Wanindara : Les victimes racontent l’enfer vécu

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Une victime des violences de Wanindara

« Je suis meurtri, pas pour ma personne ou ma famille, mais pour la Guinée. Voyant ce qui est en train de se passer, les forces de l’ordre qui sont censées nous sécuriser, si ce sont elles qui nous font ça, c’est vraiment regrettable. J’ai peur pour ce pays, parce qu’avec l’allure là, si les autorités compétentes ne prennent pas des dispositions, j’ai vraiment peur »

Quarante-huit heures d’enfer, c’est ce que les habitants du quartier Wanindara, dans la commune de Ratoma, ont enduré les 8 et 9 novembre 2018. Deux journées cauchemardesques passées après le double meurtre des deux jeunes du quartier et un policier.

Malgré le double assassinat notamment de Bella Diallo et de Alimou Baldé, le mercredi 7 novembre 2018, des policiers ont été déployés à Wanindara pour «  maintenir l’ordre ». «Ils ne viennent ici que pour voler, violenter et tuer », affirme un habitant du quartier. Et ce jeudi-là, un policier a été pris à parti par des jeunes qui en avaient marre « des violences exercées » contre eux. Cet agent des forces de l’ordre est décédé plus tard des suites des coups reçus dans une clinique de la capitale.

Le lendemain, faute de mener des enquêtes afin de trouver les présumés meurtriers de l’agent, les policiers ont investi le quartier pour y commettre des exactions sur des innocents citoyens. Ils entrent dans des maisons, cassent tout, blessent des femmes et auraient même « volé » plusieurs objets, de l’argent, indiquent des victimes.

Le vendredi, des membres de l’opposition qui voulaient se rendre au domicile des jeunes tués mercredi n’ont pas pu effectuer le déplacement. Les policiers auraient eux-mêmes bloqué le passage au niveau de la T5. Des témoins affirment avoir vu des policiers arrêter des gens aux abords de la route.

Après les douloureux événements du jeudi et vendredi, aujourd’hui, les victimes reçoivent des proches et amis. Ils viennent constater les dégâts, apporter leur soutien moral aux victimes, et les consoler.

Barry Ibrahima Telly, raconte l’enfer que sa famille a vécu pendant les deux jours : « Le jeudi soir, on m’a appelé pour me dire que les agents des forces de l’ordre se sont introduits dans la maison, qu’ils sont en train de gâter tout sur leur passage. Ils ont volé et tabasser des femmes. Quand je suis venu, je n’ai pas pu avoir accès. C’est le vendredi que j’ai pu venir à 6h pour faire le constat. En numéraire, ils ont pris plus de 25 millions GNF qu’un frère avait transférés pour un chantier. »

Apeurée, une vieille de plus de 80 ans est allée se cacher aux toilettes. Mais elle a été obligée de sortir de sa cachette pour tenter d’empêcher que les agents n’envoient ses filles, explique M. Barry. « On avait dans la chambre une grand-mère de plus de 80 ans. Ils sont entrés tabasser les filles. La grand-mère est allée se cacher dans les toilettes. Mais voyant que les policiers voulaient envoyer les filles, elle est sortie prendre au collet un des policiers pour lui demander de la tuer avant d’emmener ses filles. […] Ils ont fouillé toute la maison pour prendre ce qu’ils en avaient besoin.», raconte-il.

Ibrahima Telly fait savoir que le lendemain, vendredi, les policiers sont revenus assiéger le quartier et reprendre les exactions : « Aux environs de 9h, la police est encore venue, plus de 14 pickups étaient ici. Ils ont commencé encore à tirer. A 14h, ils ont tenté de gâter le portail. Puisqu’ils n’ont pas pu, ils ont mis le feu sur ces annexes. Pendant ce temps, nous étions enfermés dans la cour. Les jeunes sont venus nous aider à éteindre le feu. Et c’est à ce moment qu’ils ont lancé des gaz lacrymogènes pour nous empêcher d’éteindre le feu. », déplore-t-il.

Tout en pillant les maisons, des policiers auraient proféré des injures à caractère ethnique : « Ils nous insultaient. Ils disaient qu’ils allaient nous exterminer tous. Ce sont des injures ethniques. »

Dans une autre concession, des portes en fer ont été défoncés, des machines à coudre détruites sinon emportées, des postes téléviseurs et des vitres cassés, des chaises en plastique brûlés.

« Ils ont pris les deux motos qui étaient là et plusieurs chaises en plastique. Ils ont pris de l’argent dont on ne connait le montant exact. Ici, c’est un gars qui faisait le transfert Orange Money et la vente des cartes de recharge. Les policiers nous insultaient en disant qu’ils allaient nous tuer tous en nous accusant d’avoir tué leur camarade », raconte Mamadou Saidou Diallo.

En commettant ces exactions, les policiers ne visaient pas seulement à venger leur camarade, mais c’était aussi une façon pour eux de se faire des sous. Fatouma Binta Barry déclare avoir perdu 1 200 euros et plusieurs montants en GNF. Elle accuse également les policiers d’avoir pris tous ses habits : « ils prennent les habits et détruisent les valises. Ils ont en détruit plus de quatre. Mon mari avait envoyé de l’argent pour le chantier, 1.200 euros, ils ont pris ça. Ensuite, j’avais d’autres sommes dans des enveloppes, mais je ne connais pas le montant exact. Ils ont pris aussi les bijoux que j’avais. Actuellement, je n’ai de bijoux que ces boucles d’oreilles que je porte. […] Ma voisine a entendu le chef des policiers leur demander s’ils ont trouvé quelque chose. Ils ont répondu qu’ils sont en train de gagner des choses et de les attendre. »

Chez elle, les policiers n’ont pas épargné même le pot dans la douche. Ils l’ont cassé, versé à terre de l’huile de palme qui se trouvait dans le magasin.

A Wanindara, c’est au moins 15 concessions qui ont subi la barbarie policière pendant les 8 et 9 novembre. A cause de ces violences, certaines familles ont abandonné  leur maison pour aller se réfugier dans d’autres quartiers.

« Je suis meurtri, pas pour ma personne ou ma famille, mais pour la Guinée. Voyant ce qui est en train de se passer, les forces de l’ordre qui sont censées nous sécuriser, si ce sont elles qui nous font ça, c’est vraiment regrettable. J’ai peur pour ce pays, parce qu’avec l’allure là, si les autorités compétentes ne prennent pas des dispositions, j’ai vraiment peur », a confié Ibrahima Telly Barry.

Les policiers auraient menacé de retourner faire pire qu’ils n’ont déjà fait dès après l’inhumation de l’adjudant-chef Bakary Camara. Une menace qui a poussé les habitants du quartier à se retrouver pour pendre des dispositions pour se défendre.

Lire la vidéo: https://www.youtube.com/watch?v=FZlAnc-nWhQ