Vente de terrains à Coyah : Plongée dans un univers anarchique

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Située à l’entrée de la capitale, dont elle constitue désormais un prolongement, la préfecture de Coyah,  est la nouvelle attraction des populations en quête de calme et de villégiature. Cet attrait pour cette localité qui n’est qu’à 50 kilomètres de Conakry, se ressent sur le prix des domaines qui se vendent désormais à prix d’or.

« Il ne se passe une semaine que de nouvelles familles ne s’installent à Coyah », révèle la Direction préfectorale de l’urbanisme et de l’habitat.

Ajoutant que ‘’plusieurs hauts cadres, fonctionnaires, commerçants, hommes d’affaires et bien d’autres y ont leurs constructions.’’

Un business juteux

Ainsi  pour trouver de nos jours un terrain avec un prix raisonnable, même dans les périphéries de ces trois sous-préfectures de Coyah que sont Maneah, Wonkifong et Kouriah, il faut se lever de bonheur.

Parfois l’achat d’une parcelle peut vous conduire devant les tribunaux, à cause des arnaques qui entourent ce business juteux.

D’après les enquêtes menées auprès des autorités et des démarcheurs qui sont des acteurs clés de ce commerce, une parcelle à Coyah centre se négocierait entre 100 et 150 millions de francs guinéens, et 50 à 90 millions dans les sous-préfectures avoisinantes.


Pour avoir donc une parcelle de nos jours à Coyah, sans être drainé devant les autorités après le deal, il vous faut surmonter obéir à un certain circuit.
Le vieux ISSIAGA SOUMAH, un autochtone, maîtrise bien le processus,  et a tenu à nous expliquer ce qu’il faut comme procédure.

«  Il faut d’abord rencontrer les pré-démarcheurs qui vous parlent de la disponibilité d’un terrain et assurer leurs frais de déplacements  qui se négocient entre 300 à 400 mille, ensuite les démarcheurs qui vont vous conduire auprès des chefs de secteurs ou les intermédiaires entre le propriété et les clients. Là encore, vous devez laisser une somme d’argent de plus de 500 mille, chez l’intermédiaire ou  le chef de secteur, on va vous demander le droit de se déporter sur le terrain. Après avoir vu les limites et l’emplacement du terrain, on vous parle  d’autorisation du chef de secteur à l’achat d’un terrain dans son secteur. C’est après cette étape qui va vous coûter  500 mille francs guinéens par parcelle, que le véritable processus avec le propriétaire et les autorités concernées à tous les niveaux va démarrer », selon notre interlocuteur.

Une véritable source de conflits

Selon des chefs de quartiers rencontrés, plusieurs familles se sont déchirées  à cause des conflits domaniaux, et qu’il ne se passerait pas une semaine, sans qu’il n’y ait des blessés quelque part suite à des affrontements autour d’un domaine familial.

En 2018, la vente d’un domaine avait suscité entre la famille Youlatah de Yelimengueyah et une autre de Wonkifong un conflit qui fit plusieurs blessés et des dégâts matériels importants. Jusqu’à nos jours, ces deux familles se regardent en chiens de faïence et les séquelles sont encore visibles, apprend-on.

A Gomboyah, un autre différend avait fait des morts en 2017 et des blessés graves avec amputation des membres de certains, ce qui les a rendus infirmes aujourd’hui.

Des frères s’assignent devant les tribunaux, sans considérer les liens familiaux. D’autres également vendent illégalement les terrains des autres sans aucune morale.


Seydouba Camara, un jeune âgé de 28 ans et étudiant en médecine d’alors, est malheureusement devenu aujourd’hui un handicapé, amputé d’un pied et d’un bras, à cause d’un conflit domanial. Il se souvient de ces douloureuses circonstances qui lui ont fait perdre ses membres.

