Yiwu (Chine) : à la rencontre du vice-président de la communauté guinéenne et vice-directeur chargé de la promotion de la langue chinoise

août 24, 2019 7:15

Diplômé en droit public à l’université général Lansana Conté de Sonfonia et de l’université Yiwu industrial and Commercial college, Mamadou Saliou Diallo a été récemment promu vice-directeur chargé de la promotion de la langue chinoise dans la seconde université.  Né à Porédaka dans la préfecture de Mamou, il fait partie des membres de la forte communauté guinéenne vivant à Yiwu District, ville située à plus de 1 300 kilomètres de la capitale Pékin. Elle abrite le plus grand marché au monde.

Un parcours atypique

En 2010, après avoir obtenu son diplôme, il décide d’aller apprendre la langue anglaise au Nigeria. De ce pays, Saliou Dantaba (du nom de son village) endosse son sac, traverse le pacifique pour atterrir en mai 2010 en Chine. C’est à Guangzhou il s’est établi. « C’était ma première aventure dans les pays asiatiques plus précisément en Chine », a-t-il confié à Guinéenews. De là, il partira pour le district de Yiwu, dans la région de Zhejiang qui a pour capitale Hangzhou.

Là, tout commence à changer. Parti pour faire le business, le jeune Saliou ne tardera pas à se rendre à l’évidence du terrain. « J’ai compris qu’il y a autre que le business. Pour un départ, il fallait d’abord apprendre la langue chinoise afin de pouvoir bien entreprendre ce que je voulais faire. A l’époque, tout le monde courait de gauche à droite pour trouver le visa de résidence ou temporaire avec sortie et entrée », se rappelle-t-il.

A la recherche des universités chinoises, il sera aidé par une Chinoise qui, pour la première fois, lui a évoqué Yiwu Industrial and Commercial College (YICC). Accepté par cette université (le 1er Guinéen, mentionne-t-il dans notre entretien), « c’est une porte [qui m’est] ouverte pour étudier d’abord le temps qu’il faudra » avant de « me lancer dans le business au moment opportun », se confie Saliou Dantaba.

Au début sans bourse, l’Université va décider après six mois de cours de lui offrir une bourse à cause de son « sérieux, et de son assiduité aux cours. » « La bourse dont j’ai bénéficiée, je l’ai partagée avec des personnes qui me sont chères parce que c’est grâce à elles que je suis arrivé là où je suis. Il y a une porte qui est ouverte et je ne vais pas attendre qu’elle soit grande pour dire que je suis avec vous. Petit à petit, ils m’ont repéré et là, j’ai commencé à tisser des relations non seulement avec les professeurs mais aussi les hautes autorités de l’université », se réjouit M. Diallo.

Ainsi, il va inviter ses compatriotes à s’intéresser aux études parce qu’ils sont dans un pays promoteur.  Suite à cet appel, beaucoup de Guinéens se sont inscrits grâce à son appui et l’ont « honoré parce qu’ils se sont bien comportés à l’université. (…) Et jusque dans un passé récent, il y avait une cinquantaine ou soixantaine de Guinéens qui ont étudié dans Yiwu Industrial and Commercial College. »

Aujourd’hui, il se dit fier car « la plupart sont sortis et ont leurs propres compagnies de trading et sont en train de faire leurs propres business. Grâce aux études faites à l’université de Yiwu, ils ne rencontrent pas assez de difficultés dans leurs activités ».

« Pour cela, le département de la municipalité de cette ville de Yiwu, la deuxième ville chinoise la plus fréquentée par les étrangers, lui accorde une grande considération à cause de son dynamisme », confie-t-il avec humilité.

L’intégration des Guinéens à Yiwu

Membre des associations en lien avec les communautés africaine et guinéenne à Yiwu, dans lesquelles il assume respectivement les postes de Secrétaire général et de vice-président, Saliou Dantaba est catégorique. « Les Guinéens de Yiwu s’entraident. Nous avons une association guinéenne. Et s’il y a une opportunité et il faut qu’on l’élargisse. Pour ce qui est des étudiants, avant de leur permettre d’aller à l’université, on leur prodigue des conseils. D’abord, on cherche à les intégrer à l’université. Parmi eux, certains peuvent avoir des difficultés pour l’obtention des papiers. Là aussi, nous intervenons auprès des autorités soit pour le visa des études ou des différends entre certains étudiants et les professeurs pour leur éviter des ennuis. », indique-t-il

A leur tour, « les autorités de la ville de Yiwu, à chaque fois, qu’il y a des nouvelles lois, elles nous les envoient et nous nous chargeons de leur divulgation envers la communauté.  Chaque année, il y a des changements de lois.  Ou des fois, il y a des réunions entre les étrangers et les responsables de la ville par rapport à des situations données soit le transfert d’argent, le marché, les produits prohibés, la sécurité de la ville, et l’affaire de visas », souligne-t-il.

