Wanindara, les enquêtes annoncées, l’audio attribué à Halimatou Dalein, les accusations du RPG, Gaoual descend le gouvernement en flèche

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«… Nous ne croyons plus en la justice guinéenne parce qu’elle a très longtemps gardé le silence. Il faut solliciter et obtenir l’assistance du Haut Commissariat des Droits de l’Homme pour nous aider à avoir un procureur qui viendra épauler les procureurs et les juges guinéens pour aider  à la manifestation de la vérité. »

Ces derniers jours, Conakry a vécu  des violences inouïes dans sa haute banlieue. Les crimes et violences commis sont autant horribles que le gouvernement et l’opposition se rejettent les responsabilités. Pour comprendre cette situation, Guineenews a interrogé le dimanche 11 novembre, le chargé de la communication par intérim de l’UFDG, principale formation politique de l’opposition guinéenne. Avec le député Ousmane Gaoual Diallo, nous avons abordé les violences survenues à Wanindara, la déclaration des ministres de la Justice et les recommandations du Conseil du ministre. L’opposant a profité pour répondre au parti au pouvoir. Enfin, il cloue au pilori le nouveau directeur  général de la police avant d’énumérer quelques pistes de solutions à la crise guinéenne. Interview !

Guinéenews: l’actualité reste dominée par les violences survenues à Wanindara la semaine dernière. Comment l’UFDG perçoit-il le développement de ces violences ?

Ousmane Gaoual Diallo: c’est un point extrêmement grave que l’on a atteint dans la répression que le gouvernement a effectué, ordonnée et couverte sur les populations. Parce que c’est pour la première fois que l’on s’en prend si publiquement et si ouvertement à tout un ensemble de citoyens sans discernement sous la forme d’une vendetta qui a été d’une expédition punitive supervisée par le directeur national de la police (Bafoé, ndlr) guinéenne. C’est quelque chose d’extrêmement grave de notre point de vue et du point de vue de la population. D’ailleurs, c’est pour cela, que cette situation a suscité autant d’émotions dans l’opinion guinéenne. Parce qu’il n’y a aucun lien entre ce meurtre et pauvres habitants pour mériter la punition expéditive ordonnée par les plus hautes  autorités  de ce pays.

Guinéenews : après ces violences, le gouvernement a rejeté toutes responsabilités concernant ces tueries et ces vandalismes et a nié toute implication des forces de l’ordre. Comment l’opposition réagit-elle à cette sortie des membres du gouvernement?

Ousmane Gaoual Diallo: cette réaction du gouvernement fait partie des réactions habituelles qui crispent et tendent les relations que nous avons avec lui. Il faut, pour une fois, que le gouvernement reconnaisse que parmi les agents des forces de défense et de sécurité, il y a ceux qui exercent des violences illégales, qui torturent, humilient et tuent les populations guinéennes. Aussi longtemps qu’ils vont continuer à protéger les assassins, les criminels en leur sein, il ne faut pas s’attendre à une normalisation d’une part des relations que l’on peut avoir avec le gouvernement mais aussi des normalisations entre les forces de défense et les populations qu’elles sont censées protéger. Donc, ces types de discours n’ont de sens que pour renforcer la position des extrémistes en niant des faits évidents qui sont connus de tous les Guinéens

Guinéenews : le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, Alpha Ibrahima Kéira, affirme haut et fort que les forces de sécurité ne disposent pas d’armes létales. C’est un groupe de malfrats qui serait en train de commettre ces crimes. Croyez-vous à cette ligne défendue par le ministre de la Sécurité?

Ousmane Gaoual Diallo: d’abord, M. Kéira est le premier commanditaire de ces crimes. C’est quelque chose qui est connu de tous les Guinéens. Cela doit être compris ainsi. Il ne peut pas affirmer…, car nous détenons énormément de vidéos qui circulent d’ailleurs sur les réseaux et des photos où on voit des forces de défense et de sécurité, des policiers avec des armes de guerre pendant les maintiens d’ordre. Ce sont des images qui circulent et qui font le tour du monde. S’il n’a pas encore pris connaissance de ces images, je pense qu’il devrait être prudent d’affirmer ainsi péremptoirement que ces armes sont détenues par des bandits.