« C’était en 2013, lorsqu’on venait de perdre notre père, après juste 2 semaines des cérémonies funèbres, notre oncle paternelle Ciré Mady Camara a débarqué avec une équipe de l’habitat pour lotir et vendre les terrains de notre père, pendant que nous, nous étions encore assis sur un cadavre chaud. Lorsque nous avions appris cette mauvaise nouvelle qui consistait à dilapider notre unique héritage, toute la famille s’était levée pour les empêcher de vendre ce terrain à bananeraie, non loin du Groupe scolaire Olivier. Ainsi on partait faire chaque jour la garde sur le terrain avec mes frères. Un jour, ce monsieur a débarqué brusquement avec des loubards et il y a eu accrochage entre nous, faisant des blessés graves. L’un de mes frères, Ciré Mady, homonyme même de mon oncle a succombé à ses blessures à l’hôpital préfectoral de Coyah le 17 juin 2013. Certaines personnes  auraient dit à mon oncle,  que la personne à éliminer était moi puisque c’était moi qui étais universitaire par conséquent, c’est moi qui incitais mes frères à la résistance. Je connaissais les procédures judiciaires et les documents y afférents. Il est donc passé par les pouvoirs mystiques pour me jeter ce mauvais sort, avant de confirmer à la prison de Beleton de Coyah, quelques jours avant sa mort. Mais c’était déjà trop tard et il ne pouvait plus ramener mes membres », tel est ce témoignage pathétique que cet ancien étudiant en Médecine a confié à notre reporter.

Des groupes « mafieux » contrôlent le secteur en toute impunité

A coyah, certains chefs de secteurs en connivence avec d’autres personnes corrompues lotissent et vendent des terrains, sans le consentement du vrai propriétaire, à plusieurs personnes. Comme c’est le cas à Lefouredha, à Maneah, Gombayah, Kouriah, Bananeraie, Friguiadi, Bentourayah, pour ne citer que ces quartiers que nous avons sillonnés.

Un cadre de la Banque centrale résidant actuellement dans la sous-préfecture de Wonkifong, raconte sous l’anonymat les difficultés qu’il a rencontrées dans l’acquisition de son terrain.

« J’avais d’abord acheté avec tous les documents en 2016, après 2 ans une équipe a débarqué avec les bulldozers pour démolir nos bâtiments. A l’issue d’une longue négociation, nous étions obligés de racheter les mêmes parcelles avec d’autres visages, car le premier avec qui nous avons acheté était porté disparu. En 2019, un autre individu est encore venu avec des menaces de démolition, nous avons encore payé 12 millions chacun. »

L’agriculture affectée par la vente anarchique des parcelles

Tous les espaces se vendent à Coyah, les terres fertiles propices à l’agriculture sont loties et vendues, en bas des montagnes, même les basfonds ne sont pas épargnés.

D’après la Direction préfecture de l’agriculture, « à allure où vont les choses, l’agriculture sera complètement bafouée voire inexistante dans la préfecture, les années à venir. Car la rage de vendre les terrains pour vite s’enrichir, ravage tout sur son chemin sans prévision et analyse positives »,  nous a-t-on confiés.

« Les propriétaire terriens préfèrent vendre leurs terrains que de faire ou laisser faire l’agriculture. Ils pensent que cette activité ne rapporte rien et surtout ça prend inutilement du temps », déplore un cadre de la Direction préfectorale de l’habitat, sous anonymat.

Pour preuve, 34 hectares qui servaient de terres agricoles  pour les paysans de Mangata et à Kakoulimaya ont été lotis et vendus, plongeant les agriculteurs dans la misère. Partout où nous sommes passés, le constat est reste le même. Au niveau environnemental, des  arbres sont abattus sur les terrains vendus ou en perspective d’être vendus.

Les chefs religieux tirent la sonnette d’alarme

Pour freiner tout ce qui arrive négativement dans le commerce des terrains à Coyah, le pasteur SAA DAVID TINGUIANO et L’IMAM MOHAMED BANGOURA lancent un appel à l’État d’intervenir avec beaucoup de vigueur, afin d’éviter des effets collatéraux incalculables à la localité.

Mais malgré quelques efforts consentis par l’État, en créant des postes spéciaux de Direction préfectorale de l’urbanisme et de l’habitat, gérés par un détachement de la gendarmerie nationale à Coyah et dans les sous-préfectures, la mafia continue de la plus belle des manières.