A part cela, les réunions des différents départements de Yiwu, la communauté est conviée et les décisions issues de ces rencontres sont partagées dans le groupe Wechat pour permettre à chacun de s’imprégner de la réalité.

S’il y a aussi des « problèmes entre les chinois, fournisseurs, et les clients, on nous fait aussi appel. Il y a un bureau de médiation qui est rattaché à la municipalité de Yiwu. Donc, s’il y a des problèmes entre les fournisseurs chinois et les clients guinéens en ce qui concerne la qualité ou la quantité livrée par rapport à la quantité demandée ou si la marchandise n’est pas livrée, il y a des dépôts qui sont donnés, les Guinéens savent où aller se plaindre. Nous qui sommes là, les aidons à avoir accès au lieu où ils peuvent se plaindre ».

Comment les Guinéens arrivent-ils à faire des rencontres avec les compagnies chinoises et comment se fait le transport de Yiwu à Conakry ?

Pour Saliou Dantaba, « il y a deux types de relations. Jusque dans les années 2013, c’était de bouche à oreille.  Mais aujourd’hui, tout est pratiqué dans le e-business. On peut rester en Guinée et faire la commande sans pouvoir bouger ou voir le fournisseur. (…) Donc, les compagnies qui sont là sont des trading company. Nos clients qui viennent de l’Afrique, se dirigent d’abord vers ces compagnies-là qui les aident à trouver des marchandises. Une fois les marchandises obtenues avec la commande, on leur donne la facture et ils payent aux compagnies qui sont là un pourcentage. La compagnie qui est basée là se charge du regroupement de la marchandise qui peut venir de beaucoup de boutiques. On regroupe la marchandise et après ils appellent des conteneurs à travers des shipping companies ».

Quels rapports existent-t-il entre votre communauté de Yiwu et l’ambassade de Guinée à Beijing ?

Yiwu est la deuxième ville la plus importante où résident les Guinéens en Chine après Guangzhou où vivent près de 400 d’après des statistiques citées par M. Diallo. Ils sont regroupés au sein d’une association appelée association de la communauté guinéenne résident à Yiwu. Pour s’adresser à l’ambassade de Guinée, basée à Pékin, il passe par l’association qui, à son tour, contacte l’ambassade. Avant les passeports biométriques, l’association s’adressait à l’ambassade pour la prolongation ou la prorogation du sésame. Et ce, suite au remplissage d’une fiche de renseignements délivré par l’ambassade.

« S’il y a quelqu’un qui veut n’importe quel papier en Chine qui réside à Yiwu ici, si on ne lui donne pas cette fiche, il n’aura pas droit à un papier soit un extrait de naissance, de mariage, ou un renouvellement de passeport. Il faut forcément qu’il y ait cette fiche et que nous reconnaissons ce résidant comme membre de l’association ici à Yiwu. C’est pour éviter qu’il y ait des problèmes. Parce qu’à un moment donné, on disait qu’il y avait des citoyens de la sous-région qui avaient les passeports guinéens. Mais la mise en place de cette association avec ses statuts et règlement intérieur, on a envoyé à l’ambassade pour qu’elle reconnaisse son existence. C’est ainsi qu’elle nous a envoyé cette fiche », souligne le vice-président de la communauté guinéenne à Yiwu.

Poursuivant, il dira que « il y a un contact permanent avec nous. Et il y a une franche collaboration entre nous. On peut dire que nous sommes bien représentés ici à travers l’ambassade de Guinée à Beijing ».