Et puis, même si c’étaient des bandits qui détenaient ces armes, qu’est-ce qui l’empêche lui, ministre de la Sécurité, pour ordonner l’arrestation de ces bandits pour les mettre hors d’état de nuire depuis que les Guinéens connaissent ces assassinats dans les quartiers qui ont fait déjà cent morts. Juste pour son arrivée à la tête du ministère de la Sécurité, les Guinéens ont été déjà endeuillés trente-deux fois. Et c’est quelque chose d’extrêmement lourd. Le bilan le plus catastrophique d’un ministre de la Sécurité depuis l’avènement d’Alpha Condé.

Guinéenews : à l’occasion de l’assemblée générale du RPG Arc-en-ciel, le ministre de l’Enseignement professionnel a accusé l’UFDG et son leader d’avoir, je cite, « des allures subversives ». Que répondez-vous?

Ousmane Gaoual Diallo: disons que ces discours de notre temps n’ébranlent pas notre détermination, n’effraient plus personne. Nous sommes révoltés contre le non-respect des lois. Il devrait se prononcer sur la non-application des accords politiques que son parti s’est engagé et a signé et devrait se prononcer sur les assassinats de nos concitoyens, des assassinats qui visent des gens appartenant à la même communauté vivant sur le même territoire. Sur les 102 assassinats commis à Conakry, il y a que trois qui vivent en dehors de la commune de Ratoma et tous ont des noms à consonance peule.

Il faut qu’il nous dise comment tout cela est possible sans que la justice du pays n’ait pu bouger le petit doigt pour ouvrir des enquêtes judiciaires ou offrir une épaule compatissante aux parents ; sans que le gouvernement n’ait diligenté aucune délégation pour aller auprès des familles de ces victimes pour apporter sa compassion ; sans qu’il n’ait accordé aucune intention à toutes les familles de ces victimes-là. Il faut que le ministre de l’Enseignement professionnel, M. Komora Lansana, parce qu’il s’agit de lui, puisse dire aux Guinéens quel type de gouvernement nous avons en Guinée. Lorsqu’il est indifférent à la souffrance, indifférent  à la violation de la loi, indifférent aux crimes et assassinats, nous savons que la réponse sera la même pour nous tous. C’est un gouvernement criminel qui encourage les crimes, qui les protège et garantit l’impunité aux auteurs de ces animosités.

Guinéenews : le ministre de la Justice, Me Cheick Sacko, a dit également, que chaque fois qu’un crime ait été commis, le gouvernement guinéen a ouvert une information judiciaire contre X. Mais, selon lui, ce n’est pas facile… Estimez-vous que le gouvernement a désormais une volonté manifeste de traquer ces criminels ?

Ousmane Gaoual Diallo: la déclaration du ministre de la Justice, c’est du n’importe quoi. Elle ne repose sur rien. Comment on peut ouvrir des informations judiciaires dont les dossiers les plus anciens datent de 2011 ? Depuis plus de huit ans, comment on peut ouvrir des enquêtes judiciaires sans qu’un membre de la famille des victimes, n’ait été en contact ne serait-ce qu’une fois avec le procureur ou les juges en charge des instructions ? Comment cela s’explique ? comment se fait-il nous les organisateurs, nous n’avons jamais été interrogés sur ces circonstances de ces morts pour qu’on puisse donner notre point de vue par rapport à ce contexte? Comment se fait-il que personne jusqu’aujourd’hui n’ait été informé de la mise d’une quelconque commission d’enquête judiciaire ? Donc, il ne faut que le ministre cesse de se ficher de l’intelligence des Guinéens. Tout ceci n’est qu’une opération de communication qui n’est pas en rapport avec les faits que nous leur reprochons.

Guinéenews : un audio attribué à Hadja Halimatou, l’épouse de cellou Dalein Diallo et publié dans un média de la place alimente la chronique. Cet audio met en cause le couple Dalein. Qu’en est-il réellement ?

