Tortures à l’Escadron de Hamdallaye : A la barre, l’ancien gouverneur Resco nie tout

avril 23, 2018 7:21
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« Je m’attendais plutôt à un remerciement que d’être à la barre»

Plusieurs fois reportés pour diverses raisons, les débats dans le procès des officiers poursuivis pour « torture en 2010 »  sur une quinzaine de personnes accusées de « caillassage » du cortège du président de la transition le général Sékouba Konaté, se sont finalement ouverts ce lundi 23 avril devant le tribunal criminel de Dixinn. Les avocats ont déploré « le manque d’acte de saisine » dans le dossier. Mais, « la vice de forme » qu’ils ont soulevée n’a pu empêcher l’ouverture des débats.

A la barre, le chef de bataillon Sékou Resco Camara, gouverneur de la ville de Conakry en 2010, a nié les faits de torture, racisme, régionalisme et ethnocentrisme. «Je ne connais pas où ces jeunes ont été arrêtés. Quand j’ai appris qu’ils ont arrêté des citoyens qui ont attaqué le cortège du président, je me suis rendu à la gendarmerie de Hamdallaye où j’ai trouvé De Gaulle ( feu commandant Aboubacar Sidiki Camara, alors Aide de camp du général Konaté, NDLR ) avec des jeunes dont certains étaient déshabillés », a indiqué l’ancien gouverneur, pourtant accusé d’être l’un des instigateurs de l’arrestation et de la torture de ces jeunes dans l’escadron mobile de Hambdallaye.

« J’ai trouvé De Gaulle à l’entrée de l’escadron. Il m’a expliqué les faits. J’ai dit que même si le cortège présidentiel a été attaqué, je m’en vais quand même supplier le président pour la libération de ces jeunes », a poursuivi l’accusé. Selon lui, il s’est rendu immédiatement chez le président de la transition. Là, il a trouvé Tibou Kamara, alors ministre d’Etat, Secrétaire général de la Présidence chez le général Sékouba Konaté. Quand il a abordé le sujet avec le président, Tibou est intervenu pour, lui aussi, demander la libération des jeunes. « Je suis revenu à la gendarmerie pour dire à De Gaulle que le président a donné son accord pour la libération des jeunes. Il n’a pas accepté de les libérer. J’ai téléphoné au président, mais il n’a pas décroché mon appel. J’ai dû passer par un autre élément de la garde présidentielle pour parler avec le président. Sur place, De Gaulle a reçu un appel, et il a dit : ‘’ ordre reçu ! ’’ Dès qu’il a dit cela, j’ai quitté. Je ne sais pas maintenant s’il les a immédiatement libérés ou s’il l’a fait après… »

«  Pour apaiser la situation »

Mais pourquoi agir pour libérer des gens qui se sont attaqués au cortège présidentiel ?  A cette question de la défense, l’accusé a répondu : « je l’ai fait pour apaiser la situation. Ce jour ( le 23 octobre 2010),  la ville était en sang, il y avait des manifestations partout dans les cinq communes.» Le commandant Sékou Resco Camara a aussi indiqué qu’il ne pouvait pas se permettre de discuter de la libération de ces jeunes avec De Gaulle. « Le connaissant, je ne pouvais pas m’entendre avec lui. C’est pourquoi j’ai préféré aller supplier le général pour leur libération », a-t-il dit.

As-tu tenu un discours tendant à favoriser une ethnie ou une région ? « Non », a répondu l’accusé à une question de Me Mohamed Traoré, l’un de ses avocats.

Peu convaincu, le Procureur a estimé que le fait d’aller chez le président de la transition n’est qu’une façon pour l’accuser d’amuser la galerie. Mais, en attendant la suite des débats prévue pour le 25 juin prochain,  il se réserve de développer sa réfutation de la version des faits de l’accusé. En tout cas, Sekou Resco Camara croit avoir contribué à l’apaisement de la situation de l’époque.

«Je m’attendais plutôt à un remerciement que d’être ici à la barre », estime l’ancien gouverneur.

«  Il a ordonné de donner 100 coups à chacun de nous »

Le gouverneur a dit ne pas savoir si les victimes – des commerçants, des passants, des artisans arrêtés par les éléments de la garde présidentielle suite au  passage du cortège présidentiel – ont été torturés ou pas. Son argument : il n’était pas avec eux, ni  au lieu de  leur arrestation, ni à la gendarmerie. Mais plusieurs victimes qui ont assisté à l’audience ont contredit le gouverneur au sortir de l’audience. «D’abord, ce jour, il n’y avait pas de manifestation à Conakry. Et, quand il est venu à l’escadron, il a ordonné qu’on donne à chacun de nous 100 coups de fouet », a indiqué Mamadou Bilal, l’une des victimes…