Malgré ce contact, la communauté guinéenne à Yiwu à l’image des autres à travers le monde, souffre de « l’obtention des passeports parce qu’avec les passeports biométriques, il n’y a pas de prolongation ou de prorogation. Donc, quand ils arrivent à expiration, il faut forcément se rendre à Conakry. Nous sommes peinés parce que jusqu’à présent on n’a pas reçu une délégation ici pour pouvoir effectuer nos démarches, faire nos empreintes afin d’obtenir nos passeports. Quand le passeport expire que tu aies les moyens ou pas, il faut partir ». Le cas a été évoqué plusieurs fois mais « mais nous manquons de solution ».

L’association guinéenne à Yiwu ne bénéficie d’aucun appui de la part du gouvernement guinéen. Mais par contre lorsque le président était venu en 2016 à Pékin, l’ambassadeur avait pris la peine de faire appel à toute la communauté guinéenne vivant en Chine de venir accueillir le président. Mais, en tant que communauté guinéenne vivant à Yiwu, on n’a pas bénéficié d’un quelconque appui de l’Etat guinéen, insiste M. Diallo.

En dépit de tout, notre association a essayé « de créer un pont, un lien entre la ville de Yiwu et la Guinée à travers l’organisation d’un forum économique des investisseurs privés. Pour cela, nous n’avons pas eu d’échos favorables. Sinon, nous avons vraiment des partenaires chinois qui ont confiance en nous et qui veulent investir en Guinée. Certains d’entre eux sont rassurés par notre proximité. Je crois que nous sommes oubliés ou on ne connait pas tellement la ville de Yiwu au niveau de notre pays ou soit que le pourcentage des Guinéens ici est minime », regrette Saliou Dantaba.

Les attentes des Guinéens au nouvel ambassadeur à Beijing

Après avoir souhaité la bienvenue au nouvel diplomate guinéen, M. Diallo a indiqué que « nous sommes disponibles à travailler avec lui et toute son équipe. Ce que nous lui demandons, c’est de ne pas rester à Beijing seulement sans nous faire participer à certains événements. Nous restons reconnaissants à l’ancien ambassadeur qui a rapproché la communauté guinéenne à l’ambassade. Nous demandons à ce que le nouvel ambassadeur continue sur cette lancée. Nous sommes entièrement à sa disposition pour la construction de notre pays ».  Aujourd’hui, conclut le propriétaire de la compagnie Danta Trading Limited.CO.LTD, « on a l’espoir que le nouvel ambassadeur va parer cette situation pour que nous apportions ce que nous pouvons à l’édification de notre nation. Il faut aimer notre pays et éviter le blâme ».

Yiwu District, la plus grande destination commerciale du monde

Selon les informations, en un mois, plus de 3.000 conteneurs quittent Yiwu en destination de partout à travers le monde, faisant d’elle incontestablement le plus grand marché au monde. Or, la ville contrairement aux autres villes chinoises, ne compte qu’environ 2 millions d’habitants. Et on dénombre une centaine de Guinéens.

A en croire, Saliou Dantaba, « Yiwu possède un port sec qui a été créé il y a 5 ou 6 ans. La construction de ce port a eu lieu grâce au volume des conteneurs. Le port conteneurs se trouve Ningbo, une petite ville enclavée du côté de la mer. Mais au regard du volume des conteneurs qui quittent Yiwu pour ce port, désormais, on charge directement pour rentrer au port Ningbou car il y a des conteneurs qui viennent de partout dans la région ».

Yiwu, c’est aussi « ce monstre de marché composé de 5 Districts où pour visiter, il faut un an six mois et 24/24. On y trouve toutes les grandes industries, et toutes les grandes marques de la Chine. (…) On peut ne pas voir ce que l’on veut mais dire que cela n’existe pas à Yiwu, moi personnellement, je ne le crois pas. Tout est là mais il faut avoir le temps et l’opportunité de chercher. D’où cette appellation : Yiwu, un océan de biens et un paradis pour les consommateurs », explique-t-il.

Et d’ajouter : « on peut tout avoir, rien n’est caché et tout est vers un seul endroit, un seul marché divisé en des districts, des routes et des portes. Quand on connaît ce que l’on veut, on se dirige vers là-bas, il n’y a pas à chercher.  Donc, c’est un paradis pour les consommateurs. Et la plupart des cultures du monde sont aussi représentées. On peut avoir à manger à tout moment et la sécurité est partout ».

Amadou Kendessa Diallo de retour de Yiwu pour Guineenews.org