Ousmane Gaoual Diallo: c’est du n’importe quoi. Je pense que depuis un certain moment, le gouvernement d’Alpha Condé essaie d’instrumentaliser des gens, de trafiquer des voix, de corrompre des consciences pour essayer de montrer à l’opinion que nous serons une organisation criminelle. Rappelez-vous que Hadja Halimatou, Cellou Dalein et moi-même avons été mis en cause avec des montages pour nous associer aux crimes à travers « Grenade » mais cela n’a pas prospéré. Ils sont restés là mais ils n’abandonnent pas leur projet de vouloir un jour ou l’autre accuser l’un ou l’autre responsable important de l’UFDG de détention illégale d’armes, d’assassinats.

Tout cela ne sert pas à la cause de la Guinée, ne sert pas à faire avancer notre démocratie. Il faut qu’ils comprennent que nous ne sommes pas dans les années ‘’60’’ où la simple réception d’un courrier peut expédier quelqu’un en enfer.  On n’est plus dans ce monde. Aujourd’hui, il faut apporter des preuves plus fortes de ce qu’on affirme pour dire qu’on peut confondre les gens par rapport aux allégations qui n’ont aucun intérêt pour moi.

Guinéenews : à l’occasion du dernier Conseil des ministres, le gouvernement a condamné les violences et les tueries survenues récemment à Conakry mais aussi dans d’autres localités à l’intérieur du pays. Il a aussi annoncé l’ouverture d’une enquête judiciaire pour identifier les présumés coupables de toutes ces tueries. Pensez-vous à un début d’une volonté politique pour rendre justice aux victimes ?

Ousmane Gaoual Diallo: sur le plan concret, il n’y a aucun changement. Nous attendons toujours du gouvernement de Kassory Fofana et d’Alpha Condé, qu’il y ait des dispositions concrètes qui soient prises. Cela veut dire que quand on dit aujourd’hui ‘’commission d’enquête’’, pour identifier les auteurs et les commanditaires de ces crimes crapuleux qui sont en train de se dérouler à Conakry, nous ne croyons plus en la justice guinéenne parce qu’elle a gardé très longtemps le silence. Il faut solliciter et obtenir l’assistance du Haut Commissariat des Droits de l’Homme pour nous aider à avoir un procureur qui viendra épauler les procureurs et les juges guinéens à la manifestation de la vérité. C’est cela seulement qui pourra convaincre  l’objectivité des conclusions qui pourront en découler.

C’est très important parce que la défiance est allée très loin et l’absence et l’indifférence de l’Etat sont allées très loin pour qu’on puisse croire  à un réveil, à une prise de conscience qui puisse rassurer les Guinéens. Aujourd’hui, nous attendons mais qui sont encore absents. Les policiers continuent de tuer. Il faut rappeler qu’au lendemain de la parution de ces lettres du Premier ministre  en direction des ministres de la Sécurité et de la Justice, des bérets rouges en promenade dans le quartier (Wanindara) tirent sans discernement ôtant la vie à deux jeunes et blessant trois autres. C’est pour vous dire que les ministres auxquels le PM s’est adressés n’ont pas entendu sa correspondance.

Guinéenews : selon vous, comment peut-on mettre fin à cette série de violences. Quelles solutions  envisagez-vous ?

Ousmane Gaoual Diallo: l’une des solutions, c’est l’ouverture d’une enquête judiciaire mixte maintenant : Guinée-communauté internationale pour nous aider à faire la lumière sur les assassinats en recherchant les auteurs et les commanditaires. La deuxième chose, c’est la mise en application intégrale de l’accord politique qui prévoyait l’indemnisation des familles des victimes, le règlement d’un contentieux électoral. A cela nous allons demander des sanctions disciplinaires à l’encontre de M.Bafoé (promis récemment directeur général de la police nationale, ndlr) qui s’est comporté en outrageant des députés de la République, en séquestrant et en insultant le chef de file de l’opposition. M. Bafoé doit être sanctionné de façon disciplinaire et non bénéficié d’une promotion pour s’être distingué dans la brutalité envers les Guinéens. Cela n’est pas acceptable. Nous contestons sa désignation mais aussi nous demandons le départ et des ministres de la Justice et de la Sécurité. Parce que l’un est coupable d’indifférence et l’autre d’avoir ordonné et supervisé et encadré les violences qui sont en train de se dérouler dans le pays.

Interview réalisée par Amadou Kendessa Diallo