Tremblement de terre de Koumbia : 36 ans après le drame, des sinistrés de Kamelé font des révélations sidérantes

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Nous sommes en fin d’année 1983, précisément dans la nuit du mercredi à jeudi 22 décembre. C’est alors qu’un violent séisme de magnitude 6,3 sur l’échelle de Richter se produit dans la localité de Koumbia, située dans la préfecture de Gaoual, à l’extrême nord-ouest du pays.

Ce tremblement de terre avait  fait près de 300 morts et des milliers de blessés. Les dégâts matériels avaient été aussi considérables. Toutes les explications plausibles avaient été données à ce phénomène naturel : « colère des génies, bombe atomique, attaque de mercenaires, la fin du monde avait sonné ».

Le décès du président Ahmed Sékou Touré trois mois plus tard, a chamboulé la gestion de la catastrophe. Plusieurs dons destinés aux sinistrés n’ont jamais atteint les bénéficiaires. Trente six ans après ce drame, la rédaction de Guinéenews© a effectué un déplacement à Kamelé dans la sous-préfecture de Koumbia à Gaoual, située à plus de 400km au nord de Conakry, pour comprendre tous les contours liés à cette catastrophe naturelle.

Dans ce reportage, nous allons vous faire découvrir  ce qui n’a jamais été dit sur ce tragique événement. Des survivants, à travers des témoignages poignants, nous font revivre  ce séisme et font des révélations sur les présumés détournements de l’aide internationale qui leur était destinée.

Témoignages de certains survivants de la localité de Kamelé, l’épicentre du séisme

Le village de Kamelé situé à 8km au nord de Koumbia a été l’épicentre du séisme dont les secousses ont été ressenties dans plusieurs régions du pays. Selon le document d’observations sismologiques du tremblement de terre de Guinée, « la zone affectée est constituée par un socle métamorphique très diversifié, affleurant en quelques boutonnières et recouvert par des séries sédimentaires principalement argilo-gréseuses d’âge protérozoïque à Dévonien. La région ne comporte pas de relief marqué, à l’exception d’une falaise de grès orientée Nord-Sud de 30 mètres de hauteur ».

Dans le village, les stigmates du séisme sont encore visibles avec des bâtiments en ruines marqués de larges fissures. D’énormes blocs de pierres qui se sont détachés de la falaise, jonchent également les périphéries de la localité.

Avant l’arrivée des experts, plusieurs versions ont été données par les populations locales pour expliquer ce phénomène.  « Ceux de Tanda avaient dit que ce sont les génies qui seraient en colère. Certains ont dit que ce sont des mercenaires qui ont attaqué le village. Un ancien combattant lui, dira que c’est la déflagration d’une bombe. Un enseignant de la localité indiqua pour sa part que c’est un tremblement de terre qui allait engloutir la terre dans l’eau ».

Sadjo Kondjira, âgé de 51 ans est l’actuel 4ème  vice-maire de la commune rurale de Koumbia. A l’époque il avait 17 ans et vivait auprès de ses parents à Kamelé, il se souvient encore de cette nuit d’enfer.  « Cette nuit, je ne dormais pas. Aux environs de 4h du matin, un vent frais souffla, quelques minutes après, la terre trembla de façon brusque. C’est comme si on saisissait un manguier, on tire puis on lâche. C’était un véritable choc. Je suis sorti de la maison, ça criait partout dans le village, j’étais inquiet de l’état de mes parents. Dans la plupart des concessions, les murs étaient tombés sur les occupants et beaucoup d’enfants y ont perdu la vie », a-t-il témoigné.

Mamadou Saïdou Camara, 62 ans, ajoute: « ce fut un grand bruit (une sorte de détonation) vers le village de Kounsibamba vers l’Est qui a précédé le tremblement de terre. Puis, un vent frais a envahi le village. Le séisme suivra. A l’ouest du village à Goumbambé, un rocher se détacha de la falaise et tomba sur deux arbres et créa un cratère où depuis l’eau commença à couler pour former un marigot. L’onde de choc entre les pierres sur la falaise incendia les herbes ».

