qui se coupent à angle droit et deux corniches qui la ceinturent, sans compter les diverses infrastructures et autres commodités qu’elle offre à ses nombreux habitants et visiteurs.

Mais, hélas, ce cadre de vie confortable et sécurisant qu’on ne retrouve nulle part ailleurs dans le pays, est en train de se ternir suite à des comportements inqualifiables de transporteurs indélicats qui détroussent leurs passagers aux premières heures du jour, à la sortie de la ville pour la banlieue. Les lieux de prédilection pour la commission de leurs forfaitures sont la corniche sud, derrière le Palais du Peuple et sur le côté opposé, à hauteur du fromager qui borde la terrasse du même Palais, peu avant le jardin 2 octobre.

Jusque là, deux informations vérifiables nous ont été rapportées qui méritent d’être connues. La dernière en date remonte au mois de mai. La victime est madame D M B. Cette jeune dame éprouve encore de la peine à évoquer ce douloureux souvenir qui la hante au plus profond de son être, surtout qu’au final, son fils, un jeune étudiant en deuxième année licence droit n’avait pas survécu à sa maladie après une série de tribulations et d’intenses souffrances : « ce jour là, j’étais au chevet de mon enfant, gravement malade, hospitalisé dans une clinique, du côté du camp Samory. Son état nécessitait des soins assidus. Nous avions donc passé toute la nuit à le veiller jusqu’aux premières lueurs de l’aube où nous avons connu un petit répit. C’est alors que j’ai décidé, en accord avec le personnel soignant, de me rendre rapidement à la maison, à Coléah Domino, pour ramener quelques effets servant à l’entretien du malade. Après un long moment d’attente à chercher un taxi du côté du camp, je me suis rendue plus bas, sur la route du Niger.  Là, je n’ai pas tardé à trouver un véhicule en partance pour la banlieue et me suis embarquée sans remarquer quoi que ce soit de particulier, concernant le véhicule ou ses éventuels occupants. Je n’ai pas non plus échangé avec le chauffeur qui s’est juste contenté de m’ouvrir la portière avant, sans dire un mot.  Ce n’est que lorsqu’il a pris le départ que j’ai compris que j’étais sa seule passagère et je me trouvais assise à côté de lui. De prime abord, cela ne m’a pas dérangée outre-mesure. Nous avons donc roulé ainsi tranquillement, jusqu’en face du Palais du Peuple. Et c’est seulement là, quand le chauffeur a viré à droite pour se diriger vers la corniche sud qu’un certain doute a traversé mon esprit. Comme  un sixième sens que les hommes estiment être très marqué chez les femmes!

Mon conducteur nous plongeait littéralement dans le noir. On ne distinguait rien. il faisait encore obscur et la  circulation était quasi nulle. Et c’est pendant que ces idées tournaient dans ma tête que l’invraisemblable s’est produit. Dès après le rond point, le chauffeur a subitement arrêté le véhicule, avant le premier portail du Palais. Il s’est tourné alors vers moi avec un couteau qu’il a pointé sur ma gorge, m’intimant de lui donner, rapidement et sans broncher, tout ce que j’avais sur moi. Surprise et apeurée, j’ai vite obtempéré sous la menace. Je lui ai remis mon portefeuille contenant trois portables, dont deux m’appartenaient en propre et le troisième au malade et plus d’un million de nos francs, qui devait servir à couvrir des frais d’ordonnances et autres prestations connexes. Ledit portefeuille était emmailloté dans un paquet de vêtements de mon enfant que j’envoyais laver. Je n’avais en mains que de la petite monnaie représentant le prix de la course. Juste pour éviter d’éveiller une quelconque tentation ou convoitise chez des personnes que je pouvais croiser à cette heure aussi matinale. Mais, au final, toutes ces précautions n’avaient pas suffi à m’éviter de tomber dans ce traquenard.»

