TPI de Kaloum : plus de trois ans après les faits, une femme révèle comment elle a tué son mari

0
881

Le tribunal criminel de Kaloum a lancé ce mercredi 03 juin sa session criminelle d’urgence. Avec le double objectif de juger des accusés en détention préventive depuis au moins trois ans et de désengorger la Maison centrale en cette période de crise sanitaire. Au rôle de l’audience de ce mercredi, une seule affaire. Celle de dame M’Mah Camara, une marchande de 36 ans poursuivie pour le meurtre en février 2017 de son mari.

Poursuivie pour « coups et blessures volontaires exercés sans intention de donner la mort, mais l’ayant cependant occasionnée », M’Mah Camara a reconnu les faits. Tout en précisant que c’est son défunt mari – qu’elle regrette d’ailleurs sa mort – qui s’est introduit sur le couteau alors qu’il cherchait à la battre.

 « Ce jour, mon mari était rentré dans une colère noire parce que je suis allée à une cérémonie de mariage sans son autorisation préalable. Quand je suis revenue, il m’a battue en me donnant des coups de poing et de pied. Les voisins sont venus le calmer. Mais quand ils sont partis, il est revenu me battre. Il m’a même étranglé et j’ai failli mourir. Les gens sont venus aussi lui demander de me laisser maintenant tranquille. J’étais presque nue, en train de pleurer dans la chambre. Il était toujours en colère et il est revenu prendre la planche à laver en disant qu’il va me battre à mort. A deux reprises, il m’a frappée avec la planche. J’ai alors pris le couteau pour le menacer. Malgré cette menace, il a voulu se jeter sur moi. Au même moment, perturbée par les coups qui pleuvaient sur moi, j’ai cherché à sortir en courant. C’est ainsi que le couteau l’a transpercé sous son bras. Quand il s’est couché, je me suis approché de lui pensant qu’il s’est évanoui. C’est ainsi que j’ai constaté le sang sur lui. J’ai alors commencé à appeler à l’aide ; j’ai compris que j’ai blessé mon mari. Je suis sortie pour aller chercher un taxi en vue de l’évacuer à l’hôpital. Je voulais aller avec lui à l’hôpital. Mais les gens m’ont conseillée de rester… C’est à l’hôpital qu’il est décédé. Après, des agents de la DPJ sont venus m’arrêter », a expliqué, en substance, l’accusée.

Durant ses explications, M’Mah Camara a indiqué qu’il n’avait jamais eu de problème auparavant avec son mari. La veille de la bagarre, on a même eu du rapport sexuel. « Je ne sais vraiment pourquoi il était aussi en colère. Quand je partais à Yimbaya (pour la cérémonie de mariage), j’ai laissé une commission pour l’informer que je partais à une cérémonie de mariage pour revenir le soir… »

Le procureur a noté la bonne foi de l’accusée. Pour lui, l’infraction est fondée, même si l’intention n’est pas là. Il a alors demandé qu’elle soit condamnée à cinq ans de réclusion criminelle.

La défense, elle, a jonglé entre l’inexistence de l’infraction – puisqu’il n’y a pas d’intention –, la légitime défense et la clémence du tribunal. « Si par hasard, vous estimez que vous devez condamner, condamnez-la au temps mis. Depuis qu’elle est allée en prison (en février 2017), elle n’a jamais vu ses enfants », a plaidé la défense.

La juge Hadja Mariama Doumbouya a donc condamné l’accusée à trois ans quatre mois, soit le temps déjà passé en prison par M’Mah Camara.