Thierno Mamadou Oury Diallo, 70 ans, imam actuel de la localité,  était à l’époque des faits le secrétaire général de la JRDA (jeunesse révolutionnaire démocratique africaine) de Kamelé et il avait été un collaborateur de terrain de l’équipe d’experts, il revient sur le constat :  » une faille de 50 centimètres de large et de plusieurs kilomètres de long s’était créée à l’Est du village. Les experts Blancs nous ont demandé de couper des bambous qui ont été liés les uns aux autres pour sonder la profondeur de la faille. Nous avons utilisé 30 bambous qui n’ont jamais atteint le fond.

L’équipe est revenue sur la falaise pour comprendre l’impact des secousses. J’ai vu un Blanc prendre une pierre puis il a dansé de joie. Son collègue lui dit d’arrêter, que  ce n’était pas le moment. L’intéressé a mis la pierre dans son sac. Une autre commission était chargée de recenser les victimes et les habitations détruites », se souvient notre interlocuteur.  Les rochers de la falaise ont englouti  habitations et bétails.

Difficultés dans l’organisation des premiers secours

Sur la gestion de cette crise humanitaire, les premiers secours ont mis du temps pour arriver sur les lieux. Sadjo Kondjira précise à ce propos : « il a été observé qu’un tremblement de terre s’est produit en Guinée. Mais, faute de moyens de communication, il n’a pas été compris à temps la localité impactée.

Dans la matinée du séisme, une solidarité locale s’est constituée pour retirer les corps et les blessés sous les décombres. 25 corps ont été retrouvés et inhumés pendant la journée du 22 décembre 1983. Trois jours après, les agents de la Croix-Rouge malienne ont été les premiers secouristes à arriver ici. Ils se sont occupés des blessés. Des tentes sanitaires ont été installées à Koumbia pour prendre en charge les blessés. Des hélicoptères français ont transporté d’autres blessés à Kamsar ».

Cynisme et zèle des autorités locales d’alors et intervention du président Sékou Touré

Autre enseignement à tirer de cette catastrophe, comme l’a révélé Mamadou Bhoye Kéita, un vieil homme de 70 ans, c’est que les autorités de Koumbia avaient à la veille du sinistre sommés les populations à payer l’impôt de capitation.

« Je me souviens qu’à la veille de ce drame, les autorités de Koumbia (Demba Djouriya, Elhadj Abdoulaye, le général, Diallo pharmacie) au cours d’une réunion ici, nous avaient menacés  de payer la norme en totalité d’ici le lendemain sinon qu’on allait tous être chassés du village. Nous avons dit au fond du cœur que c’est Dieu qui est le plus Puissant. Quelques jours après le séisme, le président Sékou Touré est venu à Koumbia pour rendre visite aux blessés. Sur place, une autorité locale de l’époque a rassuré le président que malgré ce phénomène, la totalité de la  norme sera payée à Koumbia. En réponse, c’est ce jour que le président a décidé de mettre un terme au paiement de cet impôt sur l’ensemble du territoire national », a rappelé notre interlocuteur.

Des promesses de l’Etat toujours en attente de réalisation

Des dispositions pour améliorer les conditions de vie des sinistrés ont été envisagées, mais, malheureusement les promesses n’ont pas été concrétisées.

 » Nous avions proposé à l’époque de nous réinstaller ailleurs car tout le monde avait peur des répliques. Cela n’a pas été fait. Selon les propositions de l’État, une maisonnette de deux chambres et salon allait être construite à la place de chaque case tombée. Mais à notre grande surprise, chaque père de famille a reçu juste le montant de 700 Sylis, l’équivalent de 4 sacs de ciment à l’époque. Cela a été une déception. Nous avons utilisé ce montant pour acheter du riz. Chacun a décidé de reconstruire sa case en mettant des bambous comme support des murs puis mettre la boue dessus. Après la mort de Sékou Touré, les dons ont cessé d’arriver », explique Mamadou Djouhé Kondjira, âgé de 87 ans.

En Guinée, la Croix-Rouge a commencé ses interventions dans le pays par Kamelé. Pour immortaliser cette action, un monument avec le symbole de l’organisation a été réalisé dans ce village. Récemment, un cadre de Koumbia a arraché le logo sur le monument pour le garder chez lui, nous apprend-t-on.  Aujourd’hui, les citoyens de Kamelé attendent toujours la concrétisation des promesses pour remplacer les cases par des bâtiments en dur. Ils souhaitent que leur village devienne un centre touristique qui pourrait drainer des visiteurs.