A la question de savoir pourquoi elle a cédé à la menace du chauffeur-détrousseur, la réponse est sans ambages : « veuillez accepter, juste un instant, de vous mettre à ma place. Que vouliez-vous que je fasse en pareilles circonstances? La scène est tout à la fois, facile à décrire et difficile à vivre. Tenez, c’est l’aube. Je suis assise dans un véhicule, à côté d’un homme qui me menace de mort à l’aide d’un couteau pointé sur ma gorge. Il n’y a pas d’éclairage public, pas de témoin, aucun secours à espérer. Je suis stressée à cause de la maladie de mon enfant hospitalisé. J’ai envie de vivre pour lui, de l’aider à  guérir, à se développer. Ces choix m’ont  poussé à renoncer à toute idée de crier ou de résister. A-t- on pensé d’ailleurs, à ce qui aurait pu arriver, si j’avais dit non à mon agresseur ?

Ce dernier, après sa forfaiture, m’a dit de descendre du véhicule et il est reparti aussitôt, en trombe, sur le même itinéraire, me laissant seule et dépossédée de tout ce que j’avais, quelques instants plutôt.  

Madame D M B dira, sur un ton empreint d’émotion et de rage contenue, que ce qui la chagrine, c’est moins la perte des biens et valeurs que le deuil qui a frappé sa famille, suite au décès de son enfant, survenu quelques jours après cette douloureuse épreuve. Elle précise que le récit de son odyssée lui ayant été rapporté sur son lit de malade, il en avait  été profondément affecté. Pour elle, il est mort avec ce regret enfoui au fond du cœur.

Ce chauffeur qui a dépouillé cette dame, ne peut pas se glorifier de son acte. Quand il va se regarder dans le miroir et se remémorer son comportement face à une femme qui, au demeurant, lui a fait confiance pour monter à bord de son véhicule. S’il lui reste encore une once de dignité et de morale, il ne peut pas être fier ou heureux d’avoir engrangé un tel butin fait d’habits d’un jeune étudiant innocent qui pourrait être son fils et de portables et numéraires arrachés dans la traîtrise et la violence gratuites. L’on éprouve de la honte pour quiconque commet pareil forfait. C’est l’une des pires vilenies qu’un homme supposé normal peut perpétrer contre son semblable, surtout une femme.

Ce récit d’une rare intensité est une complainte qui doit inspirer les uns et les autres à se montrer très vigilants pour barrer la route à de tels agissements qui heurtent la morale et choquent la conscience. D’ailleurs, ce n’est pas la seule fois que pareil évènement est signalé sur cette sortie de Kaloum vers la banlieue, au petit matin. Il y a un peu plus de deux ans, une jeune journaliste de la RTG avait elle aussi été victime d’un cas presque similaire. Pour elle, le traquenard monté avait fait intervenir un complice embarqué à bord du véhicule. C’était peu avant la fête de la tabaski. Elle voulait se rendre auprès de ses parents à l’intérieur du pays. Elle avait préparé une valise contenant des cadeaux à offrir à sa mère. De bonne heure, elle s’embarque à Tombo pour rejoindre Madina. Le taxi emprunte la route  qui conduit au 8 Novembre. Juste à hauteur du fromager situé après la rentrée principale du Palais du Peuple, le chauffeur prétexte une panne et immobilise son véhicule. A l’aide de son complice assis à l’arrière, il brandit un couteau et débarque sa passagère, sans ses colis (valise et effets personnels). Cette dernière avait quand même eu le réflexe de relever le numéro, lequel avait été aussitôt transmis à la sécurité routière. Une enquête avait été annoncée. Qui n’a rien donné jusque maintenant.

Pendant ce temps, le chauffeur-détrousseur et son complice courent toujours. Et qui peut assurer que ces deux quidams se soient assagis entre-temps. L’appétit vient en mangeant, dit-on. A force d’accumuler des butins sans trop de risques, il faut plutôt s’attendre à ce que ces malfaiteurs continuent leur sale besogne. Surtout que leurs ‘’gibiers’’ de prédilection semblent plutôt se compter parmi la gent féminine.

Qui a dit que l’impunité encourage la récidive. Il faut vite retrouver ces misérables et mettre fin à leurs turpitudes !