Tension entre Paris et Conakry : Jean-Yves Le Drian, une diplomatie sans langue de bois

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Lors de sa récente sortie, dans laquelle il faisait état de la préoccupation de Paris sur la crispation politique autour du projet de troisième mandat, qui prévaut en Guinée, le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian a mis le doigt là où ça fait mal.

Le patron du Quai d’Orsay n’est pas allé du dos de la cuillère pour émettre des réserves sur le projet controversé de changement constitutionnel, devenu l’unique obsession de la majorité présidentielle.

Jean-Yves Le Drian qui était donc en audition devant la commission des Affaires étrangères à l’Assemblée nationale, mercredi dernier, a déclaré je cite: « nous sommes aujourd’hui particulièrement soucieux de la situation en Guinée et nous appelons à l’apaisement».

Puis d’ajouter dans la même lancée, « nous sommes très attentifs avec nos partenaires à l’apaisement en Guinée ».

Le chef de la diplomatie française ne manquera pas de préciser que « c’est la situation la plus sensible aujourd’hui (dans la région) et l’engagement du président Alpha Condé à demander une réforme de la Constitution ne nous paraît pas être obligatoirement partagé ni par sa population ni par ses voisins », a-t-il fait remarquer. Ces propos rapportés par l’AFP, n’étaient bien évidemment pas de nature à plaire à ceux qui s’accrochent à cette chimère.

En portant un regard acéré sur les violences engendrées par la crise générée par l’épineuse question de présidence à vie, Jean-Yves Le Drian met les pieds dans le plat.

Il est d’ailleurs réputé pour ne pas faire dans la langue de bois diplomatique. Avec ce  précédent qu’il faut rappeler, lorsque M. Le Drian avait eu le front de contester les résultats de la présidentielle qui s’est déroulée en décembre 2019 en République Démocratique du Congo (RDC). Allant jusqu’à  qualifier ces résultats de ‘’compromis’’ à l’africaine.

Cette prise de position avait choqué Kinshasa, mais la vérité est que le patron du Quid Orsay n’avait pas tort.

Car même l’église épiscopale du Congo avait eu le même avis. Même si finalement les puissances occidentales fermeront les yeux sur cette entorse faite aux bonnes mœurs démocratiques, à la faveur de laquelle Etienne Tshisekedi fut porté à la tête de l’Etat congolais.

Sonné sans doute par les critiques de M. Le Drian, Conakry n’a pas tardé à réagir. C’est ainsi que le ministre des Affaires étrangères Mamady Touré va dans un communiqué publié jeudi,  prendre le contresens de la version avancée par le  chef de la diplomatie française.

Rappelant que le président Alpha Condé a décidé de soumettre ce référendum à son peuple parce que des consultations préalables se sont soldées par un avis favorable à ce projet de changement constitutionnel.

Et que les choix qui se feront lors du vote, ‘’tiendront compte dans la transparence et l’équité de la volonté du peuple seul souverain de ses engagements internationaux’’, selon lui.

Une manière pour le chef de la diplomatie guinéenne de rassurer nos partenaires étrangers.

Il faut toutefois reconnaître que cette sortie de Jean-Yves Le Drian a été saluée par les opposants au troisième mandat, qui applaudissent des deux mains.

Espérant que cela aura un effet domino au sein des institutions africaines, notamment l’Union africaine et la Cédeao, qui pour le moment préfèrent faire dans le mutisme. Alors que le pays est en train de s’enfoncer dans un bourbier, à mesure que les jours passent.

A preuve, le compteur est déjà à une trentaine de morts, tués par balles, depuis que le Front national pour la défense de la constitution (Fndc) a lancé ses manifestations anti-troisième mandat le 14 octobre 2019.